
L’association Escale est incontournable dans le quartier d’Orléans-La Source. Revendiquant près de 1.000 adhérents, enfants, adolescents, jeunes adultes, filles et garçons… la structure part d’un postulat simple, mais efficace : se servir du sport pour faire de l’éducation populaire auprès des jeunes. Mais si son action est connue et reconnue, Escale traverse avec peine la conjoncture économique actuelle et demande l’aide des pouvoirs publics pour continuer son action nécessaire à la cohésion sociale.
Podcast
La version radiophonique de ce reportage est à écouter ci-dessous.
Un subtil air de Brésil et de « Joga bonito » plane dans un petit gymnase du quartier d’Orléans-La Source, niché au 2, rue Jules-Ferry,
Le « gymnase Romain-Rolland », comme l’appellent ses habitués, ne porte pas officiellement ce nom. Mais qu’importe l’onction officielle, c’est bien par la voix des habitants et habitantes qu’un lieu acquiert ses lettres de noblesse.
Sur les murs de cette salle de sports un brin confidentielle, mais particulièrement appréciée des jeunes Sourciens, se dressent trois oeuvres peintes par ces derniers. Deux combattants de muay-thai s’opposant, une représentation de la Coupe du monde de football et un handballeur en position de tir.
À lire aussi sur notre site. À Orléans, sur les quais du Roi, Elie se bat pour un « noble art » populaire
Ce jeudi soir 11 juillet, c’était une séance de futsal, comme elles ont lieu tous les soirs, sous l’égide de l’association Escale (Enseignement sportif, culturel et animation des loisirs pour l’éducation populaire). Certains jeunes prennent le ballon, allument les cages en imitant la pose de Cristiano Ronaldo ou enchaînent les dribbles en s’inspirant de Ronaldinho. Sur la touche, les rires et anecdotes s’enchainent.
Et à côté, Karim Baz veille au grain pour fermer le gymnase avant 21h30. Le responsable de la boxe thaï et de l’animation de rue au sein de l’association n’aura toutefois pas besoin d’attendre, ni de remplir la feuille de match, car ce soir, les jeunes ne se bousculent pas. « Ils sont fatigués ou quoi ? », sourit-il.
Détourner les jeunes des « mauvais chemins »
Les petits aléas de ces soirées habituelles qui laissent toujours leur lot d’improvisation. Parfois, les jeunes viennent en nombre, d’autres fois ils sont moins nombreux. Peu importe, Karim reviendra inlassablement pour encadrer ces matchs avec son fils Samir, actuellement vice-président et lui-même éducateur sportif

Escale est un mastodonte du milieu associatif dans ce quartier de la politique de la ville, revendiquant près de 1.000 personnes adhérentes sur plus de 22.000 habitants et habitantes du quartier. La structure promeut depuis 1985 l’éducation en utilisant le sport comme vecteur de transmission. Elle est ouverte aux jeunes à partir de la maternelle jusqu’au lycée, et parfois même plus. « Le sport, c’est l’outil qui fait qu’on peut attirer le jeune sur différentes activités et le suivre ensuite sur différentes choses », explique Samir Baz.
À lire aussi sur notre site. Une exposition de Malik Nejmi met le quartier d’Orléans-La Source en valeur
Outre un important panel de pratiques sportives, l’association propose aussi des programmes périscolaires, de l’aide aux devoirs, un accueil de loisirs sans hébergement et des événements sociaux à l’aide de ses éducateurs et éducatrices. « On essaie d’intégrer les jeunes, de les remettre dans le droit chemin. Heureusement qu’on est là ! », martèle Karim Baz.
Ce n’est pas Illyasse Melotte qui va le contredire. Licencié en muay-thaï, ce jeune Sourcien de 18 ans est aussi bénévole et travaille parfois en tant qu’animateur au sein de l’association. Mais plus jeune, il participait déjà en tant qu’enfant aux différentes activités proposées, notamment à Escale vacances. « Dans le quartier, c’est un peu l’association de référence. C’est là où tous les jeunes se retrouvent », souligne-t-il.
Plus de quarante années d’histoire
Il le revendique d’ailleurs: l’influence a été considérable pour l’évolution du jeune sportif et citoyen qu’il est devenu. « C’est vraiment une partie importante de ma vie, insiste-t-il. Les coachs et les encadrants m’ont beaucoup apporté. Et surtout, Escale c’est important, car ça sort beaucoup de jeunes du quartier. Ça les empêche de prendre de mauvais chemins. Et même pour les plus jeunes, au lieu de rester trainer dans le quartier, on est là, on leur propose des activités, comme ici au gymnase Romain-Rolland tous les soirs. On est là, on leur ouvre le gymnase, ils peuvent venir jouer au foot. Escale dans le quartier, c’est vraiment important. »
À lire aussi sur notre site. Retour sur 30 ans d’immigration à Orléans avec le livre de Régis Guyotat
Quatre décennies nous contemplent depuis la création de la structure en 1985. Cette folle histoire a même démarré quelques années plus tôt avec Luis Chihuailaf, réfugié chilien installé à La Source après avoir dû se réfugier de la dictature d’Augusto Pinochet. « Il a créé une dynamique auprès de certains jeunes », indique Samir Baz.
Ces jeunes footballeurs du Racing Club d’Orléans-La Source ont ensuite passé des diplômes et ont commencé à proposer des activités mêlant football, culture, aide aux devoirs et animations de quartier. La demande ne cessant de croître, la création d’une structure associative est très vite devenue nécessaire, d’où la naissance d’Escale, son développement, sa transformation en école de football et son ouverture à d’autres pratiques sportives (handball et muay-thaï).

