
À l’université d’Orléans, Radio Campus et La Rédac Pop portent, depuis peu, une unité d’enseignement d’ouverture d’initiation au journalisme. Les productions aux notes suffisantes, proposées par les étudiants et étudiantes inscrits, ont la possibilité d’être diffusées dans La Rédac Pop. Khadija a souhaité se pencher sur le mal-être qui touche bon nombre d’étudiants de l’université d’Orléans, conséquence de phénomènes multiples tels que la précarité, l’isolement ou encore la pression.
« L’effectif du service de santé de l’université d’Orléans ne nous permet pas de répondre positivement à votre proposition. » C’est la réponse que le centre de santé universitaire avait initialement donnée à notre demande d’interview, en mars dernier, avant finalement de trouver un créneau. Selon Angèle Besançon, une des infirmières du service de médecine universitaire, cinquante étudiants étaient à ce moment en attente pour consulter un des psychologues de leur service.
Depuis plusieurs années, la santé mentale des étudiants s’impose comme un enjeu majeur. Entre pression académique, précarité et isolement, de plus en plus de jeunes déclarent ressentir du stress et du mal-être pendant leurs études.
La pression académique en première ligne
À Orléans, le service de santé universitaire (SSU) est chargé d’accompagner les étudiants sur le plan médical et psychologique, mais il peine à répondre à la demande.
Cette situation n’est pas isolée. Partout en France, les services de santé étudiante font face à une augmentation des besoins pour la santé mentale. Selon une étude nationale réalisée par Ipsos en 2025, seuls 45% des étudiants estiment être en bonne santé mentale, tandis que 60% présentent des signes de souffrance psychologique.
La pression académique est très souvent considérée comme un facteur de souffrance psychologique. « Le stress est presque reconnu comme la normalité chez les étudiants », souligne Mélys-Eve Bongard, vice-présidente de la fédération ÔCampus. Entre les cours magistraux, les travaux dirigés et les examens qui arrivent très vite, beaucoup peinent à suivre le rythme.
« 18 % de nos étudiants ont dû recourir à des banques alimentaires »
La peur de l’échec est particulièrement présente. C’est ce qu’une étudiante confie : « Le fait de devoir valider les semestres aux partiels… Je suis toujours stressée en me disant que je ne vais pas avoir la moyenne. » Dans certaines filières, cette pression est encore plus forte : « Ce qui me met le plus la pression, c’est l’erreur », explique une étudiante en médecine.
La précarité constitue un facteur important. De nombreux étudiants doivent travailler en parallèle de leurs études, alourdissant leur charge mentale. Comme l’explique Iris Fouquet, membre du collectif étudiant Le Poing Levé, « une pression importante est ajoutée ».
Cette précarité alimente aussi une inquiétude plus large liée à l’avenir. Une étudiante nous livre que penser à son orientation la « stresse énormément », se sentant perdue face aux choix qui s’offrent à elle. Ce constat est partagé par Carine Saillot, vice-présidente de l’université déléguée à la médecine : « Il y a peut-être une plus grande inquiétude de l’avenir, plus de précarité financière qui n’aide pas au quotidien. » Enfin, cette précarité peut atteindre des situations critiques : « 18% de nos étudiants ont dû recourir à des banques alimentaires. »
Des journées à rallonge : le poids des transports
Lorsque les étudiants ne peuvent pas se permettre de se loger à proximité de leur lieu d’études, ils doivent multiplier les trajets. Une jeune femme explique ainsi passer « 5h30 par jour dans les transports », parfois pour seulement une heure de cours. Une situation qu’elle résume simplement : « Ça épuise toute ma journée pour une seule heure. » Une autre décrit un rythme éprouvant : « Je rentre chez moi vers 20h50 et le lendemain, je recommence. »
La charge de travail entraîne souvent un isolement qui limite les interactions sociales et éloigne certains étudiants de leurs proches. « J’ai passé tout mon semestre de PASS (Parcours d’accès spécifique santé, NDLR) seule, sans rentrer chez ma famille », confie une étudiante.
« La vie universitaire peut être un moment où certains étudiants se sentent isolés »
« Les étudiants sont seuls, il y a un isolement social. C’est fou », confirme une infirmière du service de médecine universitaire. L’isolement peut aussi être renforcé par le sentiment de décalage avec les autres. « Autour de moi tout le monde réussit », explique une autre étudiante qui a redoublé son année.
Un constat partagé par la vice-présidente déléguée à la médecine : « La vie universitaire peut être un moment où certains étudiants se sentent isolés. »
Demander de l’aide reste un obstacle
Malgré l’existence de dispositifs d’aide, ces derniers restent parfois peu visibles. « Les étudiants ne les connaissent pas », souligne Mélys-Eve Bongard. Mais au delà du manque d’information, la démarche elle-même peut être difficile. « C’est le plus dur de pousser la porte et dire “je ne vais pas bien” », souligne Angèle Besançon.
Derrière ces chiffres et ces témoignages, une accumulation de facteurs met en lumière l’ampleur du mal-être étudiant. Une tâche titanesque pour les équipes du centre de médecine universitaire.
Khadija Afhim


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