
Le 13 avril 2016, le Parlement français adoptait une loi visant à criminaliser les clients des travailleuses-travailleurs du sexe (TDS). Vivement critiquée par les collectifs pour les droits des TDS et certains mouvements féministes, cette loi est venue précariser les TDS elles-mêmes. Mia, escorte depuis huit ans et militante pour la cause des TDS, en dresse le bilan de son point de vue au micro de La Rédac Pop.
La lutte pour mieux gagner leur vie et être davantage entendues et reconnues anime celles et ceux dont le travail est invisibilisé et peu rémunéré. La Rédac Pop est allée à la rencontre de Mia, escorte depuis 8 ans et militante pour la cause des travailleuses-travailleurs du sexe (TDS). Elle fait partie de ces militantes qui alertent sur la précarisation de leurs conditions de travail. À travers son discours, il s’agit d’arrêter d’ignorer, d’enfin discuter et penser la complexité des expériences de vie des TDS.
Le 13 avril 2016, le Parlement français adoptait un texte de loi venant sanctionner les clients des travailleuses et travailleurs du sexe. Un texte applaudi par des mouvements féministes abolitionnistes, mais qui n’a pas fait l’unanimité. Selon les explications apportées par Mia, plusieurs associations ont constaté que cette loi s’est accompagnée d’une criminalisation, sous l’appellation de proxénétisme, de tout soutien apporté aux personnes vivant du travail du sexe.
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Cette loi était censée retirer la charge de la culpabilité aux TDS pour la faire porter aux clients considérés comme nécessairement exploitants. Mais comme le prévoyaient plusieurs associations, le remplacement du délit de racolage par la pénalisation des clients n’a pas eu l’effet escompté. La nouvelle législation a eu un impact négatif sur la stigmatisation et les conditions matérielles des TDS.
Grossièrement, en France, deux courants de pensée coexistent à l’intérieur du féminisme. Les pro-sexe, qui estiment que la prostitution est un travail qui doit être encadré par des contrats, et les abolitionnistes, qui pensent parfois que la prostitution est issue d’un système sexiste, raciste ou/et capitaliste et demandent sa disparition.
Dans cet article, il sera fait usage du terme « travail du sexe ». Certains mouvements féministes y voient une euphémisation de la prostitution. Il s’agit pour ces mouvements d’invisibiliser une violence genrée spécifique, dont il faut réclamer l’abolition.
Avant-propos
Cet article ne s’inscrit pas dans le mouvement abolitionniste. Vouloir abolir l’exploitation des femmes est une chose, risquer d’abolir la parole d’existences en est une autre. Il s’agit, ici et avant tout, de recueillir le point de vue et la parole d’une personne concernée, Mia, pour qui le travail du sexe est une activité professionnelle.
Podcast
L’émission complète de Mia est à écouter ici en podcast ici.
Lutte contre la prostitution ou invisibilisation des TDS ?
En premier lieu, il convient de rappeler que la traite des êtres humains ne rentre pas dans le cadre du travail du sexe. La traite est une exploitation extrême, contrôlante et non-consentie par autrui pour son bénéfice.
De même, cet article ne nie pas l’existence de l’exploitation illégitime qui peut exister au sein du travail du sexe. En revanche, il s’agit ici d’apporter des nuances. L’exploitation illégitime découle plutôt de l’impossibilité légale d’exercer son travail de manière autonome et indépendante. Ce blocage est générateur d’un recours contraint aux intermédiaires clandestins.
« On est quand même assez consciente du fait qu’une partie, vraiment pas toute, mais une partie de la prostitution est due à la grande précarité, au racisme… Dans tous les cas, on ne lutte pas en faisant de la répression. […] On lutte en faisant de l’accès aux droits, de la protection sociale, des choses comme ça. On peut lutter contre la prostitution subie à sa racine en donnant des papiers aux migrantes qui, du coup, pourraient avoir des recours d’autres emplois », explique Mia.
Elle poursuit en rappelant que « même les TDS les plus convaincues de la joie de leur métier sont opposées à l’exploitation et à la traite. » Mais ce sont des moyens faciles de faire de l’émotion, alors que législativement, ça n’a pas de sens de faire des lois d’exception en plus de ces lois-là pour nous pénaliser. »
Mia se refuse donc à parler de système prostitutionnel. « C’est vraiment un terme d’abolitionniste. […] C’est comme lorsque l’on dit »personne en situation de prostitution ». Nous, on parle de travailleuse, de prostituée… Il y a beaucoup de termes, mais [ces expressions] sont un peu des mots-clés de l’abolitionnisme qui présupposent une sorte de système tentaculaire et presque conscient qui abuserait des femmes. »
« Les travailleuses sont forcément victimes, les clients forcément coupables »
Instauré sous la présidence de Nicolas Sarkozy, le délit de racolage visait à sanctionner les personnes se livrant à la prostitution sur la voie publique.
