Canicules, smartphones, démographie… Les dossiers de la rentrée 2026 dans l’académie Orléans-Tours

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Jena-Philippe Agresti (au centre) a présenté les nouveautés de la rentrée scolaire. Photo Thomas Derais

Les cours ont repris depuis ce mardi 1er septembre pour les élèves français. Comme à chaque rentrée scolaire, le recteur Jean-Philippe Agresti, a fait le point avec la presse sur les sujets concernant l’académie Orléans-Tours. La Rédac Pop fait sa rentrée avec lui et une enseignante orléanaise membre du syndicat SNES-FSU.

La rentrée a sonné cette semaine pour les près de 370.000 élèves que compte l’académie Orléans-Tours. Avec tous les dossiers plus ou moins urgents sur le bureau du recteur, Jean-Philippe Agrest a tenu lundi dernier une conférence de presse au collège Jean Rostand, à Orléans. Il s’est aussi adressé au personnel enseignant de l’établissement situé dans le quartier de l’Argonne à l’occasion de cette pré-rentrée.

Ce dernier leur a répété ses deux piliers : « confiance et responsabilité », ajoutant à leur adresse : « Je préfère qu’on fasse peu et qu’on avance de manière efficace. On ne peut pas répondre au temps médiatique, au temps des réseaux sociaux. On ne peut peut-être même pas répondre au temps des parents. (…) Vous assumez des responsabilités pour lesquelles on considère qu’elles sont dues. Comme si vous deviez quelque chose de l’ordre de l’incantation magique, une onction divine qui dit que vous êtes obligés de… ».

Le recteur s’est adressé au personnel enseignant du collège Rostand. Photo Thomas Derais

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Pour décrire l’ambiance de cette rentrée 2026, Sylvie Lesné, professeure au lycée Pothier et syndicaliste au SNES-FSU, estime que « les collègues et personnels essaient de faire en sorte qu’extérieurement, les choses fonctionnent, mais en réalité on sent beaucoup de tension et d’accablement avant même que la rentrée ait commencé ». L’enseignante de français rapporte la « charge de travail » et le « déclassement salarial », avec une augmentation du point d’indice qui ne suit clairement pas le rythme de l’inflation. Elle relate aussi la récurrence de problématiques telles que « des classes trop nombreuses », et plus globalement, un climat scolaire dégradé. « Les personnels sont dans la crainte et se disent : « pourvu qu’il n’arrive rien ». »

Sylvie Lesné (SNES-FSU) : ambiance de la rentrée 2026.

Les leçons des canicules ont-elles été tirées ?

Si le recteur a plusieurs fois martelé le mot « anticipation » au cours de sa conférence de presse, à propos de la démographie régionale ou de l’interdiction des portables, la question du réchauffement climatique interroge. Les leçons des canicules de mai et juin derniers ont-elles été tirées après des décennies de cris d’alarme des scientifiques ? Le recteur le reconnait : près d’un tiers des établissements scolaires de l’académie ont connu de grandes difficultés au cours de la fin d’année scolaire 2025-2026, avec même quelques situations critiques ayant entrainé la fermeture d’écoles. « Certains de mes collègues se sont retrouvés dans des salles d’examen à 35 degrés », indique Sylvie Lesné.

Les bâtiments scolaires étant détenus par les collectivités locales et territoriales, l’académie ne dispose pas de marge de manoeuvre sur leur entretien. « L’académie d’Orléans-Tours n’a pas la compétence pour les bâtiments. C’est une réalité et, en même temps, tout le monde se tourne vers l’Éducation nationale », constate Jean-Philippe Agresti, qui relate quand même un « dialogue nourri avec les collectivités ».

Dialogue « qui s’est accéléré » depuis la canicule et ayant abouti à une réponse à un appel à projets lancé par l’État et EDF. Un fonds d’aide pour accélérer l’installation d’équipements de rafraichissement dans les crèches, établissements scolaires et centres de loisirs communaux. Une prime forfaitaire de 400 euros pourra être donnée jusqu’au 30 septembre 2026 par équipement (dans la limite de dix par établissement), sur une enveloppe nationale de 40 millions d’euros sur cette partie du dispositif. Plus largement, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, assure que « plus aucun examen n’aura lieu l’après-midi à compter de la prochaine session ». Ce qui pourrait poser d’autres soucis d’organisation, selon Sylvie Lesné : « Le ministère est en train d’envisager que les oraux de français pourraient se poursuivre jusqu’au 10 juillet. »

Téléphones portables

Cette rentrée 2026 a aussi été l’occasion de présenter quelques nouveautés. L’interdiction des téléphones portables dans tous les établissements scolaires, y compris les lycées, avait déjà été annoncée en grande pompe et concentre toutes les attentions. Celle-ci est désormais actée et il convient à présent à chaque établissement d’en définir les contours précis dans son règlement intérieur, en lien avec les équipes pédagogiques, les conseils de vie lycéenne et les représentants des parents d’élèves. La règle commune est la suivante : l’utilisation des smartphones et des écrans est interdite tout au long de la scolarité, sauf s’ils présentent une « utilité pédagogique » ou une « raison logistique ». « Tout temps d’écran inutile est prohibé pendant la scolarité », précise le recteur.

