
Le 11 octobre, à l’occasion de la Journée internationale du coming out, le Planning familial du Loiret a organisé des séminaires et des ateliers consacrés à la visibilité des personnes LGBT+. Au 108 (rue de Bourgogne), à Orléans, on n’y a pas parlé que des réussites, mais aussi des échecs.
Il est trop tôt pour se reposer sur ses lauriers.
Voilà déjà douze ans que la loi sur le « mariage pour tous » est en vigueur en France, pays où l’homosexualité a été définitivement dépénalisée en 1982 et où le Code pénal sanctionne la discrimination en raison de l’orientation sexuelle. En France, on ne pend pas des personnes LGBT+ à des grues comme en Iran, on ne les jette pas en prison comme au Burkina Faso et on ne les déclare pas non plus « extrémistes » comme dans la Russie contemporaine.
Ainsi, pour un Français peu familier avec l’histoire des luttes et de la situation actuelle de la communauté queer, il peut sembler que celle-ci ait atteint ses objectifs. Qu’on pourrait s’en laver les mains et s’occuper d’autres questions « plus pressantes ». Il se peut même qu’on entende ceux qui, d’un air méprisant, lancent du bout des lèvres : « Que leur faut-il encore — à ces lesbiennes, gays, bisexuel·les, personnes trans et autres “je ne sais comment” queers ? Pourquoi n’arrivent-ils pas à se calmer ? Pourquoi exigent-ils toujours de l’attention publique ? »
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Hélas, cette vision est assez répandue — et fondamentalement erronée. La preuve n’en est pas seulement la croissance continue des actes d’agression à l’encontre des membres de la communauté LGBT+ en France (voir fig. 1), mais aussi le caractère toujours marginalisé, si ce n’est tabou, des sujets LGBT+ dans la société.

La peur de « paraître comme l’un ou l’une de ceux-là »
Des dizaines d’Orléanais hétérosexuels sont également venus au Planning familial pour cette Journée du coming out, afin d’échanger avec des représentants d’associations de défense des droits LGBT+. Certains et certaines sont déjà au fait des questions de visibilité, d’inclusivité et d’intersectionnalité. Pour d’autres, ce sont des notions nouvelles, et notamment l’idée que la conception binaire des genres est irrémédiablement dépassée.
« Ce que j’ai appris, c’est qu’il y a plusieurs identités : les gens ne se résument pas qu’à “homme” ou “femme”. […]C’est plus fluide, plus étendu que juste quelque chose de binaire », résume Jason. Ce dernier a participé aux ateliers au côté de Pauline. « Ça a confirmé que pour aider les personnes, le mieux c’est de les écouter et de se renseigner, ajoute-t-il. Parce que c’est la méconnaissance qui fait qu’on ne connaît pas les situations des uns et des autres et qu’on a du mal à accompagner dans ces cas-là. »
Selon Pauline et Jason, il ne faut pas forcément parler plus, mais laisser la lumière sur les personnes concernées. Être présent pour elles, les accompagner, essayer de comprendre ce qu’elles vivent — sans s’imposer, sans occuper tout l’espace. Juste dire : « Je suis là si tu as besoin. »
Le duo est rejoint par Étienne, un homme d’un peu plus de 30 ans, venu à l’atelier pour apprendre à mieux communiquer avec ses ami·es homosexuel·les :
« J’ai des amis qui sont LGBT, raconte-t-il. Moi, je ne suis pas directement concerné. Je voulais donc savoir comment je pourrais faire pour avoir une posture correcte vis-à-vis d’eux. Je ne suis pas partait, je peux faire sans doute des maladresses dans mes paroles, dans mes actes. L’idée, c’était un peu de venir ici pour déconstruire ça et pour être un bon allié au quotidien. »

Anne, bénévole et administratrice du Planning familial, est venue par pure curiosité — et aussi par envie d’élargir ses connaissances. Comme elle le dit elle-même, elle aimerait mieux comprendre ce que signifie être « alliée » de la communauté LGBT+.
« Par méconnaissance, on peut commettre des violences, même sans en avoir, bien entendu, la volonté, constate-t-elle. Je trouve que c’est la base, de continuer à cultiver sa connaissance de ces différences, non pas pour porter une parole à la place de quelqu’un d’autre, mais pour éviter de commettre des violences par maladresse ou par méconnaissance. »
On ne peut que saluer la volonté de ces personnes — et de bien d’autres — d’approfondir leur compréhension des enjeux liés aux minorités de genre et sexuelles. Il y a toutefois un « mais » : parmi les dizaines de visiteurs de l’événement, presque personne n’a accepté d’être photographié de face.
Surmonter la peur
Les personnes représentantes des associations LGBT+ d’Orléans ont pourtant toutes exprimé le même message aux visiteurs et visiteuses. En défendant les minorités — ethniques, sexuelles ou de genre — on défend la société tout entière. Et en les livrant « à la voracité » des politiciens d’extrême droite et des personnes agressives qui les écoutent, on met en danger notre propre sécurité.

