
Le congrès du Rassemblement national était connu de longue date à Orléans, de même que la mobilisation antifasciste, pour ce week-end des 24 et 25 octobre. Bien moins prévus, en revanche, étaient le contexte social actuel et l’après 17 octobre. Au niveau national, tous les regards seront tournés vers la capitale centrevalloise, alors que la préfecture du Loiret a décidé d’interdire la marche antifasciste du 25 octobre. Le village antifasciste du 24 octobre est maintenu au Campo Santo.
C’est un week-end très spécial et tendu qui s’amorce à Orléans, ces 24 et 25 octobre. Alors que le Rassemblement national s’apprête à lancer officiellement sa campagne présidentielle à Co’Met, dans le cadre de son congrès, près d’une soixantaine de forces progressistes du Loiret s’unissent pour montrer qu’une autre vision de la société est possible.
Associations, syndicats et partis politiques se rassembleront, ce samedi 24 octobre en centre-ville, puis au Campo Santo, pour une journée « antifasciste » ou « grand rassemblement unitaire contre le fascisme », où l’on retrouvera plusieurs personnalités politiques nationales.
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La mobilisation orléanaise contre l’extrême droite ayant été annoncée dès le mois de juillet, les récents événements sociaux étaient loin d’être prévus lors de cette présentation initiale, et l’inscrivent désormais dans un cadre bien plus large, après un 17 octobre ayant rassemblé entre 550.000 et 800.000 personnes, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur et des organisateurs.
Le fiasco gouvernemental du 17 octobre dans tous les esprits
Une journée marquée du sceau du fiasco. Le gouvernement est sous le feu des critiques pour sa gestion calamiteuse des événements ayant abouti à des violences policières, documentées par de nombreux journalistes sur le terrain, et de multiples destructions (bâtiments institutionnels, commerces, mobilier urbain…). Six enquêtes ont été ouvertes par l’IGPN (Inspection nationale de la police nationale), notamment pour le cas d’une adolescente éborgnée à Mulhouse et d’un mineur de 17 ans dont la main a été arrachée à Saint-Étienne.
Après son déni initial, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a finalement dû reconnaitre sur France Inter une « asymétrie » entre le dispositif policier déployé et le nombre de manifestants. Au-delà, c’est toute la stratégie de maintien de l’ordre et de préparation de ces manifestations qui est remise en cause, entre parcours imposés tardivement, interdictions multiples, sous-estimation du nombre de manifestants, nassages et utilisation tous azimuts d’armes disproportionnées (grenades assourdissantes, gaz lacrymogène, LBD…).
À Orléans, 4.000 manifestants s’étaient rassemblés à cette date. Huit personnes ont été interpellées, quelques dégradations ont été constatées (la boutique Trottinette & Co, située rue du Colombier, a notamment été pillée). Le média militant InfoGauchO relate plusieurs vidéos de comportements policiers dont la cohérence avec les principes du code de déontologie de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale peut questionner.
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En réponse aux événements du 17 octobre, le ministre de l’Intérieur annonce pour le 24 octobre le déploiement de l’armée à Paris pour « sécuriser certains sites symboliques ». À Orléans, de nombreuses perturbations sont prévues en termes de transports et de stationnements sur ce week-end. Les deux lignes de tram seront arrêtées. Le stationnement sera interdit en centre-ville, et même les vélos Flexo ne pourront pas être garés dans cette zone rouge du centre-ville élargi. Les ponts Joffre, George V et Thinat sont fermés à la circulation de « tous les véhicules terrestres à moteur, cycle et engin de déplacement personnel (motorisé ou non) et piétons » entre le 24 octobre à 8 heures et le 25 octobre à 20 heures.
Bally Bagayoko et Sophie Binet attendus
La mobilisation du 24 octobre commencera à Orléans dès 10h30 par une manifestation dont le parcours a été modifié au dernier moment par la préfecture pour éviter son passage dans le centre-ville. Au lieu de partir du parvis de la cathédrale Sainte-Croix, elle prendra finalement sa source sur l’esplanade du Souvenir français, boulevard Alexandre Martin. Le parcours passera ensuite dans les rues Albert-1er et Émile-Zola, les boulevards Guy-Marie-Robié et Marie-Stuart, l’avenue Jean-Zay et le boulevard Pierre-Ségelle, avant de revenir sur l’esplanade du Souvenir français.
