[Pépites pop-rock, épisode 7] Le premier disque des Strokes fête ses 25 ans : l’onde de choc dont le rock avait besoin

L’image actuelle n’a pas de texte alternatif. Le nom du fichier est : THE-STROKES-Is-This-It-Vinyl-LP-black.jpeg
Un album qui a redéfini les codes d’un rock américain en perte de vitesse après la mort de Kurt Cobain.

Grand amateur de musique pop et rock anglo-saxonne, notre contributeur Olivier Cougot nous partage ses souvenirs musicaux, les disques qui l’ont fasciné et les concerts qui l’ont marqué. Septième épisode de cette chronique : l’album Is This It , ou la renaissance du rock américain initiée par les Strokes. Ce disque a fêté ses 25 ans ce 27 août 2026.

Il y a 25 ans, les Strokes sortaient leur premier album, Is This It. Un quart de siècle plus tard, retour sur l’impact qu’a eu le chef-d’œuvre des New-Yorkais sur le monde de la musique.

De manière rhétorique, cela a été une énorme onde de choc, celle dont le rock avait besoin pour redevenir à la mode au début des années 2000. Un phénomène made in USA qui trouva écho partout dans le monde avec l’éclosion des groupes en « The » les années qui suivirent.

Et les Strokes ressuscitaient le rock en 35 minutes

La première écoute de Is This It a lieu le 26 août 2001, veille de sa sortie officielle. À l’ancienne, puisque c’était sur l’une des bornes CD du Virgin Megastore des Champs-Elysées. Sur les deux bornes d’à-côté, les nouveaux New Order (Get Ready) et Mercury Rev (All is Dream) sont également disponibles. Sacrée journée pour la musique, qui voit, coïncidence, trois mastodontes sortir simultanément. Mais le plus attendu reste celui des Strokes. Au moins pour la curiosité. Le titre d’ouverture, la chanson éponyme Is This It, définit la suite en seulement deux minutes trente : l’histoire du rock va changer à tout jamais, comme cela a été le cas à d’autres périodes glorieuses.

À l’époque, les journaux s’emballent pour cinq garçons pleins d’avenir, plusieurs mois avant qu’ils ne sortent cet objet débordant de panache, de 35 minutes et des poussières. Julian Casablancas (chant), Albert Hammond Jr. (guitare), Nick Valensi (guitare), Nikolai Fraiture (basse) et Fabrizio Moretti (batterie) étaient, à ce moment-là, un espoir à peine masqué de les voir devenir les nouveaux fers de lance de la scène rock new-yorkaise, américaine et peut-être mondiale. À l’image d’un club de foot qui investirait des sommes colossales, de l’ordre de plusieurs millions d’euros, dans un prospect à peine sorti du centre de formation, en espérant que celui-ci devienne la nouvelle star. Au début des années 2000, le prochain « gros truc » allait sûrement arriver avec The Strokes. 

Le grunge est mort, la Britpop s’essouffle, et soudain surgit Is This It

L’histoire a donné raison à celles et ceux qui y ont cru. À l’été 2021, la joyeuse bande de dandies rebat les cartes avec Is This It et redéfinit les codes d’un rock américain en perte de vitesse, orphelin de sa tête de proue, Nirvana, après la mort de son chanteur en 1994. Quelques groupes comme Soundgarden, Hole et Foo Fighters tentaient de maintenir la dynamique grunge, en vain, tandis que des groupes comme Garbage et les Dandy Warhols tiraient leur épingle du jeu dans des registres différents. In fine, les US voyaient en parallèle le rap envahir les rayons de disques et squatter le haut des hit-parades.

Au Royaume-Uni, le rock perdait aussi de sa superbe à la fin des années 90 après avoir connu l’une de ses périodes les plus fastes avec la Britpop. Oasis, Blur, Radiohead, Pulp, Suede, The Verve… Autant de groupes qui avaient tué le « game » avec des albums colossaux, dans la droite lignée des illustres aînés Beatles, Rolling Stones et Kinks, et des plus récents Smiths et Stone Roses. Mais comme dans toute ère, les bonnes choses ont une fin. 

