Le gouvernement remet en cause les réunions politiques dans les universités : réponse des concernés à Orléans

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En octobre dernier, le collectif étudiant « Le Poing levé » avait tenu au Bouillon d’Orléans une conférence consacrée à « l’instrumentalisation de l’antisémitisme ». Une réunion parmi tant d’autres à l’université, qui consacre le débat politique comme pilier de son fonctionnement. Photo d’archives Fidel Agumava

Après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque à Lyon, le gouvernement envisage d’interdire plus facilement les conférences et meetings politiques jugés « à risque ». À Orléans, les étudiants politiquement engagés s’inquiètent, tandis que le président de l’université veut rassurer.

Mardi dernier, Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, a déclaré sur BFM TV qu’il avait envoyé une circulaire conjointe avec le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Un document demandant aux préfets et recteurs d’interdire des « meetings » dans les universités si un risque de « trouble à l’ordre public » est avéré.

Cette déclaration surgit quelques jours après la mort de Quentin Deranque, militant d’extrême droite. Le jeune homme a succombé à des coups portés au cours d’une confrontation avec un groupe antifasciste en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Sept personnes ont été mises en examen, dont Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault.

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Faisant directement référence à cette réunion politique conviant Rima Hassan, Philippe Baptiste a notamment souligné qu’« il n’y aura pas d’autres meetings de ce type-là dans les établissements puisque les risques de trouble à l’ordre public sont avérés de manière extrêmement brutale ».

Or, l’enseignement supérieur français s’est construit sur la liberté académique et la pluralité des points de vue. Restreindre les débats dans les universités pourrait installer un précédent difficile à encadrer et endommager un pilier de la démocratie.

Donner des « armes intellectuelles aux étudiants »

À Orléans, certains membres de syndicats et collectifs étudiants redoutent les effets dévastateurs qu’une telle mesure pourrait engendrer. À l’image de Mathys Fourniau, étudiant en troisième année de licence droit-histoire à l’université d’Orléans et militant au sein du Poing levé d’Orléans. Ce collectif anticapitaliste d’étudiants s’organise à travers toute la France depuis 2023.

Pour lui, cette déclaration vient s’inscrire dans un contexte « d’emballement politico-médiatique » autour des tragiques événements ayant entraîné la mort de Quentin Deranque. Mathys estime que les universités sont des lieux permettant de donner des « armes intellectuelles aux étudiants » pour les préparer à se confronter aux « discours dominants » de la classe politico-médiatique. La volonté d’interdire ces débats universitaires entraînerait la rupture de la liberté d’expression, souligne le jeune étudiant.

Mathys Fourniau, au micro de Radio Campus Orléans. Photo Thomas Derais

Mais ce n’est pas la première fois pour Le Poing levé que des difficultés sont rencontrées pour la mise en place de meetings universitaires. Il cite notamment l’obligation formulée par l’université d’Orléans de prévenir la direction sur l’organisation d’un meeting quarante jours au préalable. Une façon, selon Mathys, de « dissuader » les étudiants d’organiser ce type d’événement.

Néanmoins, Le Poing levé est resté très actif ces derniers mois à travers notamment un meeting en novembre 2025 en compagnie de Raphaël Arnault ou encore une conférence au sein même de l’université autour de la lutte contre les dominations au travail sous la présence de Nicolas Framont et Aurore Koechlin, sociologues. Une conférence autour de l’instrumentalisation de l’antisémitisme avait aussi été organisée en octobre dernier par le collectif étudiant, accompagné du mouvement juif Tsedek et de l’Union juive française pour la paix (UJFP). « D’autres événements sont encore à venir grâce à la motivation que nous avons », annonce Mathys Fourniau.

Interview avec Mathys Fourniau, membre du Poing levé.

Les vice-présidents étudiants s’inquiètent

De son côté, Fleur Raymond fait le même constat : l’interdiction des meetings universitaires serait un réel choc pour les étudiants. Cette étudiante en deuxième année de master (sites et sols pollués – diagnostic environnemental) à l’université d’Orléans, ancienne présidente de la fédération Ô Campus, est désormais vice-présidente étudiante. Tout comme Mathys, elle estime que la mort de Quentin a été « instrumentalisée » par les différents acteurs politiques afin de mettre des bâtons dans les roues aux étudiants voulant organiser ce type d’événement. Les conférences politiques n’enchanteraient pas les présidents d’université, selon elle.

Fleur souligne également que les meetings politiques sont « une chance pour les étudiants », sachant que les universités sont des lieux « d’échanges, de réflexions et prise de recul ». Elle rappelle tout de même que le collectif Ô Campus est apartisan : il ne se déclare pas rattaché à un parti politique, ce qui lui permettrait d’être, en quelque sorte, moins impacté par les déclarations de Philippe Baptiste.

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Fleur ajoute que de nombreuses questions et « inquiétudes » se posent déjà à propos de la possibilité d’interdire « certains meetings » au sein de la Conférence des étudiants vice-présidents d’université (CEVPU), association regroupant tous les vice-présidents étudiants de France. Le problème étant notamment de savoir comment et sur quels critères il serait possible de juger un événement « problématique », ou un « parti problématique ».

Interview avec Fleur Raymond, vice-présidente étudiante de l’université d’Orléans et ancienne présidente d’Ô Campus.

Le président de l’université, Éric Blond, que nous avons aussi contacté, tempère quant à lui les déclarations du ministre de l’Enseignement supérieur. Pour lui, cette annonce « ne change rien » et n’impacte pas les textes de lois déjà existants sur la possibilité pour un président d’université d’interdire un débat si celui-ci venait troubler l’ordre public.

Pour le président de l’université d’Orléans, cette annonce « ne change rien »

L’annonce de Philippe Baptiste vient simplement répondre à « un emballement politique », estime Éric Blond qui ajoute qu’« il n’a pas fallu attendre les tragiques évènements récents pour qu’il y ait une régulation, voire une interdiction de certains événements quand on sent que cela peut amener à une situation à risques ». 

Mais même avec cette possibilité et dans le contexte actuel, Éric Blond affirme qu’il autoriserait toujours le meeting du Poing levé en compagnie de Raphaël Arnault pour que « la tension rebaisse ». Mais cela « dépend du contexte », car quand on sent que les gens sont là pour « discuter, échanger ou débattre, il n’y a pas sujet à ne pas l’autoriser et l’université est là pour ça ».

Concernant le délai de quarante jours évoqué par Mathys Fourniau, le président confirme l’existence de ce règlement au sein de l’université. Il assure qu’il travaille à « réduire ce délai » qu’il estime « trop long », ajoutant que « les étudiants ont raison ».

Si l’on suit le président de l’université d’Orléans, il n’y aurait donc pas matière à s’inquiéter sur la question de la pérennité des débats universitaires. Du moins pour le moment.

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Mathis Lelièvre