
Les fêtes de Jeanne d’Arc sont promues par la Ville d’Orléans comme un événement rassembleur et festif. Mais elles ont été au fil des années animées par plusieurs polémiques liées à la présence de l’extrême droite. En 2026, la liste des invités et les affinités des organisateurs restent marquées par ces idéologies excluantes et oppressantes.
Comme chaque année au début du mois de mai, Orléans entre en fête pour célébrer Jeanne d’Arc, personnage historique et religieux qui conduit l’armée française à libérer la ville des anglais.
La municipalité orléanaise a fait de cet épisode le plus gros moment de célébration de l’année à travers dix jours de festivités mêlant traditions civiles, militaires et religieuses. Un mélange des genres qui peut interroger dans un pays supposément laïc, mais pas à Orléans qui a voté le droit d’y faire exception. La jeune femme qui est choisie pour figurer Jeanne lors des festivités doit d’ailleurs obligatoirement être catholique.
Les fêtes johanniques sont officiellement vendues comme un temps fort rassembleur destiné à tous les Orléanais. Les organisateurs incluent d’ailleurs dans le programme des festivités des événements dans les quartiers populaires de l’Argonne et de La Source. Un message de solidarité est également envoyé à travers les invités d’honneurs de cette année, des enfants et adolescents ukrainiens de la ville de Soumy accueillis en « séjour de répit » à Orléans.
Jeanne d’Arc, un symbole pour l’extrême droite
Mais la figure de Jeanne d’Arc que la gauche s’était appropriée depuis longtemps est désormais de plus en plus associée à l’extrême droite. À la fois par les royalistes qui la voient comme la défenseuse du royaume de France, que par l’extrême droite institutionnelle comme le Front national devenu Rassemblement national (RN). Ce dernier lui rend d’ailleurs hommage chaque 1ᵉʳ mai, la plupart du temps à Paris. On se souvient ainsi du célèbre « Jeanne au secours » lancé par Jean-Marie Le Pen quelques jours après avoir renouvelé ses propos sur les chambres à gaz, « détail » de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.
La radicalisation politique d’une partie des catholiques n’est sûrement pas étrangère non plus au glissement extrême droitier des célébrations. De même, le lien avec l’armée ne joue pas en faveur de fêtes progressistes. Pour couronner le tout, l’aspect civil des fêtes est aux mains de la mairie et Serge Grouard (Les Républicains), fraîchement réélu, montre un positionnement politique difficile à différencier de celui du Rassemblement national.
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Le choix de la figurante se porte souvent vers des lycéennes scolarisées dans le privé catholique et issues de familles de militaires ou carrément de la noblesse. Il n’est donc pas rare que les Jeanne aient des profils très radicaux comme Charlotte d’Ornellas (Jeanne 2002). Plus récemment, c’est Clairvie Quesne (Jeanne 2023) qui a intégré l’équipe municipale de Serge Grouard malgré sa fascination pour l’extrême droite institutionnelle comme radicale.

