« Ensemble pour le progrès social, contre le fascisme et le racisme » : ambiance et rencontres au contre-rassemblement de Montargis face à l’extrême droite

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La Rédac Pop avait couvert ce rassemblement et avait interrogé des personnalités présentes ce 9 juin. Photos Steven Miredin

Alors que l’extrême droite européenne se réunissait au nom d’une prétendue « victoire », les forces politiques, associatives et syndicales de gauche se sont rassemblées pour rappeler que « le fascisme ne gagnera pas ». Le lundi 9 juin a rassemblé plus de 4.000 participants à Montargis, pour une marche contre l’extrême droite, contre le fascisme et contre l’intolérance.


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Le fascisme « a le vent en poupe » comme le présente Edwy Plenel. L’extrême droite européenne a encore cherché à le démontrer, le lundi 9 juin à Mormant-sur-Vernisson (près de Montargis), où elle s’est rassemblée pour la « Fête de la victoire ». 

Des personnalités comme ceux de Viktor Orbán (Premier ministre de la Hongrie), Matteo Salvini (vice-président du conseil des ministres italien) ou encore Geert Wilders (chef du Parti pour la liberté aux Pays-Bas) se sont rendus dans le Gâtinais aux côtés de Marine Le Pen et Jordan Bardella (Rassemblement national).

En opposition à cette déclaration de victoire, pas moins de 4.000 personnes se sont rassemblées à Montargis cette même matinée. Le mot d’ordre était de faire comprendre à l’extrême droite qu’elle n’a aucune victoire à célébrer.

Plusieurs concerts et spectacles se sont produits sur la scène installée sur place. Ici, le Freakshow, cabaret queer et féministe présenté par Fuzz.

Pour l’occasion, un grand nombre de personnalités de la gauche, dont Manon Aubry et Louis Boyard (La France insoumise), Edwy Plenel (Médiapart) ou encore Sophie Binet (CGT), ont fait le déplacement.

Montargis : terre de résistance

Le maquis de Lorris est bien connu dans l’histoire de la résistance contre le fascisme. À l’inverse, la résistance qui a eu lieu sur les terres du Gâtinais est souvent ignorée. Durant la Seconde Guerre mondiale, Montargis a été une terre de lutte face à l’Allemagne nazie et le régime de Vichy.

En fin de matinée, les militants et militantes ont manifesté dans les rues de Montargis.

Sous la direction de Jean Vessière, garagiste montargois, c’est un véritable réseau qui s’est constitué dans le Loiret avec, en son centre, Montargis. Le livre Le Gâtinais en résistance, de Liliane Brulez, témoigne des actions d’aide à l’évasion de prisonniers de guerre, puis à la propagande et ensuite à la réception de parachutages sur le sol du Gâtinais.

L’extrême droite se fait de plus en plus présente dans le Loiret. À Orléans, selon Baptiste Chapuis (Parti socialiste), représentant de Maintenant Orléans, les raisons de la montée ne sont pas étrangères à la conduite de l’actuel maire de la ville, Serge Grouard.

Consciente de l’actualité loirétaine, la députée européenne Manon Aubry souhaite voir Montargis redevenir la « terre de résistance » que la ville a été. Son souhait s’est en partie exaucé ce lundi 9 juin avec une mobilisation massive contre l’extrême droite européenne.

« Le musée des horreurs »

Durant la marche, Bruno Nottin, conseiller municipal de Montargis et membre du Parti communiste français (PCF), a rendu hommage à Raymond Tellier et Raymond Laforge, deux résistants montargois, communistes et cégétistes, fusillés par les Nazis le 22 octobre 1941 à Chateaubriant (Loire-Atlantique).

Le conseiller municipal de Montargis Bruno Nottin en discours.

Présent au rassemblement, les personnalités élues de La France insoumise (LFI) Manon Aubry et Louis Boyard ont insisté sur le caractère anormal d’un rassemblement de l’extrême droite. « On a tout ce que l’Europe fait de pire », déclare le député du Val-de-Marne. Une position que partage son homologue européenne, qui qualifie le rassemblement de l’extrême-droite européenne de « musée des horreurs ».

Ce rassemblement est un moyen de réaffirmer que « la France, ce n’est pas Marine Le Pen et Bardella », selon Baptiste Chapuis.