Pour Léna, salariée du GAGL45 Centre LGBT+ d’Orléans, le meilleur moyen d’éviter ce risque, c’est d’en parler ouvertement.
« Je pense que le principal problème, c’est qu’il faut en parler, reconnaît-elle. Il faut en parler dans les cercles familiaux, professionnels ou même juste amicaux. Il faut arrêter d’avoir peur d’aborder des sujets qui touchent le genre ou la sexualité. Et il faut surtout en parler aux plus jeunes : quand ils nous posent des questions, les sensibiliser à ces questions-là pour que ça ne soit pas une découverte totale plus tard. C’est comme ça seulement qu’on arrivera à faire de l’inclusivité la norme pour tout le monde. »

Grâce à son métier, la drag queen Nymphéa est en première ligne de la lutte pour le droit à la visibilité LGBT+, et témoigne des tendances sociales par son expérience personnelle : il y a des endroits dans Orléans, même en centre-ville, où elle ne va ni le soir, ni pendant la journée, juste parce qu’elle sait que c’est une mise en danger, alors que ça ne devrait pas l’être. Voici le revers de la lutte pour l’égalité que doit payer chaque personne qui a fait son coming out.
« Les années passent, et effectivement on peut avoir plus de représentation, remarque Nymphéa. En contraire de ça, on est visible, et donc les gens qui nous veulent du mal nous voient encore plus. Donc, il y a cet effet un peu balance négative, mais c’est vrai qu’historiquement, même en termes de droits, il y a plein de choses qui sont acquises, mais rien n’est jamais acquis, surtout quand on parle de minorité, quelle qu’elle soit. Et là on parle pour nous, donc minorité queer en l’occurrence, LGBTQIA+. Rien n’est acquis, donc c’est pour ça que nous, on sera toujours là pour être au devant. »
Où mènent les rêves ?
Selon des recherches sociologiques récentes, presque un Français sur dix se déclare LGBTQIA+, ce qui correspond assez bien aux statistiques internationales, montrant qu’au moins un dixième de la population mondiale est, à un degré ou un autre, non-hétérosexuel.
De quoi rêvent les personnes LGBT+ et leurs alliés hétérosexuels ? Prendre le pouvoir sur la planète ? Forcer tout le monde à des pratiques « non traditionnelles » ? Convertir chacun à leur « foi » et s’élever au-dessus de la majorité ?
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Hélas, amis, leurs rêves sont bien plus prosaïques. « C’est très simple, j’aimerais pouvoir, à titre individuel, et je pense que je parle pour plein de personnes, pouvoir sortir sans avoir peur », partage la femme trans Nymphéa.
«Mon rêve, ce serait qu’il n’y ait plus de discrimination basée sur l’apparence des personnes, confie Morgan, qui milite pour les droits LGBT+. Parce que je pense que ça passe beaucoup par là, que ce soient les questions de genre, les questions de racisme, etc. Même les questions de classisme… Je rêve d’une société de solidarité totale. »

« Peut-être que mon utopie encore plus grande, ce serait qu’on n’ait même plus à se poser la question du genre des personnes. Que la langue française elle-même évolue, qu’elle s’ouvre vraiment — pour qu’on n’ait plus besoin de genrer systématiquement au masculin ou au féminin », témoigne Clémentine, du Planning familial.
« Mon rêve, ce serait comme l’intitulé de l’événement aujourd’hui, poursuit sa collègue Laurène. Qu’il n’y ait plus de nécessité à faire un coming out et qu’on puisse parler librement de tout ça et qu’on n’ait pas peur d’en parler. Que la bienveillance et le non-jugement, ce soit quelque chose d’enseigné à l’école et que tout le monde soit en capacité de mettre en application ces compétences psychosociales qui sont hyper importantes pour que la société aille bien. »
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Fidel Agumava


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