En s’inspirant des modèles irlandais, islandais, norvégien ou suèdois, le Parlement français adoptait définitivement il y a dix ans un texte sanctionnant les clients de prostituées d’une contravention punie de 1.500 euros d’amende, tout en supprimant le très contesté délit de racolage. En cas de récidive, la sanction devient un délit puni d’une amende de 3.750 euros avec inscription au casier judiciaire.
« Juste avant la pénalisation des clients, c’était la loi Sarkozy, surtout sur le racolage, donc criminalisation des TDS elles-mêmes, qui touchait surtout celles qui cherchent leurs clients dehors », souligne Mia. Le texte est applaudi par des associations féministes, mais pas par les prostituées. En l’état, les TDS ont obtenu une sorte de « droit d’exercer » et sont soumises aux impôts, mais leur clientèle encourt une peine.
« L’argument principal a été le report de la charge de la culpabilité des TDS sur le client. » Mia récuse cet argument, car selon ces mots, cette analyse présuppose « que le client est forcément un abuseur, et que le travail du sexe en soi est un abus, donc que le client est forcément coupable, moralement, légalement, et que les travailleuses seraient forcément des victimes d’un système ».
Contrairement à l’objectif annoncé, la législation n’a pas permis de constater une diminution du nombre de travailleuses-travailleurs. Mia pointe l’échec de la logique portée par la loi de 2016. « On voit que le nombre de travailleuses n’est pas du tout défini par la demande, comme le présuppose cette loi, mais simplement par la précarité, par l’impossibilité d’avoir un emploi, par l’impossibilité d’avoir des papiers, etc. » Elle constate que sur le terrain, les TDS ont seulement adapté leurs méthodes de travail, entraînant également une diminution de leur qualité de vie.
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Nombre de TDS, d’associations communautaires ou partenaires, comme Médecins du monde, alertent sur une aggravation des conditions de travail, attribuées principalement à une inversion du pouvoir de négociation passé du côté du client.
Avec le volet répressif de la loi, l’accès aux droits fondamentaux n’est pas garantie
« Le volet répressif a diminué le nombre de clients, ce qui fait que les TDS sont beaucoup plus précaires, peuvent beaucoup moins choisir leurs clients. Parfois, ils ne peuvent pas forcément imposer les protections parce qu’ils ont besoin d’argent, parce qu’ils savent que les clients ont le rapport de force dans la négociation », constate Mia sur ce point.
La militante soutient qu’« avec moins de clients pour autant de TDS, donc beaucoup moins de revenus, il est plus difficile de refuser les personnes louches ou agressives et les pratiques à risque. Les TDS de rue se sont éloignées des zones fréquentées afin de trouver une clientèle, à cause de la peur des rondes policières, ce qui entraîne une mise en danger. »
Dans le même idée et selon Médecins du monde, depuis la loi de 2016, une raréfaction des clients a été constatée dans la rue, de même que le départ de nombreuses femmes vers de plus petites villes, dans l’espoir d’y trouver moins de concurrence.
La loi a également un impact sur le plan sanitaire. Les TDS ont vu leurs protections se réduire. Considérant que le risque pesait sur eux, beaucoup de clients, sont devenus plus « insistants », plus violents. Selon l’analyse de Mia, « dans le bilan, on constate également une augmentation des transmissions d’IST, une augmentation des violences, une augmentation de la précarité et une plus grande difficulté à se reconvertir dans autre chose, parce que pour ça, il faut des moyens ».
En s’inspirant des modèles de criminalisation des TDS, le Parlement a omis de prendre en compte un phénomène global qui est constaté dans ces États. « Dans les pays où le travail du sexe est criminalisé, cela pose aussi beaucoup de problèmes en termes de contamination de VIH et autres IST », remarque Mia.