Les Orléanais se souviennent aussi en 2018 de Mathilde Edey Gamassou qui avait été choisie pour figurer Jeanne d’Arc et avait subi de nombreuses attaques racistes de la fachosphère en raison de ses origines métisses. En 1993, c’est le choix de Sophie Medeiros, d’origine portugaise, qui avait « créé des remous », selon La République du Centre.
Année après année, les polémiques se multiplient
En 2021, l’annulation des fêtes johanniques officielles avait donné lieu à un rassemblement de militants d’extrême droite devant la statue de Jeanne d’Arc, place du Martroi. L’un des participants à ce rassemblement avait été arrêté pour avoir exhibé un tatouage avec une croix gammée. Un autre, militant identitaire, avait été condamné pour avoir attaqué le soir même le théâtre d’Orléans alors occupé par un mouvement social.
La même année, l’annulation de la diffusion sur France 3 d’un documentaire sur Jeanne d’Arc avec la voix off de la journaliste d’extrême droite Charlotte d’Ornellas (pour rappel, elle-même ancienne Jeanne 2002) avait déclenché une polémique. Dénoncée comme une « censure » sur CNews ainsi que par plusieurs élus de droite et d’extrême droite, dont Serge Grouard, l’affaire avait mené à des centaines de messages d’insultes et de menaces envers France 3 et son directeur.
En 2024, l’un des pages de Jeanne d’Arc avait dû être écarté des festivités après la révélation dans la presse de ses liens avec l’Action Française. En 2025, un des artisans invité par les organisateurs, Guillaume Cahen, était un influenceur catholique intégriste très proche d’Academia Christiana. Quelques jours après les événements, il sera reconnu dans la manifestation néofasciste du C9M à Paris. Le média Reflets.info révèlera plus tard que l’influenceur exposait des drapeaux néonazis dans son entreprise Atlas Stone.
L’invité d’honneur de l’époque, Nelson Montfort s’est par ailleurs depuis reconverti de journaliste sportif à chroniqueur sur CNews. L’effet Jeanne d’Arc ? De plus, en janvier 2026, le journaliste a déclaré son soutien à l’ancien animateur de la chaîne Jean-Marc Morandini après sa condamnation définitive pour des messages de nature sexuelle envoyés à trois adolescents stagiaires entre 2009 et 2016. Si les organisateurs ne pouvaient pas deviner sa reconversion et ses déclarations futures, celles-ci interrogent malgré tout sur la pertinence de l’invité.
L’an passé, les fêtes johanniques recevaient également le label « Plus belles fêtes de France » pour lequel la Ville d’Orléans avait candidaté. Si plusieurs villes ont, depuis, annoncé s’en retirer en apprenant les liens financiers de l’association avec le milliardaire et mécène de l’extrême droite Pierre-Edouard Stérin, la municipalité orléanaise, elle, n’a pas bougé. La présidente de l’association Orléans Jeanne d’Arc a estimé de son côté que la polémique n’avait pas lieu d’être.
Un choix d’invités particulier
Mais revenons aux fêtes johanniques de 2026, car on pouvait, avant même qu’elles aient eu lieu, y voir la marque de l’extrême droite à travers plusieurs éléments du programme. Tout d’abord par la participation aux festivités de l’association Auld Alliance, dont le président Patrick Gilles avait été invité par l’association antisémite et pro-Poutine France Souveraineté. La tenue d’une conférence de France Souveraineté à la médiathèque avait alors déclenché une manifestation antifasciste devant la salle. Les antifascistes dénonçaient aussi la présence, lors de la conférence, du Chœur de l’Oriflamme, une chorale qui réunit plusieurs militants d’extrême droite radicale. Pas de quoi révolter Patrick Gilles, qui a apporté son soutien public à France Souveraineté sur le site internet de l’association.

Autre invité marqué à l’extrême droite, Henri d’Anselme, connu pour s’être interposé lors d’une attaque au couteau dans un parc à Annecy alors qu’il réalisait un tour de France des cathédrales. Le jeune homme multiplie depuis les partenariats et interventions auprès de médias, organisations et influenceurs de la fachosphère. On peut citer parmi ses fréquentations le groupe SOS Calvaires et l’influenceur Guillaume Cahen. Ce « Quasimodo du patrimoine », comme il aime se définir, avait été embauché par le groupe Canal+ de Bolloré, avec qui il semble partager les mêmes valeurs. Il est intervenu lors des fêtes pour une conférence « Bâtir comme Jeanne d’arc, l’idéal des cathédrales ». Il ne fallait pas être devin pour prédire que sa venue attirerait davantage les identitaires que les passionnés d’architecture. Tiffanie Rabault , candidate malheureuse aux dernières élections législatives et municipales pour le RN à Orléans, a d’ailleurs repartagé une photo de la soirée.

Mais le profil très orienté d’Henri d’Anselme ne parait pas déplaire aux organisateurs des fêtes johanniques. Et pour cause, quand on se penche sur les réseaux sociaux de Bénédicte Baranger, la présidente de l’association Orléans Jeanne d’Arc, qui co-organise les fêtes avec l’évêché et la mairie, son ancrage à l’extrême droite ne fait aucun doute. On retrouve ainsi dans ses « suivis » sur Facebook Alice Cordier (la présidente du collectif Némésis dont les liens avec des néonazis sont désormais explicites et revendiqués), SOS Calvaires, Valeurs Actuelles, le JDD…

Au-delà de l’organisation officielle des fêtes, le Chœur de l’Oriflamme, une chorale de militants d’extrême droite, tente depuis plusieurs années de profiter de l’occasion pour se réapproprier l’événement. Ils se retrouvent en général près du marché médiéval pour se produire sans y avoir été invités. Depuis 2023, c’est le groupe Chantons (ex-Canto), basé sur une application lancée par un ancien membre du GUD, qui a pris le relais et appelle à s’y retrouver. Des militants néonazis ont été plusieurs fois aperçus lors de ces événements.
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Cette année, un spectacle privé sur Jeanne d’Arc, organisé par des catholiques intégristes et des réactionnaires, aura lieu fin juin. L’association Orléans Jeanne d’Arc et la mairie d’Orléans lui ont immédiatement donné leurs bénédictions, à travers un partenariat avec l’association et le vote d’une subvention de 10.000 euros, malgré l’opposition des élus de gauche.
Contactés, la mairie d’Orléans, l’association Orléans Jeanne d’Arc et Patrick Gilles ne nous ont pas répondu pour l’instant.
Au vu du climat politique actuel au niveau national et municipal, les fêtes johanniques risquent de rester bloquées dans le passé pour encore quelques années.
Sébastien Fourrier


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