À lire aussi sur notre site. [Pépites pop-rock, épisode 6] « Word Gets Around » de Stereophonics, un album parmi les grands du Royaume-Uni

Pendant que l’effet s’estompait chez les sujets de sa Majesté, Is This It redorait le blason rock au pays de l’Oncle Sam, abandonné un temps au rap, au RnB et au Hip-hop. Une pièce inestimable dont il fallait s’emparer pour réamorcer la machine, insuffler un vent nouveau et inspirer d’autres groupes à guitare. 

Plus qu’un disque, Is This It a été le point de départ d’un rock version 2.0, direct et sans fioriture. Une musique stylée et remise au goût du jour, avec une énergie folle et une urgence qu’on retrouvera plus tard chez The Libertines ou les Richmond Sluts de San Francisco. Quant au storytelling à exploiter, on ne pouvait rêver mieux. Celui de jeunes troubadours issus de bonnes familles pour la plupart, dont son chanteur Julian Casablancas, fils du fondateur de l’agence de mannequins Elite. Des gosses de riches avec de bonnes têtes à photographier et des Converse au pied aussi trouées que leurs pantalons taille slim.

Au-delà des leviers marketing choisis pour vendre ce nouveau projet et faire monter la sauce, le club des cinq a inspiré une génération de jeunes rockeurs en herbe et de lycéens en recherche existentielle. Dans l’attitude, donc, mais aussi par une musique qui devient virale grâce à des titres comme Someday ou le génial The Modern Age. Généralement utilisé comme moyen d’expression des classes populaires, le rock est cette fois-ci joué par des privilégiés qui ont de vraies choses à dire, sur l’amour et la société. Ainsi, sentiments et rébellion s’entremêlent sur New-York City Cops, modérément apprécié après les attentats du 11 septembre, puis sur Take It or Leave It. Sur le premier, Julian Casablancas s’égosille au micro pour crier avec ironie que « les policiers de New-York ne sont pas très intelligents ». 

Plus habitués aux écoles suisses et à Manhattan qu’aux repères de voyous que New-York peut abriter, les Strokes représentent néanmoins la Big Apple par leur côté cosmopolite. Des origines française, italienne, russe et brésilienne cohabitent chez ces bourgeois-rebelles qui, en plus d’être de sacrés bons musiciens, n’ont besoin de rien d’autre que leur talent pour mettre le monde de la musique à leur pied.

Avec ce disque, le groupe fait florès et montre la voie

Ce premier essai rassemble tout ce dont un groupe a besoin pour être écoutable. Une batterie simple et diablement efficace, une ligne de basse métronomique, un chanteur charismatique et deux guitares bien distinctes, reconnaissables entre mille. Albert Hammond Jr. et Nick Valensi se partagent le lead et la rythmique, se rendant la pareille en plein morceau. C’est à la fois logique et implacable, en tout cas version studio. En live, les Strokes livrent des concerts plus confus, comme ce 18 mars 2002, première date du groupe américain à Paris, à la Mutualité. Un événement auquel il fallait assister tant l’attente était grande et les espoirs fondés. 

Le billet de ce concert confus à la Mutualité de Paris en 2002.

En remettant le rock au goût du jour, les auteurs de Reality Awaits (2025) ont emmené dans leur sillage une flopée de groupes et leur ont permis d’augmenter leur notoriété auprès du grand public. Rien qu’à New-York, Interpol, The Rapture ou The Yeah Yeah Yeahs ont surfé sur la vague, alors que les Kings of Leon émergeaient à Mount Juliet, Tennessee. Dans le Michigan, les White Stripes ont cartonné avec White Blood Cells, troisième album après The White Stripes et De Stijl. Suivra un immense succès avec Elephant (2003) et le célèbre Seven Nation Army. Jusqu’alors plébiscités et connus à Détroit, Jack et Meg White ont sûrement profité de la hype pour s’exporter et vendre des millions de disques (quatre pour le seul Elephant).   

Le phénomène aidant, des jeunes de France et d’Angleterre ont suivi le mouvement et tenté le pari, avec des fortunes diverses. Leaders de ce mouvement de masse, les Arctic Monkeys de Sheffield sont devenus des cadors après avoir joué les apprentis musiciens sur Myspace. À une époque où jouer du rock était – à nouveau – tendance. Et ça, on le doit à un détonateur nommé Is This It.

À lire aussi sur notre site. Malgré les embûches, le festival de musique Hop Pop Hop revient les 11 et 12 septembre à Orléans

Olivier Cougot