La législation en vigueur depuis 2016 rend la location d’un logement illégale. Sauf à être propriétaire et vivre seul, louer un appartement tombe sous le coup de l’appellation de proxénétisme. Mia est revenue sur ce point en indiquant que « louer un appartement fait que le loueur sera considéré comme proxénète, parce qu’il touche l’argent de la prostitution. Donc il n’y a aucun moyen d’habiter légalement, sauf à être propriétaire. Mais être propriétaire demande parfois un prêt, le prêt complètement impossible. L’accès aux droits fondamentaux n’est pas du tout garanti. »
Face à un volet aussi répressif, il peut être étonnant d’apprendre qu’il est possible pour les TDS de se déclarer comme telles en France. Cependant, Mia apporte une nuance à cette « possibilité ». « Il est possible de se déclarer comme étant TDS, mais cela amène beaucoup de stigmatisation, notamment une difficulté d’accès aux banques, ce genre de choses. Et de toute façon, les TDS doivent payer l’Urssaf comme la plupart des travailleurs indépendants. »
Concernant la lutte contre le proxénétisme, Mia rappelle que d’autres dispositions pénales offrent déjà les fondements juridiques nécessaires. Ainsi, cette loi vient faire doublon à des dispositions concernant par exemple les marchands de sommeil, la traite et l’exploitation d’êtres humains, les abus sexuels ainsi que l’exploitation professionnelle ou sexuelle des mineures.
En ce sens, la militante explique que la création « d’un statut d’exception dans le cadre du travail du sexe, avec une définition très large et floue du statut de proxénète, ne correspond bien sûr pas du tout aux besoins de protection des TDS professionnelles, mais pas non plus à ceux des personnes sous emprise ».
Un bilan social insuffisant
La loi de 2016 a instauré un parcours de sortie de la profession. Ce volet, dit « social », de la loi n’a eu qu’un faible impact sur la profession. D’après Public Sénat, cinq ans après la loi, seulement 568 personnes ont pu être accompagnées dans une reconversion professionnelle. Une inefficacité également constatée par une enquête de la Fédération des acteurs de la solidarité de 2022, dont il ressort que sur l’ensemble des TDS identifiées, seulement 41 % seraient éligibles au bénéfice de ce parcours de sortie de la prostitution.
Par sa connaissance du terrain, Mia confirme que « le volet social d’aide à la sortie de la prostitution a finalement été très peu appliqué. Pour les personnes qui veulent en sortir, évidemment, il faut les aider. Il n’y a aucune polémique là-dessus, même chez les travailleuses volontaires. Mais on voit que les parcours de sortie ont été donnés au compte-gouttes, selon des conditions pas forcément accessibles. »
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Plusieurs éléments sont à l’origine de l’échec de ce volet social. Premièrement, il s’agit de la précarité des travailleuses sans papier. Un autre facteur concerne la faiblesse des aides apportées. Mia explique qu’« au début, c’était la moitié du RSA. Maintenant, ça a été revalorisé au RSA entier ».
Enfin, l’absence d’accès à des logements. Mia rappelle qu’il ne faut pas déconnecter cette aide du contexte socio-économique général. « Maintenant que l’aide financière correspond au RSA, le parcours de sortie pourraient suffire à la survie, à condition de pouvoir se loger, mais pas forcément à l’épanouissement. Avec un loyer, ça devient évidemment impossible. Toutes les personnes au RSA se rendent compte des difficultés. »
On constate aussi des difficultés de reconversion, principalement dues à l’image des TDS dans la société.
La lutte du gouvernement contre la prostitution : est-ce véritablement une bataille contre les proxénètes ?
Lorsqu’il est question de la situation des TDS, les mouvements abolitionnistes dressent rapidement la lutte contre la traite des êtres humains. Un étendard invisibilisant totalement toute interrogation de la place des TDS dans la société. Le travail du sexe est considéré comme de la prostitution, de l’exploitation humaine.
Censé retirer la charge de la culpabilité aux TDS pour la faire porter aux clients considérés comme forcément abusifs, le remplacement du délit de racolage par la pénalisation des clients n’a pas eu l’effet escompté.
De plus, en France, des arrêtés criminalisent toujours le travail du sexe dans les zones où il est le plus exercé. « Cela démontre l’hypocrisie du soi-disant report de la charge de culpabilité », s’indigne Mia. Comme mis en place à Lyon, ces arrêtés peuvent être municipaux, mais aussi préfectoraux. Ainsi, l’État s’aligne en contradiction avec sa démarche annoncée.
La situation administrative des TDS a été fragilisée par la qualification floue du statut de proxénète. Les TDS ne peuvent que difficilement louer un logement, puisque leur propriétaire peut être poursuivi pour proxénétisme hôtelier. Également, elles n’ont pas la possibilité de vivre en couple ou de soutenir financièrement leurs enfants adultes qui risquent des poursuites pour le même motif.
