
En réaction au congrès du Rassemblement national, qui s’est tenu à Co’Met au cours du week-end des 24 et 25 octobre, les forces progressistes du Loiret et d’ailleurs se sont mobilisées. Cela s’est traduit par une grande manifestation à Orléans et un village antifasciste à l’intérieur du Campo Santo. L’occasion pour nous d’installer notre plateau sur place pour rencontrer un grand nombre d’acteurs et actrices de ce moment fort de résistance.
Alors que la France bascule de plus en plus dans des pratiques autoritaires, la ville d’Orléans a cristallisé les tensions du pays au cours du week-end des 24 et 25 octobre.
Tandis que se tenait le congrès du Rassemblement national à Co’Met, les forces progressistes et leurs sympathisants avaient appelé à manifester dans les rues, puis à se rassembler dans le cadre d’un village antifasciste au Campo Santo, le samedi 24 octobre.
Un rassemblement prévu de longue date, mais qui s’est aussi heurté à l’actualité sociale nationale post-17 octobre et à un contexte sécuritaire particulièrement anxiogène.
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Comment cet événement s’est-il déroulé ? Quels étaient les enjeux et le sens de ce rassemblement ? Des questions que nous avons posées à tous les invités qui se sont succédé sur notre studio installé au Campo Santo au cours de cette journée. Un plateau crossover entre deux émissions de Radio Campus Orléans : Quoi que t’en dises et La Rédac Pop.
Ali Rabeh, invité de dernière minute
Avant le village antifasciste du Campo Santo, une longue marche a rassemblé entre 11.000 et 26.000 personnes selon les différents comptages en fin de matinée. Et durant ce parcours, un invité qui n’avait pas été annoncé.
Ali Rabeh, maire de Trappes (Génération.s), est venu au dernier moment en raison de l’actualité. Sa ville a été touchée, le 23 octobre, par un attentat raciste au pistolet-mitrailleur. À la date du 26 octobre, le bilan faisait état de sept blessés dont quatre graves (une adolescente de 12 ans a notamment été touchée à huit reprises, placée en urgence absolue, puis sortie du pronostic vital), et d’un décès (Pengo Bossio Wangi, jeune espoir de MMA âgé de 26 ans).
Depuis, Ali Rabeh écume les plateaux TV pour appeler les personnalités politiques, mais aussi les journalistes et médias, à la responsabilité face à la propagation des thèses racistes et islamophobes.
Le maire de Trappes n’était pas la seule personnalité d’envergure nationale présente dans le cortège orléanais. Autour de lui, on retrouvait Sophie Binet (secrétaire générale de la CGT) Olivier Faure (premier secrétaire du Parti socialiste), Aymeric Caron (député Révolution écologique pour le vivant, apparenté La France insoumise), ou encore Clémentine Autain (députée L’Après).
Mais un homme concentrait tous les regards : Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis (La France insoumise). Nous avons bien tenté de l’approcher et l’homme s’est à chaque fois montré très sympathique et partant pour une interview. Problème : à chaque fois que nous tendions le micro, une personne venait nous interrompre… Si bien que nous avons fini par renoncer après une bonne dizaine de tentatives infructueuses…
Rien de grave, puisqu’il nous restait un grand nombre d’interlocuteurs et d’interlocutrices, dont la pertinence n’était pas à remettre en question sur notre plateau du Campo Santo. À commencer par la Cimade, et sa secrétaire générale, Fanélie Carrey-Conte.

