
Grand amateur de musique pop et rock anglo-saxonne, notre contributeur Olivier Cougot nous partage ses souvenirs musicaux, les disques qui l’ont fasciné et les concerts qui l’ont marqué. Troisième épisode de cette chronique : ses souvenirs, onze ans plus tard, du plus grand concert de sa vie. Celui de Noel Gallagher à Belfast, le 3 mars 2015, accompagné par son collectif High Flying Birds.
Début 2015. Auteur d’un bon premier album avec les High Flying Birds, Noel Gallagher partait faire la tournée promo du deuxième (Chasing Yesterday) dans les méga-salles du Royaume-Uni.
Premier arrêt : Belfast, en Irlande du Nord, un jour après la sortie du disque. Dans la sublime Odyssey Arena, ce concert a sans doute été le meilleur de ma vie pour de multiples raisons, sur les quelques 1.300 auxquels j’ai pu assister.
Lors de la mise en vente des places, les 11.000 disponibles là-bas sont parties en quelques minutes, comme pour le reste de la tournée. À l’époque, j’arrive à en prendre deux. Une pour moi évidemment, une autre pour une amie, originaire de la moribonde Belfast, qui malheureusement était bloquée à Londres pour raison professionnelle (elle était sur la série Game of Thrones).
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Je ne cherche même pas à avoir de pass presse. Je suis prêt à dépenser 50 livres sterling pour éviter un potentiel refus d’accréditation. Et tant pis, j’écrirai mon article dans la peau d’un spectateur lambda cette fois-ci.
« English breakfast »
3 mars 2015. Pas vraiment pressé de rejoindre Belfast et ses briques rouges, je pars le jour-même en avion, pour un périple dont je me souviendrai. J’arrive à Manchester avec un retard conséquent, mais heureusement, la marge est telle que je peux prendre mon deuxième vol en toute sérénité, direction Belfast.
Habitué depuis petit aux transports aériens, je crains – cette fois – pour ma vie en traversant la Manche. Le petit coucou (un ATR 42) tangue pendant tout le trajet, la faute d’une pluie dantesque et d’un vent d’une violence inouïe.
Arrivé sain et sauf dans la capitale Nord-Irlandaise, je prends un taxi pour le 100 Castle Street, où se trouve mon hôtel. Comme à Melbourne, Sydney et Liverpool, je prends une chambre à coût modeste. Je ne suis ni en famille, ni là pour une semaine. Un lit et un « english breakfast » me suffisent.
Par chance, l’hôtel se trouve en face d’un pub type taverne, idéal pour s’ambiancer avant d’aller faire un tour dans le cœur de la ville. En entrant dans le lieu, les piliers de bar me dévisagent. Ils savent que je ne suis pas d’ici. Comme tout bon étranger, je dois patienter quelques minutes au comptoir avant que la tenancière daigne me regarder.
Le round d’observation terminé, l’un des clients lance « call her buddy ! ». Je m’exécute. « I’ll go for a pint, please », dis-je dans un anglais local. L’effort est apprécié et l’ambiance se détend. Je deviens vite la mascotte, celle à qui on parle, ou le courageux venu jusqu’ici voir son idole.
Parti pour une bière, me voilà avec la quatrième entre les mains, à parler de Black Sabbath avec une quadragénaire fan d’Ozzy Osbourne.
En route vers l’Odyssey
Sorti du traquenard, je pars visiter le centre historique de Belfast et m’arrête à une boutique de disques où j’achète Chasing Yesterday, en vinyle. Je l’ai déjà acquis la veille en France, mais je veux la version UK.
De retour à l’hôtel pour y déposer quelques affaires, je repars en début de soirée vers les quais du Titanic, où se trouve la salle de concert. Fatigué, je ne me sens pas d’y aller à pied. Après quelques hectomètres parcourus, je hèle un chauffeur de taxi qui parle avec ses potes devant un garage auto. « Where d’ya wanna go, pal ?», me demande-t-il. « Hum, Odyssey Arena ». Il répète pour s’assurer qu’on parle bien de la même chose : « Odyssey Arena ? ». J’acquiesce et monte dans la voiture. Comme le chauffeur de l’aéroport, le réceptionniste de l’hôtel, tout le bar et les marchands de disques l’après-midi, il sait que c’est Noel Gallagher qui joue ce soir. Tout Belfast le sait.