Une croissance toutefois mise en pointillés, pour ne pas dire sur le recul à écouter Samir Baz. Le recrutement de bénévoles se révèle difficile et la situation financière tendue. Le vice-président souligne que l’association compte une quinzaine de contrats aidés. Elle disposait aussi de cinq CDI, mais a dû se séparer de trois d’entre eux qui étaient jusque-là financés avec l’aide des CAP’Asso de la Région, selon le vice-président qui pointe la conjoncture actuelle.
« On est dans un quartier qui est abandonné »
« On a demandé à la Ville d’Orléans, notre premier partenaire financier (environ 80% du financement de l’association, NDLR), de pouvoir soutenir encore les différentes actions et pérenniser les postes, explique-t-il. Malheureusement, nous n’avons pas de solutions concrètes. On leur a prouvé par A+B que nous nous sommes séparés de certaines personnes, trouvé une autre économie… Et aujourd’hui, on est dans l’attente. »
L’éducateur se montre d’ailleurs désabusé face au manque de soutien au monde associatif de La Source. « Aujourd’hui, on sent qu’on est dans un quartier qui est abandonné, clairement, à cause de ces choix politiques, certainement, lâche-t-il. On est plus dans une chasse aux sorcières que dans le fait d’essayer de faire coexister les choses. »
Samir Baz va même plus loin, tout en précisant ne s’exprimer qu’en son nom et pas au nom des autres associations : « On paie le vote qui a été fait en 2020 (les élections municipales, NDLR). On le sait et on le sent. » Il considère que le monde associatif d’Orléans-La Source est dans la peur. « C’est de notre faute, il y a un manque de militantisme aujourd’hui, pense-t-il. On a des responsables d’associations qui ne sont plus militants, qui ont peur. On est tenu par l’argent, on oublie les valeurs. Pourtant, c’est ce qu’on prône à longueur de journée. On parle d’humain avant tout, mais l’humain passe derrière. Je le dis : aujourd’hui, il y a un abandon de la mairie et un manque de militantisme dans certaines associations. »
Faisant écho aux propos du sociologue et économiste Jean-Louis Laville, Samir Baz pense que le milieu associatif s’est grandement complexifié depuis quelques décennies dans ses rapports avec les financeurs publics. « L’épanouissement qu’on trouvait avant n’existe plus, estime-t-il. Trop de règles, trop d’administratif, trop de choses à remplir… Et on oublie encore une fois l’humain, le lien social. Et ça ne se fait pas à travers des papiers. »

Un message partagé par Maxime Yehouessi, fondateur du Monzon-Clay Boxing Club, qui exerce à la salle Marcel-Cerdan (12, rue Ernest-Renan). « Nous sommes dans une situation de régression inquiétante, valide-t-il. Il n’y a plus rien, notre salle de boxe date de 2000. Nous sollicitons des aides. On va continuer, car nous y croyons et nous sommes animés de bonne volonté. Mais au bout d’un moment, toute bonne volonté se décourage et ce serait dommage. »
Pour Samir Baz, « il y a un mal-être qui commence à se créer » dans le quartier et « une situation sociale qui est catastrophique ». Une association comme Escale représente donc un élément incontournable pour cimenter la cohésion sociale dans le quartier. Encore faut-il qu’elle soit soutenue pour qu’elle puisse mener ses actions et continuer d’être présente pour tous les jeunes de La Source comme elle a pu le faire depuis ses débuts. Quarante ans d’histoire, ça se défend.
À lire aussi sur notre site. Martin Bobel sonne le tocsin face à l’urgence démocratique du financement des associations
Thomas Derais


![[Pépites pop-rock, épisode 6] « Word Gets Around » de Stereophonics, un album parmi les grands du Royaume-Uni](https://laredacpop.org/wp-content/uploads/2026/07/Stereophonics-Elysee-Montmartre-2.jpg)