Jean-Philippe Agresti (recteur de l’académie Orléans-Tours) : interdiction des téléphones portables.

Une « disposition difficile à mettre en place », selon Sylvie Lesné, qui estime que la question est loin d’être réglée avec les lycéens, un public plus âgé, plus mature, parfois même majeur, et qui questionne davantage les règles. La question se pose encore plus pour les étudiants majeurs (par exemple les étudiants de BTS) qui peuvent suivre leurs cours dans des lycées. De son côté, Jean-Philippe Agresti ne s’inquiète pas du respect de cette règle pour la grande majorité des élèves à partir du moment où l’on est « clair et collectivement responsable ».

Les violences sexuelles intégrées aux questionnaires d’auto-évaluation

Le recteur a aussi annoncé que les questionnaires d’auto-évaluation anonymes, distribués à partir du CE2 dans le cadre de la Journée nationale de lutte contre le harcèlement (5 novembre), seront renforcés et distribués sur une plus large période, qui couvrira certainement tout le mois de novembre. Ces nouvelles moutures comprendront de nouvelles entrées liées aux violences sexuelles.

Une posture insuffisante pour le syndicat SNES-FSU. « Le rectorat, qui représente le ministère, met tout en place pour qu’on ne puisse pas lui reprocher de ne pas avoir pris la mesure du problème, avance Sylvie Lesné. Mais que fait-on de tout ça après ? (…) On produit de la donnée, mais quelles seront les victimes qui seront vraiment réparées et qui seront les harceleurs et harceleuses qui seront vraiment sanctionné.e.s ? »

Jean-Philippe Agresti rappelle quant à lui que le programme Phare, le plan de prévention du harcèlement, est appliqué « dans 100% des établissements scolaires », que « l’Éducation nationale est la première institution à saisir la justice sur des questions de violences sexuelles, exercées en majorité dans le domaine familial » et que son académie a créé cette année 21 nouveaux postes complémentaires d’infirmiers et infirmières, ou encore de psychologues.

Jean-Philippe Agresti (recteur) et Sylvie Lesné (SNES-FSU) : ajout d’entrées sur les violences sexuelles dans les questionnaires d’auto-évaluation sur le harcèlement.

La démographie ne cesse de baisser dans le Loiret

Il a enfin été question de l’évolution démographique de l’académie. La carte scolaire fait tous les ans parler dans le Loiret et bien au-delà. Au total, il est prévu que l’académie Orléans-Tours compte cette année 369.593 élèves dans les établissements publics des premier et deuxième degrés. La région comptait, à la rentrée 2025, 21,2 élèves par classe dans le premier degré, 25,3 élèves par classe dans les collèges, 29,3 élèves par classe dans les lycées généraux et technologiques, ainsi que 19,5 élèves par classe dans les formations professionnelles hors CAP.

Le recteur a souligné la « baisse démographique importante » à laquelle la région Centre-Val de Loire est confrontée. Ses services comptent presque 7.000 élèves de moins dans le premier degré depuis 2020 et se projettent sur une baisse de 65.000 enfants d’ici dix ans. Ces chiffres se sont traduits par des annonces de fermetures de quarante-sept classes dans le Loiret pour cette nouvelle année scolaire, contre seulement seize ouvertures dans le département, principalement dans le Pithiverais et le Giennois. Mécaniquement, une baisse du nombre de personnels a été décidée, avec la perte de 88 équivalents temps plein sur les postes d’enseignement. Ce que regrettent nombre de syndicats de professeurs qui souhaiteraient que l’Éducation nationale profite de cela pour maintenir les effectifs et faire ainsi diminuer le nombre moyen d’élèves par classe.

« On pouvait perdre deux cents postes », pondère Jean-Philippe Agresti, qui assure que le taux d’encadrement des élèves a progressé au cours de la dernière décennie dans les deux degrés, avec une baisse du nombre de professeurs moins importante en proportion que celle des élèves, et donc moins d’élèves par classe de manière globale. « Le nombre d’élèves par classe a été lissé, c’est une moyenne, remarque Sylvie Lesné. Ça veut dire que cela dépend des niveaux. (…) Et ça lisse des disparités importantes », avec des classes parfois surchargées selon elle, en fonction de ces niveaux.

Jean-Philippe Agresti (recteur) et Sylvie Lesné (SNES-FSU) : démographie et encadrement scolaire.

À plus long terme, la démographie risque d’avoir des conséquences sur le nombre de classes et de postes dans l’enseignement secondaire si la politique de réduction des effectifs se poursuit. Les chiffres sont « vertigineux », insiste Jean-Philippe Agresti, qui assure que « l’Insee ne voit pas comment la courbe pourrait être inversée d’ici 2040 ». Donc, pour lui, « il va falloir prendre des décisions ».

La carte scolaire n’est pas prête d’être rangée dans les tiroirs.

Thomas Derais

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