
Grand amateur de musique pop et rock anglo-saxonne, notre contributeur Olivier Cougot nous partage ses souvenirs musicaux, les disques qui l’ont fasciné et les concerts qui l’ont marqué. Premier épisode de cette chronique : le groupe Oasis qui s’est reformé cette année, 16 ans après sa médiatique séparation au festival Rock en Seine, fin août 2009. Le groupe est aujourd’hui plus fort, plus populaire qu’il ne l’a jamais été. Les 27 et 28 septembre, après sa tournée nord/centre-américaine, il revenait remplir Wembley avant de s’envoler pour l’Asie de l’Est, fin octobre, et d’enchaîner avec l’Australie et l’Amérique du Sud.
Cardiff, 4 juillet 2025. Le miracle se produit. Oasis est bel et bien de retour sur scène après 16 ans de brouille et de saillies par médias interposés.
Les frères Gallagher, Noel et Liam, arrivent main dans la main et l’émotion sur le visage de Noel est lisible. Les premières vidéos en direct inondent les réseaux. Evidemment, c’est Hello qui ouvre le concert (‘’hello, hello, it’s good to be back’’).
Derrière sa batterie, Joey Waronker (R.E.M, Beck, Elliott Smith) apporte du neuf et surtout un nouveau visage. Le miracle Oasis a bien lieu sous la meilleure forme de son histoire.
Quelque chose d’unique
Pour les fans du groupe le plus populaire du Royaume-Uni et bien d’autres, nostalgiques d’un temps passé où le rock régnait sur la planète musique, l’annonce de la reformation était une aubaine et (peut-être ?) l’unique occasion de revoir les frères Noel et Liam Gallagher ensemble, main dans la main.
Une annonce qui provoquait un tremblement de terre et une demande sans précédent, poussant les promoteurs à ajouter des dates partout dans le monde, eux-mêmes surpris par l’engouement que ce retour suscitait. Pour le manager du groupe, Oasis aurait pu remplir huit Rose Bowl (Los Angeles) à la suite. Les stades et autres parcs géants affichaient complets aux quatre coins de la planète, en seulement quelques heures.
Cette reformation, qui aurait apporté 1,06 milliard de pounds à l’économie britannique, d’après les chiffres de la banque Barclays, est avant tout une énorme réussite. En général, il est périlleux pour des groupes de se reformer. Surtout pour ceux qui ont jadis connu un immense succès. De faire les concerts de trop, de ceux qui font peine à regarder, dans des salles ou des stades pas remplis, juste pour satisfaire un ego ou renflouer les caisses. De ceux qui manquent d’énergie.
Pour le coup, outre la géniale campagne de communication, Oasis a tout fait bien pour réussir son retour, puisque le groupe n’a jamais été aussi fort et populaire, selon les spectateurs et les observateurs.
Le magazine Rolling Stone – en ligne – posait la question de manière plus sociétale : « comment la reformation d’Oasis est devenue l’événement ‘’feel-good’’ de l’année ? ». Dit autrement, avec rhétorique, dans un monde en proie à de sérieux problèmes, la tournée des Anglais fait du bien.

