
Le 4 mars dernier, le président de la Cimade, Henry Masson, a été invité à Orléans pour prendre la parole sur la question de la place des personnes migrantes dans notre société. Le groupe local de l’association présentait une exposition au Temple protestant sur les préjugés entourant l’immigration.
Alors que les dispositions applicables aux personnes étrangères se dégradent, la Cimade (Comité inter-mouvements auprès des évacués) propose de réfléchir à un nouvel accueil. Dans ce cadre, le groupe local orléanais de l’association a présenté une exposition autour de la déconstruction des préjugés sur l’immigration.
Le mardi 4 mars, c’est le président de la Cimade, Henry Masson qui s’est rendu au temple protestant d’Orléans (rue Parisie) afin de répondre à une question : y a-t-il encore une place dans notre société pour l’étranger ?
À lire aussi sur notre site. [Billet d’humeur] La préfecture du Loiret au garde-à-vous face aux instructions de son ministère
Par cette approche, les militants cimadiens cherchent à déconstruire les discours portés par une partie de la droite et l’extrême-droite, de plus en plus présents dans les médias.
« On met l’accent sur des raisons qui ne sont pas les bonnes »
L’exposition proposée par la Cimade montre une réalité bien différente de celle donnée dans les grands médias.
De manière générale, les études mettent en avant que les personnes arrivant en Europe sont celles qui en ont les moyens. Voyager coûte cher et la mobilité vers l’Occident reste résiduelle. Ainsi, la Cimade expose un profil bien différent des discours politiques et médiatiques.
En ce sens, il apparaît que les femmes migrent davantage que les hommes. En dernier exemple, le niveau d’étude élevé des personnes migrantes est cité.

Pour Henry Masson, cette dissonance entre les discours médiatiques et la réalité s’explique parce « qu’on met l’accent sur des raisons qui ne sont pas les bonnes ». Et pour cause, les études montrent la part de responsabilité des médias dans la mauvaise perception des questions migratoires.
Il rappelle que les personnes migrantes souhaitent « vivre dignement au moins pour un temps » sur le territoire européen.
« L’étranger doit avoir une place dans notre société »
Les étrangers font face à une multiplication des maltraitances administratives, dont la dernière mise en lumière concerne la dématérialisation.
Toutes ces violences ramènent à la question primaire : y a-t-il encore une place dans notre société pour l’étranger ? Cette interrogation, « tout le monde se la pose », déclare Henry Masson. Le postulat de la Cimade est en revanche bien différent. Le président de l’association part du principe que « l’étranger doit avoir une place dans notre société ».
À lire aussi sur notre site. Des travailleurs sociaux du Delai s’indignent du traitement des mineurs étrangers par le Département du Loiret
En ce sens, le Cimadien appelle la France à mettre en place une véritable politique d’accueil. Cette politique découle d’une « responsable historique » de la France vis-à-vis des anciens pays colonisés. Dès lors, refuser de parler de l’histoire coloniale est absurde, comme il est absurde de parler de submersion migratoire.

Henry Masson rappelle que les personnes qui migrent en France viennent de pays parlant la même langue et issus de l’empire colonial.
La question migratoire reste encore en France, et en Europe, mal abordée par les médias. Le ressenti de la présence migratoire sur le territoire est à ce titre bien supérieur à la réalité des chiffres.
Les dernières études montrent que les personnes étrangères représentent moins de 10% de la population en France. Une proportion qui n’a pas évolué ces dernières années. De même, la réalité dépeinte par les éditorialistes et les politiciens est bien éloignée de la réalité de la population globalement plus ouverte.
Pour toutes ces raisons, « la France est un pays d’immigration ». Une spécificité qui tient à la situation géographique et historique du pays.
L’Europe a besoin de l’immigration
Henry Masson insiste : il ne s’agit pas d’une vision utopique. Pendant longtemps, la France a utilisé l’immigration pour « combler des trous économiques ». Une vision utilitariste de l’immigration « pour des raisons économique et de travail ».
En observateur de l’évolution de l’appréhension du statut des étrangers, Henry Masson met en avant que longtemps, l’immigration était contrôlée par le patronat. Ce n’est qu’avec les crises économiques que les règles sont devenues de plus en plus strictes.
Mais la force de la France est de pouvoir attirer tous les talents. À ce titre, l’exposition de la Cimade sur les préjugés rappelle que la France accueille en plus grande proportion des étudiants étrangers.
Italie : l’échec des politiques d’extrême droite
Ces crises se manifestent par la multiplication des textes depuis les années 1980. Le suivi de la législation comptabilise environ une trentaine de textes à partir de cette période jusqu’à 2024. Henry Masson est catégorique : « Ces textes ne servent à rien, car ils n’empêchent pas les vagues d’immigration. »
Il s’appuie sur les motivations de mobilité. Aujourd’hui, les raisons climatiques et la prolifération des conflits géopolitiques poussent les personnes à se déplacer malgré les législations. Pour le président cimadien, les tentatives d’entraves prônées par l’extrême droite sont vouées à l’échec.

L’exemple italien est la parfaite illustration de l’échec des politiques d’extrême droite. En cherchant à exclure les étrangers à tout prix, le modèle économique ultra-libéral ne peut tenir. La cheffe de l’État, Giorgia Meloni, a d’ailleurs dû, sous la pression des grands patrons, revoir sa politique d’exclusion des personnes étrangères.
Alors que le Sénat réfléchit à allonger la durée de la mesure de rétention administrative, la Cimade donne à repenser l’accueil des personnes migrantes. Le sujet des questions migratoires reste encore un sujet maltraité par les médias. La condamnation de l’Italie par la Cour de cassation italienne est restée largement invisibilisée par les grands médias.
À l’image de l’Italie, peut-être est-il temps de mettre en place une charte de déontologie journalistique sur le traitement des questions migratoires. C’est la question qui a été abordée lors des dernières Assises du journalisme de Tours, à l’initiative de plusieurs associations et syndicats qui ont invité le public à dialoguer et à faire des propositions pour finaliser cette charte.
Podcast
Retrouvez ci-dessous notre entretien complet avec Henry Masson, président de la Cimade.
À lire aussi sur notre site. [Édito] Donald Trump tire à vue sur les universitaires américains : peut-on les accueillir en Europe ?
Steven Miredin


![[Pépites pop-rock, épisode 6] « Word Gets Around » de Stereophonics, un album parmi les grands du Royaume-Uni](https://laredacpop.org/wp-content/uploads/2026/07/Stereophonics-Elysee-Montmartre-2.jpg)