Association quasi centenaire, la Cimade lutte tous les jours pour soutenir les droits fondamentaux des personnes étrangères. Cette structure considère que le combat contre l’extrême droite est « central ». « On n’a jamais connu un contexte aussi grave sur le recul des droits humains et des politiques migratoires que lors de ces dernières années », constate-t-elle, parlant de « déshumanisation ». Dans l’actualité, la nouvelle politique migratoire européenne a aussi été évoquée sur notre plateau.
Les Clitoriciennes, magazine féministe à retrouver le dimanche à 19 heures sur Radio Campus Orléans, étaient aussi présentes au Campo Santo, pour une interview. Elles ont reçu Ludivine Bantigny et Violaine de Filippis-Abate, respectivement historienne et avocate. Toutes deux sont autrices de livres et de productions autour de la condition féminine, des luttes féminines, des violences sexistes et sexuelles, ou encore de l’accès au droit des femmes.
Il était aussi question des droits des femmes et des conséquences d’une politique d’extrême droite sur les associations portant ces causes sur notre plateau. En proie à des baisses de subvention et directement menacées par des déclarations de responsables politiques du Rassemblement national, le Planning familial du Loiret a évoqué ces menaces et les conséquences qu’elles peuvent représenter pour la santé d’un grand nombre de femmes en France.


Un entretien avec ses co-présidentes, Aude Audouin et Sylvie Mazardo, auquel Aymeric Caron, député REV (Révolution écologique pour le vivant, apparenté LFI), s’est joint, ce qui a permis de créer un échange entre ces personnalités. La question plus globale du financement des associations, qui remplissent à la fois une mission d’intérêt général et qui représentent un contre-pouvoir important dans une société démocratique, a aussi été posée.
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La lutte contre l’extrême droite ne se place pas que dans le champ politique et social. L’enjeu est aussi culturel et aussi littéraire. La librairie orléanaise Les Temps modernes était présente.
L’occasion pour nous d’évoquer avec Déborah Vedel l’emprise de Vincent Bolloré sur le monde de l’édition et sa stratégie de prise de contrôle sur toute la chaîne de production, de distribution et de diffusion du livre. « Il possède tout le circuit pour diffuser une information, depuis l’écriture du livre (…). Ces livres qui sont promus dans les médias Bolloré et qui sont vendus dans les boutiques Bolloré. C’est quand même extrêmement pratique ! », ironise-t-elle.
En fin de journée, Pascal Sudre (secrétaire départemental de la CGT) et Ilyasse Rakini (collaborateur parlementaire du député Génération.s du Loiret Emmanuel Duplessy) ont fait le point sur l’organisation de cette journée, avec la satisfaction de ne pas avoir laissé cette journée du 24 octobre entre les mains de la seule extrême droite.
Même si des tensions sont aussi apparues dans l’organisation, révélées notamment par un communiqué du Collectif antifasciste Orléans. Une question posée à Pascal Sudre au cours de notre interview (à écouter à la 16e minute). « Dès le départ, particulièrement la CGT, mais aussi une très large majorité des organisations, n’étaient pas d’accord pour une manifestation du dimanche 25 octobre », répond le syndicaliste, mettant sur la table la difficulté pour la CGT d’organiser une deuxième journée après celle du 24 octobre.
Une centaine de personnes se sont finalement réunies le 25 octobre à l’université d’Orléans (en dehors de la zone d’interdiction délimitée par la préfecture), malgré toutes les restrictions mises en place, avant d’entamer une marche vers Co’Met en passant devant le centre de rétention administrative d’Olivet. Cette manifestation « Ciao Fachos » a finalement été stoppée par les forces de l’ordre, qui ont obligé le cortège à faire demi-tour, non sans quelques matraquages montrés par des vidéos du média militant Info GauchO.
220 personnes sans-papiers n’ont pas pu venir à la manifestation
Il a aussi été question, au cours de ce bilan, de la situation de cars venant de la région parisienne, arrêtés au niveau du péage de La Chapelle-Saint-Mesmin, fouillés et contrôlés par la police. Le Monde rapporte que trois de ces cars, avec 220 personnes sans-papiers à leur bord, n’ont pas été autorisées à passer et ont dû rebrousser chemin.
Anaïs (*), militante présente lors de ce contrôle, nous a donné son témoignage au cours de l’émission À Bâtons Rompus de ce mardi 27 octobre, sur Radio Campus Orléans. Une situation analysée en plateau.
Texte : Thomas Derais et Steven Miredin
Photos : Thomas Derais
Interviews effectuées au Campo Santo : Thomas Derais, Steven Miredin et Les Clitoriciennes
(*) Le prénom a été modifié



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