Sophie Binet affirme que « l’heure est grave ». Ce rassemblement n’était pas seulement une manifestation contre le fascisme, l’enjeu était aussi de construire une alternative.

Edwy Plenel appelle à « se rassembler sur l’essentiel, car l’essentiel est en jeu ». En sa position de journaliste, il lui importe de mettre son énergie et de fédérer autour « d’un idéal démocratique, le droit de savoir ».

Edwy Plenel est resté toute la journée.

À ce titre, il vise le fait que l’extrême droite s’attache à critiquer et attaquer la presse indépendante. Lorsque le fascisme arrive au pouvoir, il s’en prend systématiquement aux lieux de savoir, comme les universités, les médias indépendants ou les instituts de recherche.

« Se mobiliser « contre » ne suffit pas, il faut aussi se mobiliser « pour » »

En prenant l’exemple de Donald Trump aux États-Unis, le journaliste pointe du doigt la multiplication des actes de menaces et d’intimidations de l’extrême droite contre la presse indépendante. Il finit par invoquer « la radicalité démocratique qui doit nous rassembler dans nos diversités ».

Si toutes les personnalités et manifestants convergent pour une riposte antifasciste, le député Louis Boyard tient à en rappeler le cadre : une « riposte populaire et internationale ». Pour l’élu LFI, afin de lutter efficacement contre l’extrême droite, il est nécessaire de créer de l’unité « sur la base d’un programme de rupture ».

Sur ce point, il est rejoint par Manon Aubry qui défend également une radicalité nette dans la rupture.  Elle rappelle aussi « qu’il faut de l’unité dans la clarté ». Elle poursuit en expliquant que cette résistance doit tendre à l’échelle de l’Union européenne.

Si la lutte contre l’extrême droite passe par un programme électoral, elle se joue également sur le plan de l’action militante. La présidente de la CGT Sophie Binet rappelle que les organisations politiques, syndicales et associatives ont chacune un rôle distinct mais complémentaire à jouer. 

Pour les syndicats comme la CGT, la bataille consiste surtout à lutter contre le déclassement des travailleurs et travailleuses, car comme elle l’explique, « l’extrême droite prospère sur le déclassement ». Une analyse qui tend à se confirmer selon le sociologue Félicien Faury. À ce titre, elle rappelle que « l’extrême droite est le pire ennemi des travailleurs et travailleuses ».

L’état du monde social

Lors du rassemblement, plusieurs associations, comme le Planning familial 45, étaient présentes. Ces structures dénoncent l’incompatibilité manifeste entre les valeurs associatives et l’extrême droite. Les associations partagent un socle de valeurs et de principes qu’elles estiment incompatible avec l’extrême droite.

Dans une tribune publiée le 17 juin 2024, le mouvement associatif des Pays de la Loire s’appuie sur les exemples européens où des forces fascistes ont accédé au pouvoir. L’extrême droite au pouvoir ne cesse de s’en prendre à la vie associative et à celles et ceux qui font association.

Un autre aspect de ce rassemblement est la lutte contre le racisme. Toujours d’après les analyses du sociologue Félicien Faury, le ressort xénophobe reste central dans le vote pour le Rassemblement national. Ces dernières années, le racisme décomplexé de la droite et de l’extrême droite prend pour forme l’islamophobie et le racisme anti-arabe.

De nombreuses créations artistiques et collectives étaient exposées sur place.

La contre-attaque unitaire montargoise démontre qu’il existe encore des forces de gauches compatibles. Des écologistes aux anticapitalistes, en passant par les communistes et les socialistes repentis, les manifestants restent convaincus de la possibilité de créer une proposition politique commune en rupture avec le modèle en place. 

La conquête du pouvoir pour ces énergies de gauche ne passera pas par un coup de force électoral. Comme Sophie Binet l’explique « la suite, c’est d’ouvrir des alternatives sociales ». À ce titre, il peut être fait mention d’Antoine Jardin, collaborateur à la Fondation Jean Jaurès qui expliquait que la montée de l’extrême droite est également la résultante « d’un effondrement des principaux rivaux du RN ».

Si les mouvements fascistes grandissent dans le Loiret, c’est peut-être aussi dans le Loiret que naîtra une nouvelle résistance.

Texte et photos : Steven Miredin