En arrivant sur le site, il y a déjà une énorme foule. De l’extérieur, la salle est immense. C’est une sorte de Bercy améliorée, plus moderne. Une beauté architecturale. Le gris du toit est en adéquation avec le temps du soir, froid et accompagné d’une pluie très britannique.
Dans la file, je vois toutes les générations. Celles qui ont connu Oasis dès le milieu des années 90, et une autre, la nouvelle vague, sûrement biberonnée aux tubes d’antan écrits par Noel Gallagher. À l’intérieur, une mauvaise surprise, ou plutôt un fait surprenant : mon billet de concert est avalé quand je passe le portique. Pour les puristes, celles et ceux qui aiment garder les précieux sésames, c’est râpé. Heureusement, il me reste le deuxième ! Comme je l’avais vu à Sydney un an plus tôt, les règles de sécurité sont drastiques et les risques de fraude quasi-inexistants.
Ce n’est pas la première fois que je me rends à un concert au Royaume-Uni, mais ici c’est différent. Dans l’inconscient collectif, l’Angleterre a le meilleur public. Londres, Liverpool, Manchester. Voilà des villes largement surcotées en termes d’ambiance qui n’ont, de mon point de vue et à part quelques exceptions (Blur à Hyde Park me concernant), rien d’extraordinaire.
« What’s the craic ? »
Belfast, qui est une extension de la perfide Albion, a un truc en plus. Quelque chose de magique et d’unique, peut-être dû à l’isolement relatif de l’Irlande du Nord dans l’échiquier politico-géographique.
Bomber bien taillé sur le dos, Noel demande au public si ça va avec un très nord-irlandais « What about you, Belfast ? What’s the craic ? » « Craic » est un mot passe-partout local, presque régional, que j’avais appris quelques mois avant.
Stranded on the wrong beach lance les hostilités d’un concert dantesque, où les nouveaux titres du Noel Gallagher’s High Flying Birds ont la part belle. Sur vingt morceaux, quinze du NGHFB sont joués dans une ambiance que je n’avais encore jamais vue.
Quand vient Champagne Supernova, jouée en acoustique et adressée « aux papas et aux mamans », les 11.000 spectateurs et spectatrices chantent à l’unisson. Un moment magique après une première partie de concert assez costaude en termes de puissance (Fade away, In the heat of the moment, Riverman).
À l’instar de Champagne Supernova, les titres du temps d’Oasis prennent forcément plus que les autres. Portés par un orchestre symphonique lors du rappel, Don’t look back in anger et The Masterplan prennent une dimension cosmique dans l’arène, où les écrans diffusent des étoiles tombantes et traversantes.
Comme un joli rêve qu’on quitte
La dernière salve offre une fin spectaculaire au public de l’Odyssey, tellement parfait de bout en bout que ce concert restera gravé dans ma mémoire. C’est dans une mare de bière que l’audience quitte la salle pour retrouver les quais sombres et froids du Titanic.
Les cabines de taxi sont prises d’assaut par les locaux tandis que je me dirige, comme parisien d’adoption, vers la rue pour attraper un « cab » à la volée. Le chauffeur, surpris de ma démarche, me ramène à l’hôtel. On parle du concert que je viens de voir et il me laisse dans la pénombre du 100 Castle Street. Soudain, le chaos. La redescente, de celle dont on ne veut pas. Comme un joli rêve qu’on quitte.
Le lendemain matin, après avoir écrit mon article dans la nuit, je prends le fameux « english breakfast » au milieu d’ouvriers bourrus qui me dévisagent de la même manière que les habitués de la taverne la veille. C’est aussi cela, le charme de Belfast.
Débarqué à l’aéroport George Best, je reprends le petit avion de l’aller, dans des conditions déjà moins compliquées. Pendant le transit à Manchester, j’oublie le vinyle acheté la veille et tente de revenir sur mes pas. Trop tard, je suis déjà sorti de l’ATR 42 et le pont – provisoire – est sur le point d’être retiré.
Je me console le long du vol en repensant à la soirée vécue à l’Odyssey, et m’estime chanceux de pouvoir faire ce genre de choses. Au moins, j’aurai vu mon idole sur les terres de ses ancêtres et expérimenté une ambiance hors du commun.
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Olivier Cougot


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