Il était évident que les frangins Gallagher avaient la niaque pour repartir de plus belle, avec la rage et la passion de leurs débuts, cette envie de marquer l’histoire un peu plus. En se mutant en leader de groupe dès 2011 avec les High Flying Birds, Noel gagnait en assurance, tandis que Liam reprenait du poil de la bête en sortant trois bons albums solos, ponctués de deux méga-concerts à Knebworth (2022) et une tournée sold-out pour les 30 ans du disque Definitely Maybe.
Oasis, c’est avant tout un groupe live. Pas des bêtes de scène. Juste un groupe live dont le leitmotiv a toujours été le suivant : rendre meilleurs les titres studio, avec un son fort et précis.
Une mécanique de scène vite retrouvée
En 2025, rien n’a changé et tout s’est amélioré. La raison ? Les Mancuniens ont rappelé des têtes bien connues pour conserver leur essence. Gem Archer et Andy Bell, présents entre 1999 et 2009, ainsi que Paul ‘’Bonehead’’ Arthurs, co-fondateur du groupe, limogé en 99 et remplacé par… Gem Archer. Au clavier, Christian Madden, présent avec Liam Gallagher depuis 2017.
Après le split d’Oasis, les membres ont continué de tourner avec l’un ou l’autre des Gallagher ; Bell et Archer avec Beady Eye, le dernier rejoignant plus tard le High Flying Birds de Noel. Bref, les musiciens se trouvent les yeux fermés et la mécanique se remet vite en place.
À la batterie pour accompagner le duo Liam Gallagher-John Squire en 2024, c’est l’Américain Joey Waronker qui rejoint la bande. Celui-ci, connu pour ses nombreuses collaborations, était LA pièce manquante, celle dont Oasis avait besoin.
Un métronome qui ne fait pas l’unanimité chez les observateurs, mais dont Liam disait ceci : « J’ai adoré tous mes batteurs, mais ce gars est spécial. » À la peine sur quelques titres dont Don’t look back in anger (sur le solo notamment), il donne plus de puissance et de rapidité à d’autres comme Rock ’n’ roll Star.
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En tout cas, l’ambiance au sein du collectif est au beau fixe, si on se réfère aux photos diffusées sur les réseaux sociaux, où chaque membre affiche les étapes de la tournée (backstage, bars, plage, magasins de musique, loges).
De leur côté, les deux frères jouent la prudence. Un hôtel différent pendant la tournée vaut mieux qu’une potentielle brouille. Une recette qui marche, si on regarde la complicité qu’ils montrent tous les soirs, du début sur scène jusqu’au bout des concerts. Pendant les shows, on voit des sourires et des moments sympas, des accolades.
Les mauvaises langues diront que tout cela n’est qu’une mise en scène, dès lors qu’elles savent que Liam et Noel toucheront, selon les rumeurs, 50 millions de livres sterling chacun (environ 59 millions d’euros) pour la tournée. Un argument, certes défendable, mais pas recevable. Il se passe vraiment quelque chose de différent depuis la première date à Cardiff et partout où le groupe passe.
Rendez-vous pris en 2026
Avec un guitariste en plus, un nouveau batteur et la volonté de rendre au public ce qu’il lui doit (ses années de frustration et d’attente), Oasis sonne mieux que jamais, avec cette unanime capacité à reproduire les bonnes prestations, de deux heures environ.
Si la setlist n’est subjectivement pas la meilleure possible, les tubes tombent quand même les uns après les autres, faces A et B confondues, les dernières étant a minima aussi bonnes, parfois meilleures que les A (Acquiesce, The Masterplan, Half the World Away).
Les titres prennent leur mesure dans des ambiances dingues. Sur Cigarettes & Alcohol, Oasis retourne la foule tous les soirs avec le -désormais – célèbre Poznan, concept venu de Pologne qui amène les supporters/ fans à se prendre bras dessus, bras dessous, dos à la scène, et à sauter simultanément. Les images diffusées sont spectaculaires, même en Amérique du Nord où le public est plus compliqué qu’ailleurs.

À Edimbourg, Oasis a établi un nouveau record, le sien, d’impact sismique ressenti lors de sa venue à Murrayfield. Preuve de l’engouement global, les célébrités sont nombreuses à se déplacer pour assister à l’événement musical du siècle. Parmi elles, des légendes du foot (Pep Guardiola, David Beckham), du cinéma (Tom Cruise, Matthew McConaughey, Leonardo DiCaprio), et des pointures de la musique (Paul McCartney, Lars Ulrich et James Hetfield de Metallica, Billie Eilish, Dua Lupa, Geri Halliwell).
« See you next year », disait Liam Gallagher avant Champagne Supernova, le 27 septembre à Wembley. Dans la forme de sa vie, le groupe devrait donc vraisemblablement prolonger sa tournée en 2026, dans les stades d’Europe et à Knebworth Park où il avait joué les 10 et 11 août 1996, devant 250.000 personnes. Une date qui était ‘’le plus grand événement musical avant la naissance d’Internet’’, disait Noel Gallagher.
Déjà dans les tuyaux, les dates de concerts deviennent bien plus concrètes que jamais. L’occasion, pour les personnes malchanceuses, de se procurer le précieux sésame afin de voir (une dernière fois ?) les frères Gallagher jouer leurs tubes planétaires.
Aujourd’hui, dans une ère connectée, Oasis a en tout cas déjà réussi le plus grand retour de l’histoire.
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Olivier Cougot


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