Pour un meilleur accès aux droits des TDS
Manon Coujou, doctorante en sciences politiques à l’Institut des sciences sociales du politique (université Paris-Nanterre), a pu rappeler que « pour beaucoup, la reconnaissance du travail du sexe comme un travail ne va pas de soi ». Dans son analyse, elle poursuit en donnant l’exemple de la CGT, un syndicat « abolitionniste, comme le sont la plupart des partis de gauche. Les TDS ont donc dû chercher d’autres moyens juridiques pour porter leurs revendications. »
À côté, des associations comme le STRASS, dont fait partie Mia, se battent pour un meilleur accès aux droits des TDS. C’est aussi la position que défend l’association Les Roses d’acier, créée en 2015 par et pour les femmes chinoises en précarité, travailleuses du sexe ou non. Cette organisation a lancé un fonds de solidarité intitulé « U Care ». Il visait au départ à soutenir les femmes qui ne peuvent plus travailler du fait de problèmes de santé, avant d’être élargi aux situations d’agressions ou de viols.
Il est à côté de soutiens plus surprenants comme l’extrême droite. Déjà en 2013, une tribune portant le sobriqué de « Touche pas à ma pute » avait été signée par les « 343 salauds ». Parmi les personnalités connues, la tribune a été signée par Éric Zemmour. Un soutien des plus étranges quand on connaît les positions très conservatrices propres à la droite et l’extrême droite.
Récemment, l’extrême droite a récidivé avec les déclarations d’intention du député Rassemblement national (RN) Jean-Philippe Tanguy. En décembre 2025, le RN déclarait que la pénalisation des clients a aggravé la situation des prostituées, selon le parlementaire. Dans un décryptage publié dans le journal Le Monde, il annonçait préparer une proposition de loi pour « créer des lieux coopératifs tenus par les prostituées elles-mêmes ».
Au grand dam de Mia, l’extrême droite apparaît comme le seul allié des TDS. « Le vernis positif […], c’est quelque chose, qu’en effet, on réclame, parce que louer un lieu à plusieurs pour travailler en sécurité, c’est quelque chose qui nous éviterait énormément de violences et qui, pour l’instant, tombe également sous le coup de la loi contre le proxénétisme. Donc, vraiment, c’est en effet proche de nos revendications », déclare-t-elle.
Mais Mia alerte surtout sur les réelles intentions de l’extrême droite, dont les revendications servent un agenda raciste. Elle l’explique ainsi : « Les personnes qui pourront prétendre à ces coopératives, il faudra qu’elles soient fichées, déclarées. Si on n’était pas pénalisé, je voudrais pouvoir me déclarer et payer des impôts comme tout le monde. Du coup, ça suppose de potentiellement avoir un titre de séjour. »
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De même, Mia alerte sur les intentions transphobes qui animent l’extrême droite. Elle explicite son propos ainsi : « Dans certains pays qui ont réglementé comme ça, il y a des critères qui ne sont pas forcément évidents. Par exemple, le fait d’être une femme sur son état-civil. Faites attention à la réglementation, parce que les conditions sont parfois racistes, transphobes ou sexistes, tout simplement. Pourquoi les hommes cis ne pourraient pas exercer ? »
Il faut noter, qu’à ce jour, le RN n’a proposé aucun texte. Concernant les mouvements de gauche, Mia a surtout milité auprès du mouvement de La France insoumise (LFI) et elle résume cette expérience : « Ce n’est pas top, c’est-à-dire que les personnes en situation de pouvoir dans les parties de gauche sont généralement abolitionnistes. » Mais elle a pu comprendre que la position abolitionniste est partagée par le Parti communiste français (PCF).
Elle poursuit son tour d’horizon : « Ce sont plus les pôles LGBT qui vont être pro-droit et qui vont poser nos revendications, alors que les pôles égalité homme-femme vont être plus classiquement abolitionnistes. »
Mia milite auprès de l’association Médecins du monde. Elle explique son choix ainsi : « Médecins du Monde est vraiment axé sur l’accès au droit et pas forcément anti-capitaliste. Mais les revendications communautaires sont très communément partagées. C’est la dépénalisation des clients, évidemment, l’abolition de la loi contre le proxénétisme, étant donné qu’elle fait doublon avec des lois qui visent vraiment les abus et qu’elle touche en fait des travailleuses. »
Vers une dépénalisation ?