Cet espace accueillera des stands associatifs et militants, des ateliers, des propositions de restauration et un espace dédié aux enfants. L’après-midi démarrera avec un meeting où sont attendues des personnalités telles que Bally Bagayoko (maire LFI de Saint-Denis), Sophie Binet (secrétaire générale de la CGT), Clémentine Autain (députée L’Après) ou encore Olivier Faure (premier secrétaire du Parti socialiste). Quatre tables rondes de 45 minutes chacune se tiendront ensuite entre 15h30 et 17h30 (deux en parallèle à chaque fois). Elles traiteront de la question de « l’extrême droite autour des médias, du féminisme, de l’antiracisme, de la bourgeoisie, des institutions, de la démocratie et de la ruralité ».
Un grand show conclura cette journée, avec une succession de concerts et de stand-up entre 17h30 et 21h30. Konskouz, Burning Heads, Neniu et DJ la Petite seront attendus pour la partie musicale, tandis que Charles Aigri, Alicia c’est tout et Tania Wyss pour la partie stand-up.
Un événement rassembleur, mais qui ne fédérera pourtant pas l’intégralité des forces progressistes. Le Collectif antifasciste Orléans a ainsi posté sur ses réseaux sociaux un texte expliquant pourquoi il ne s’associerait pas à cette mobilisation du 24 octobre. « Nous ne remettons pas en cause la joie ou le fait de se retrouver. Mais nous refusons que la lutte antifasciste soit réduite aux codes de l’événementiel, comme s’il fallait rendre la mobilisation attractive et consommable », souligne le groupe, qui appelle « à construire une véritable unité émancipatrice à partir de nos luttes et de pratiques qui ne reproduisent pas les formes d’organisation des partis politiques ». Des partis « construits pour s’insérer dans l’État capitaliste », ajoute le collectif.
La marche du 25 octobre annulée par la préfecture
Ce dernier estime aussi que, « loin de la solidarité unitaire revendiquée par les organisateurs, nous avons assisté, au fil des jours, à une succession de pratiques autoritaires et excluantes. Cette situation nous semble préoccupante, non seulement pour l’antifascisme, mais pour toutes les luttes écologistes, féministes, antiracistes et anticapitalistes que nous devons mener dans la crise que nous traversons. »
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Le Collectif antifasciste Orléans soulignait dans son communiqué sa volonté de concentrer toute son attention sur l’événement du lendemain, 25 octobre : une marche antifasciste destinée à perturber le congrès du RN. Elle était initialement programmée à partir de 13 heures au départ de Tourelles-Dauphine (au sud du pont Georges V) pour rallier Co’Met, là où se tiendront les meetings du parti d’extrême droite.
Problème : cette manifestation a été annulée ce mercredi soir par la préfecture du Loiret. Un recours a été lancé par les organisateurs de cette marche auprès du tribunal administratif, mais ce dernier a été rejeté. Le groupe « Ciao Fachos » appelle en réponse à un rassemblement ce dimanche à 13 heures « dans une zone non concernée par les interdictions préfectorales et dans un lieu signifiant ». Un lieu qui « ne sera communiqué que dimanche » et sur sa boucle Signal publique.
La Rédac Pop au Campo Santo
La Rédac Pop s’associe à la nouvelle émission Quoi que t’en dises !, qui parle des luttes militantes et des militant.e.s sur Radio Campus Orléans. Un mini-studio sera installé au coeur de l’événement et plusieurs interviews s’effectueront tout au long de l’après-midi. Des moments d’échanges que vous pourrez retrouver très bientôt sur notre site Internet et au cours d’une émission programmée le vendredi 30 octobre à 15 heures, sur Radio Campus Orléans.
Thomas Derais
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