La pièce « La Tendresse » a déconstruit les clichés de masculinité au théâtre d’Orléans

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La pièce porte une énergie collective virile et puissante, pour mieux la déconstruire par la suite. Photo Axelle de Russe

Les 12 et 13 mai, la scène orléanaise a accueilli La Tendresse, un spectacle de danse et de théâtre mis en scène par Julie Berès. Dans la continuité de Désobéir, la pièce poursuit une réflexion autour de la construction des identités et des normes sociales. À travers huit interprètes, l’œuvre questionne ce que signifie être un homme aujourd’hui.

« Un homme, ça ne pleure pas », affirment certaines personnes. La pièce qui était à découvrir au théâtre d’Orléans les 12 et 13 mai a largement contredit cette idée qui reste tenace dans notre société. 

La Tendresse, spectacle créé et mis en scène par Julie Berès, questionne les représentations actuelles de la masculinité au travers de scènes poignantes.

Une virilité mise en scène dès l’ouverture

Dès l’ouverture du spectacle, le ton est donné. Avec la chanson Bande organisée de 13 Organisé (réunissant plusieurs figures du rap marseillais), une énergie collective virile et puissante s’impose. Le tout porté par huit comédiens possédés par leurs rôles : Bboy Junior (Junior Bosila), Natan Bouzy, Alexandre Liberati, Djamil Mohamed, Charmine Fariborzi, Romain Scheiner et Mohamed Seddiki.

Les interprètes apparaissent en groupe et occupent pleinement l’espace. Cette entrée en matière permet d’installer une image très codifiée de ce qu’est la masculinité à travers l’affirmation de soi, le défi, la domination ou encore l’esprit de compétition. Cette scène est le reflet direct de notre société actuelle.

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Cette bande de potes nous est facilement reconnaissable, elle renvoie à des comportements et des attitudes qui nous parlent à tous. La Tendresse donne ainsi à voir des hommes qui semblent devoir constamment prouver quelque chose pour exister au sein du groupe.

Mais est-il possible de trouver une fissure dans le patriarcat ? Que devient un homme lorsqu’il laisse part à ses émotions, lorsqu’il ne correspond pas aux attentes prédéfinies, ou encore lorsqu’il ne se sent pas pleinement accepté en raison de son orientation sexuelle ? C’est précisément ce que la pièce met en lumière.

Photo Axelle de Russe

Quand les émotions prennent enfin de la place

Cette démonstration de force semble progressivement se fendre. Au fil des scènes, les protagonistes s’ouvrent et laissent apparaître leurs pensées, leurs doutes, leurs peurs et leurs fragilités. Ils mettent des mots sur leurs maux. La pièce devient un véritable terrain d’exploration et laisse à ces hommes une forme de relâchement, comme s’ils se libéraient d’un poids, ne se sentaient plus jugés et ne ressentaient plus la pression imposée par la société.

Cette évolution passe aussi par les corps et la mise en scène. Les gestes deviennent moins brusques et les musiques s’adoucissent progressivement. On assiste à des scènes de ballet exprimant beaucoup de tendresse, alors même que l’on attend de ces hommes de la puissance et une forme de domination. Ce contraste donne encore plus de force au propos. Le spectacle crée alors un espace-temps presque intime auquel le public assiste en silence. La Tendresse révèle un paradoxe à travers des personnages à qui l’on a inculqué un modèle de masculinité prédéfini, tout en ressentant le besoin de déconstruire ces codes toxiques.

Photo Axelle de Russe

Pourquoi ces représentations dérangent encore

Cette réflexion s’est prolongée lors du bord plateau organisé après la représentation du 12 mai, auquel La Rédac Pop a participé. La metteuse en scène y a évoqué des réactions parfois homophobes observées dans certains collèges et lycées face à la pièce.

Un constat qui accentue davantage cette ambiguïté. La jeune génération est souvent présentée comme plus ouverte sur les questions de genre, de sexualité ou de stéréotypes. Elle apparaît presque comme l’avenir d’une société débarrassée de ces normes et de ces discriminations. Pourtant, certaines représentations masculines continuent de provoquer du rejet lorsqu’elles s’éloignent des codes traditionnels patriarcaux.

Pourquoi ? Parce que ces rôles restent profondément ancrés dès l’enfance dans les comportements, l’éducation ou encore les rapports sociaux. Pour certains, voir un homme exprimer sa sensibilité, son affection ou sa vulnérabilité peut être encore perçu à notre époque comme une remise en cause de ce qu’un homme “doit” être.

À travers cette œuvre artistique, Julie Berès montre que ces normes continuent de structurer les rapports sociaux aujourd’hui et peuvent avoir des conséquences néfastes sur les individus. Elles peuvent être à l’origine de certains discours masculinistes, de plus en plus visibles sur les réseaux sociaux. Ces propos défendent une vision archaïque et dominante de l’homme, souvent opposée aux avancées féministes et aux questions liées aux personnes LGBTQIA+. Elle cherche ainsi à éveiller les consciences, à amener le public à porter un regard nouveau sur la société et à donner de l’impact à son message.


Pratique

Retrouvez les dernières informations concernant les prochaines dates de La Tendresse sur la page Instagram dédiée au spectacle.


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Linda Antonio Garcia