Selon le modèle néo-zélandais ou le modèle belge, les concernées luttent en France pour la dépénalisation totale. Ces modèles, non exemptés de critiques, ont malgré tout prouvé leur efficacité à travers plusieurs études quant à l’amélioration des conditions de vie des personnes, la diminution des violences et des contaminations, la lutte contre la grande précarité et l’exploitation. Le travail sexuel est reconnu comme un travail et traité comme tel, en prenant parfois en compte ses spécificités. Dans ces États, les TDS en situation régulière sont protégées par le droit du travail et participent légalement à l’économie. L’idée, selon Mia, c’est de permettre « une entrée dans le droit commun avec les mêmes protections sociales que les autres. »
En France, la lutte pour la reconnaissance du statut des TDS a eu lieu sur le plan juridique. En juillet 2024, un recours a été déposé par 260 TDS devant la Cour européenne des droits humains (CEDH) pour dénoncer l’impact de la loi de 2016. Dans un communiqué paru en octobre 2024, des syndicats de SUD éducation, Asso-Solidaires ou de la CGT Ferc Sup (qui s’adresse aux professions de l’enseignement supérieur et de la recherche) ont appelé à les soutenir dans leurs revendications et à leur permettre « l’accès au droit du travail, [au] droit de former et de rejoindre des syndicats ». Une position à contre-courant de celles majoritairement défendues par les syndicalistes.
L’angle utilisé dans ce recours était « la liberté d’entreprendre », explique Mia. « Étant donné que visiblement, toutes les violences qu’on subissait n’étaient pas un levier supplémentaire, mais la liberté d’entreprendre, ça c’est quelque chose qu’on défend. Donc c’est un levier qu’on a essayé d’utiliser dans une forme d’utilitarisme, [mais]ce n’est pas forcément notre idéologie. » Reste que cet argument n’a pas convaincu la CEDH qui a rejeté le recours.
La bataille pour l’abolition de la loi de 2016 passe aujourd’hui par la voie législative. Sous l’impulsion des milieux militants, la sénatrice écologiste Anne Souyris a déposé une proposition de loi en ce sens. « La proposition a été façonnée avec des scientifiques en sciences sociales, la communauté, des politiques. Le principe serait que, pour une fois, ce soit fait avec nous », revendique Mia.
Elle fait le parallèle avec l’élaboration de la législation en Belgique, où « la décriminalisation s’est beaucoup faite en partenariat avec le syndicat Utzopi, qui est leur équivalent Strass. Et là, on essaye de reprendre la main sur ce qui nous concerne finalement, en faisant cette proposition de loi. »
Dans l’optique des revendications de Mia, le socle législatif actuel suffit pour lutter contre l’exploitation. « On ne veut pas de lois spécifiques, mais une décriminalisation du travail du sexe pour avoir accès à une protection sociale et à des cotisations. »
Mia appelle à la mise en place de mesures sociales rendant le recours à la prostitution inutile. Ce serait, selon elle, la meilleure solution pour faire diminuer le nombre de TDS et éliminer la traite. À ce titre, elle rappelle que tant que ce métier sera indispensable à la survie de nombreuses personnes pour qui le marché du travail est inaccessible, le rendre plus dangereux n’aura pas l’effet de protection qui en serait prétendument l’objectif sur les personnes qui l’exercent.
Une part du monde associatif et militant pour les droits de TDS appelle à des solutions sociales plutôt que répressives. Au-delà de la lutte pour la dépénalisation des métiers du sexe et pour l’abrogation de la loi contre le proxénétisme, les mouvements sociaux des TDS incluent des luttes sociales plus générales.
Mia rappelle que cela passe aussi par un meilleur accueil des personnes dites étrangères. Le durcissement de l’accès à la régularisation et la précarité croissante des titres de séjour délivrés nourrissent l’exploitation et le travail du sexe subi. La remise en état de la Sécurité sociale et une meilleure prise en charge des coûts médicaux diminueraient également le recours au travail du sexe.
Mia appelle aussi à la garantie de l’accès aux droits fondamentaux, comme le logement, la nourriture et la famille, même dans l’impossibilité d’exercer un emploi. Elle précise, à ce titre, que de nombreuses TDS sont des personnes en situation de handicap physique ou cognitif, et ne sont pas capables de tenir une position salariée, même à temps partiel.
À ce jour, la proposition de loi a fait l’objet d’une première lecture devant le Sénat sans suite pour le moment.
Sources
Des travailleuses du sexe privées de droits — La Déferlante
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Steven Miredin


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