
Pour les 20 ans de la disparition de l’écrivaine Michèle Desbordes, le 24 janvier 2006, la librairie des Temps Modernes d’Orléans et l’association Les Amis de Michèle Desbordes ont convié l’essayiste, écrivain et poète Daniel Maximin. Le samedi 24 janvier 2026, l’homme de lettres est venu présenter son ouvrage Salves de blues. Lundi 9 mars 1942 au Mont Valérien.
En 1802, Louis Delgrès refuse le rétablissement de l’esclavage par Napoléon. Acculé après une lutte contre l’armée française, il choisit la mort auprès de ses compagnons au cri de « vivre libre ou mourir ! ». Dans Salves de blues. Lundi 9 mars 1942 au Mont Valérien, paru chez Caraïbéditions en 2025, un groupe de jeunes fait face au peloton nazi, préférant la mort libre à la vie enchaînée.
Ce samedi 24 janvier 2026 à la librairie des Temps Modernes, l’auteur du livre, Daniel Maximin, est venu créer un pont entre les luttes contre l’oppression. Dans Salves de blues. Lundi 9 mars 1942 au Mont Valérien, il dépeint une culture comme un acte de résistance pour la liberté et pour la vie. Dans son ouvrage, c’est le jazz qui est à l’honneur.
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À l’origine du jazz, il y a l’appel de la liberté. Il s’agit d’une des premières formes de production des Noirs de la Nouvelle-Orléans. Le jazz a pris un sens, d’une importance capitale, dans la voie de la liberté humaine. C’est la musique de la libération des corps exploités. C’est un art réalisé par des existences que toute l’économie esclavagiste tente d’opposer à l’humanité.
« Résonner avec aujourd’hui, à travers hier »
L’histoire prend place dans un Paris occupé par l’Allemagne nazie. Le roman de Daniel Maximin raconte comment un groupe de jeunes s’engage dans la lutte contre l’oppression. Une narration que le poète fait résonner avec l’universel. Ce livre « parle à n’importe quel moment et n’importe qui », déclare-t-il. Il ne s’agit pas seulement des Antilles et de l’histoire noire : le poète a souhaité créer une œuvre qui aide « à la préparation de l’avenir, pour nous tous, partout ».
Ce livre traite de la lutte contre l’oppression du moment. Mais pour l’auteur, cet asservissement n’est pas nécessairement le fruit d’une construction politico-médiatique. « Ce n’est pas avec les gros titres que l’on fait l’histoire du monde, et encore moins la culture et la littérature », pense-t-il. L’art trouve ses inspirations en dehors des considérations médiatiques. Il est une lutte contre l’essentiel : ce qu’il appelle « les choses hors du temps ».
Avec ce roman, Daniel Maximin souhaite faire « résonner l’histoire d’aujourd’hui » à travers celle d’hier. Il espère qu’ainsi, ce passé apporte un éclairage sur les oppressions du présent.
La force créatrice face à l’oppression : l’exemple du jazz
Le roman du poète se déroule en 1942. À cette période, les régimes autoritaires sont vainqueurs en Europe. Hitler, Franco, Mussolini et Staline sont les figures gagnantes de l’époque. Avec Salves de blues, Daniel Maximin montre comment la musique peut devenir une riposte contre l’oppression. Comme pour les esclaves de la Nouvelle-Orléans, le jazz devient une réponse.
Selon l’auteur, « si on se bat, c’est pour pouvoir vivre. La culture est le résultat et le moyen de lutter ». Si Daniel Maximin a choisi de mettre en lumière une œuvre musicale, il a tenu à rappeler que la culture est polymorphe.
Mais le choix du jazz n’est pas anodin, puisqu’il s’agit d’une musique caractérisée par une prépondérance de l’improvisation. « Le jazz est un instrument de libération », assure l’écrivain. Le jazz n’a rien à voir avec la musique écrite. Il dépasse les règles de l’écriture, de la notation, de la consignation des temps, dont il a une parfaite connaissance.
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Le poète associe le recours au jazz à l’histoire même du style musical. Né de la lutte contre l’oppression, le blues comme le jazz sont des musiques issues de la volonté des peuples noirs esclavagisés de résister à la domination esclavagiste occidentale. En créant une culture noire, les esclaves de la Nouvelle-Orléans ont montré toute la force créatrice qui leur était déniée.
« C’est précieux », souligne Daniel Maximin. Les instruments des maîtres d’esclaves ont été occupés par les peuples opprimés. Cette occupation a permis la création de la musique de la libération qu’est le jazz, ainsi que les sonorités des Caraïbes. Les esclaves ont « mis de la liberté à l’intérieur de la musique ». Ils ont insufflé une vie nouvelle dans le solfège. Comme une action de liberté, ils se sont affranchis des codes, ils ont fait du jazz.
Très inspiré par la poésie d’Aimé Césaire, Daniel Maximin déclare que « l’art appelle la liberté ».
Devoir de mémoire et droit à l’histoire
Le livre de Daniel Maximin est parsemé de références à la musique noire, notamment Duke Ellington. Le titre même de son ouvrage en est une référence. Le terme « salve » renvoie à la fois la violence de la guerre, l’hommage aux disparus, et le rythme propre au jazz et aux percussions antillaises.
L’auteur explique que cet aspect était très important pour lui. Il a vu cela comme un moyen pour parler de la poésie et montrer la culture décolonisée. Il voulait également « raconter et montrer la présence de l’art dans les combats ». Il explique que la culture a toujours été fondamentale dans la lutte contre l’oppression. Comme Aimé Césaire, il voit dans la création artistique l’acte de vie. Une force créatrice qui pousse à la liberté et justifie d’entrer en lutte contre l’esclavage.
L’auteur crée un dialogue entre la Seine et les mers des Caraïbes. Ce dialogue, c’est l’image une mémoire commune face à l’oppression. Cet échange est la manifestation d’une tension entre ce qui se garde et ce qui s’oublie. Comme Gisèle Pineau, il reconnaît qu’il y a des choses qu’on ne peut oublier. Mais Daniel Maximin préfère parler d’histoire, car il considère la mémoire comme trop « personnelle », alors que l’histoire « s’inscrit dans un projet collectif ». Il rappelle ici les mots d’Aimé Césaire :« ce qui compte ce n’est pas le devoir de mémoire, mais le droit à l’histoire ».
Podcast
Vous trouverez ici l’interview de Daniel Maximin en intégralité.
Steven Miredin


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