À Orléans, sur les quais du Roi, Elie se bat pour un « noble art » populaire

Manon s’entraîne régulièrement avec Elie au cours de ces sessions. Photo Sébastien Fourrier

À Orléans sur les quais du Roi, Elie, un ancien boxeur, entraîne tous les soirs bénévolement des pratiquants et pratiquantes de boxe anglaise de tout niveau. Cette pratique populaire du « noble art » en extérieur a fait de nombreux et nombreuses adeptes, et a même permis de faire émerger des champions et des championnes.

L’entraînement a déjà commencé ce soir-là sur les quais du Roi à Orléans. Dans une atmosphère musicale assurée par l’enceinte portative d’Elie, le coach bénévole de ces séances de boxe anglaise en plein air.

Pendant que certains sautent à la corde, Manon, une boxeuse novice, travaille son jeu de jambes à l’aide d’une échelle de rythme sous les conseils d’Elie : il s’agit de se déplacer rapidement avec une bonne position des jambes et bien sûr en maintenant sa garde pour être toujours prête à parer les coups.


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Ce reportage est à retrouver en podcast ici.


Ils ne sont que cinq en comptant le coach lors de ce début d’entraînement, mais très vite de nouveaux boxeurs se joignent au groupe qui atteint alors une dizaine de personnes. Elie donne rapidement la consigne d’enfiler ses gants. Les boxeurs et boxeuses se répartissent alors pour faire des « sparrings », c’est-à-dire des entraînements en face-à-face comme sur un ring. 

Elie et Moussa en plein entrainement avec les pattes d’ours. Vidéo Sébastien Fourrier

« Viens ! », « Sors ! », « Crochet ! », « Monte tes crochets ! »  Elie le coach, lui, n’enfile pas les gants de boxe, mais des « pattes d’ours », des sortes de gants plats renforcés qui servent de cible au boxeur ou à la boxeuse. Il enchaîne à toute vitesse les consignes à destination de Manon pour lui faire travailler sa technique, et notamment les enchaînements et les esquives indispensables en combat.

« Un boxeur doit savoir aussi danser »

Alors que nous avons réussi à l’extraire quelques minutes de son coaching, Elie confie que son rêve d’enfant n’était pas d’être boxeur, mais de devenir danseur classique. Il fréquente alors l’école de danse d’Alice Dona et passe une audition devant Maurice Béjart, un danseur et chorégraphe renommé.

Malheureusement, malgré toute sa préparation dans des écoles spécialisées et aux côtés de grands artistes, le racisme vient briser les espoirs du jeune Guadeloupéen, on lui dit qu’il danse bien, « mais… ».

Être noir représentait une barrière pour intégrer le monde de la danse classique à l’époque. Cela reste encore très compliqué aujourd’hui. Il abandonne alors la danse et, quelque temps après, il est séduit par la boxe anglaise en voyant un combat de Marvin Hagler à la télévision. 

Des exemples d’équipements utilisés au cours des entraînements. Photo Sébastien Fourrier

Il se lance alors dans la boxe avec des facilités venues de la danse. « Dans la boxe, il y a la danse aussi », explique-t-il. Il fait ses classes au cercle Jules Ferry à Orléans au côté du boxeur Patrick Charpentier. Ce dernier a été champion d’Europe et a combattu au plus haut niveau contre Oscar De La Hoya en 1998 pour un titre mondial.

Le coach des bords de Loire a donc pu côtoyer de nombreux autres boxeurs et boxeuses à Orléans et ailleurs. Il a pratiqué la boxe pendant 20 ans jusqu’à une blessure aux côtes en combat qui lui a fait frôler la perforation des poumons. Cet événement a mis fin à sa carrière de combattant.

De la compétition à la transmission

Depuis, Elie veut transmettre sa passion aux jeunes. Cela fait maintenant 14 ans qu’il vient quasiment tous les soirs (hormis quand la météo est vraiment mauvaise), de 18h30 à 21 heures sur les quais du Roi. Il initie à la boxe et prodigue gratuitement ses conseils aux pratiquants et pratiquantes de tout niveau. Il y a parfois également, confie-t-il, d’anciens boxeurs qui voient d’un bon œil ces entraînements en plein air et sont heureux de venir eux aussi prodiguer des conseils aux nouveaux et nouvelles, ce qui renforce la motivation d’Elie à continuer ses entraînements.

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Pour maintenir le lien avec les pratiquants, Elie a créé une boucle WhatsApp dédiée à ces entraînements, qui comptent maintenant 92 membres. Et si ce soir, ils n’étaient qu’une dizaine, le coach assure qu’en été, il y a parfois 50 à 60 personnes par jour qui s’entraînent avec lui.

Interview intégrale d’Elie, le coach de boxe.

La passion et l’investissement d’Elie pour ces entraînements sont impressionnants, mais heureusement, il n’est pas seul et les pratiquants et pratiquantes se coachent, se conseillent et se corrigent également entre elles et eux. Elie est aussi très fier d’avoir formé un jeune prof d’université qui, même s’il n’est pas aussi disponible que lui, vient également quand il le peut pour superviser les entraînements.

« Mettre le corps à rude épreuve »

Quand les boxeurs ou boxeuses ont un bon niveau et l’envie de faire de la compétition, Elie les envoie au club de boxe du palais des sports chez Thierry Primault. L’entraîneur du Boxing club Victoria a formé de grandes championnes et champions de boxe anglaise.

Mais Elie insiste aussi sur le côté bénéfique de ces entraînements en plein air « à la dure ». Ici, pas de sac. Les boxeurs et boxeuses s’entraînent principalement en sparring dans des conditions physiques difficiles, ce qui les aide à « se forger » et est bénéfique par la suite en club, selon le coach. Elie a ainsi formé de nombreux boxeurs et boxeuses, qui ont parfois atteint les championnats départemental et régional. Il a même entraîné une boxeuse qui est devenue championne de France en lourd-léger. « Pour moi, c’est l’apothéose », sourit-il.

L’entraînement ne se résume pas qu’à frapper. La préparation physique est au moins aussi importante. Photo Sébastien Fourrier

La plupart des personnes présentes pour boxer ce soir-là disent avoir connu ces cours de boxe par le bouche à oreille ou tout simplement en passant devant et en allant discuter avec les personnes et le coach sur place. Si certains comme Moussa (17 ans) ou Bryan (24 ans) viennent très régulièrement et rêvent de compétition et de devenir un jour champions, d’autres comme Manon et Timothée (28 ans) pratiquent avant tout pour se dépenser, se défouler ou dans un but de développement personnel.

Des entraînements ouverts à toutes et tous

Les pratiquantes et pratiquants apprécient ces entraînements gratuits en extérieur, ouverts à tous et toutes, où l’on peut rencontrer une grande variété de personnes de tout âge et de tout niveau, le tout dans un esprit bon enfant.

Entretiens avec plusieurs boxeurs et boxeuses.

Tous et toutes soulignent également l’investissement et la passion d’Elie, qui déborde d’énergie et les poussent à se dépasser. Il est là tous les soirs pour les motiver et les entraîner bénévolement.

Tous les cours sont gratuits. « Tout ce qu’on demande, c’est le bon état d’esprit, un bon contact et d’avoir l’envie de se dépasser », insiste Elie. Alors lancez-vous et venez enfiler les gants face à Elie et ses disciples. Peut-être deviendrez-vous la future star orléanaise de la boxe anglaise ?


Infos pratiques

Pour les rejoindre, il suffit de venir un soir sur le quai du Roi à Orléans entre 18h30 et 21 heures, avec ou sans matériel.


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Sébastien Fourrier