
Grand amateur de musique pop et rock anglo-saxonne, notre contributeur Olivier Cougot nous partage ses souvenirs musicaux, les disques qui l’ont fasciné et les concerts qui l’ont marqué. Huitième épisode de cette chronique : l’album Turn on the Bright Lights du groupe américain Interpol. Une perle rare intense à garder dans ses archives.
30 août 2026, Paris, porte de Saint-Cloud. À l’approche de l’épilogue du festival Rock en Seine, Daniel Kessler, membre fondateur d’Interpol, erre dans les allées de l’espace VIP, rejoint par Paul Banks. Les deux personnes, guitariste et chanteur du groupe new-yorkais, ont joué une heure avant sur la Grande Scène. Vers 20 heures, ils se muent en spectateurs attentifs de The Cure, avec qui ils avaient partagé une tournée, des années en arrière.
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Fondé à l’orée du XXIème siècle, Interpol fait partie des groupes qui ont sans doute bénéficié de l’ascension des Strokes au début de celui-ci, ou plutôt du mouvement global qui s’est organisé post album Is This It. Encore fallait-il être à la hauteur pour être dans la charrette et pas un simple leurre, sous prétexte qu’on vient de la même ville, New York.
New-York, ville du rock 2.0
Daniel Kessler et Paul Banks, justement, sont nés en Angleterre avant d’arriver dans la ville qui ne dort jamais. L’histoire est belle et on s’en contente volontiers. La Big Apple devient le nouvel eldorado des groupes à guitare et de ceux qui ont du style. De ce côté, les quatre d’Interpol cochent toutes les cases. Leur look, qu’ils ont choisi depuis le début, est aussi classe et sombre que leur rock. Costumes, chemises et cravates, moins bariolés que ceux des scandinaves The Hives, représentent ainsi l’image de Kessler, Banks,(Carlos) Dengler et (Sam) Fogarino.
Une perle rare teintée de rouge et noir
Voilà pour le package marketing, agrémenté de comparaisons pompeuses de type : « ça ressemble à Joy Division ». Un argument aussi fainéant qu’utile pour vendre du papier et susciter l’intérêt, comme présenter Oasis comme un reliquat des Beatles à l’époque du mouvement Britpop. Dans son genre, Interpol est aussi singulier que la voix de baryton de son chanteur Paul Banks, que Kessler rencontra plus tôt à Paris. Point.
Turn on the Bright Lights, le premier album, est un raz-de-marée émotionnel. Une perle rare teintée de rouge et noir, comme illustré sur la pochette de l’objet. Sur celle-ci, des projecteurs et écrans rouges qui font sens. Nommé Untitled, le premier morceau est une intro parfaite pour entrer dans ce monde particulier, avec une seule guitare au départ, jointe par une ligne de basse qui parcourra les ans sans prendre une ride. Le genre de titre intouchable, qui marque au fer le début d’une belle – et longue – histoire. La voix de Banks est gutturale, paradoxalement celle d’un vieux crooner, alors qu’il n’a, à l’époque, que 24 ans.
Vestiges d’une époque formidable
Deuxième morceau de l’album, Obstacle 1 en est le détonateur, joué tout en force avec son refrain d’une évidence rhétorique. Après cet éclat instrumental mêlé au chant rageur de Paul Banks, celui-ci conte la ville de NYC avec une vision énigmatique. Elle est décrite comme suit : « le métro, c’est du porno », ou « la rue est un chaos ». De drôles de métaphores matérialisées en quelques accords lents et puissants. À peine remis de ces trois titres inauguraux de très haute volée, PDA se montre aussi nerveux que la piste d’après, Say Hello to the angels.
Intense jusqu’au bout, l’album référence des Américains renferme une seconde partie de chapitre plus posée, avec des guitares moins hurlantes, mais des mélodies aussi classes que les costards du quatuor. Ainsi, The New et Leif Erikson viennent conclure le nouveau best-seller du rock 2.0, succédant au séquencé Stella was a diver and she was always down et au plus sombre (voire apocalyptique) Obstacle 2, où l’imposante basse règne en maîtresse.
Si l’on regarde de près, de loin, à chaud ou à froid, l’évidence saute aux yeux. Turn on the Bright Lights est un disque à conserver dans les archives, juste pour rappeler aux nouvelles générations les vestiges d’une époque formidable.
Olivier Cougot
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