Kneecap, Queens of the Stone Age, Stereophonics… Récit d’une journée à Rock en Seine 2025

Le groupe irlandais Kneecap était particulièrement scruté. Photo Roxane Mo

Ce dimanche 24 août se déroulait la dernière des cinq journées de la vingtième édition de Rock en Seine, dans le parc de Saint-Cloud à Paris. Olivier a pu s’y rendre pour la première fois depuis neuf ans. Il raconte cette belle journée et nous partage ses impressions et les petites indiscrétions depuis l’espace VIP.

Arrivé au parc de Saint-Cloud après la traversée de Paris d’est en ouest, me voici de l’autre côté du site où les camions des groupes de musique se chevauchent, de l’autre côté du pont de Sèvres. 

Je ne suis pas dépaysé malgré les neuf années qui séparent ma dernière venue ici comme journaliste et celle-ci comme spectateur privilégié. Convié par l’organisation de Rock en Seine, je suis invité comme à la belle époque où aller aux concerts était mon métier.

Toilettes réservées, bars privés, écrans pour suivre les concerts depuis sa chaise longue. L’espace VIP n’a pas changé et l’accueil y est toujours agréable avec l’historique équipe d’Ephelide. Si le temps a un impact sur certains, il n’a aucun effet sur l’indélébile trio de cette boîte de promotion (Nathalie Ridard, Marion Pacé et Catherine Gaud).

Rapidement, je me dirige vers la Grande Scène où joue la française Léonie Pernet qui s’excuse, à la fois timide et gênée, d’avoir un peu perdu sa voix, qui s’enraye toujours quand elle a ‘’le trac’’. La multiinstrumentiste s’en sort pourtant très bien en ce début d’après-midi, en proposant une pop plutôt propice à l’ambiance dominicale, annonceuse d’une fin de week-end plus rock. La veille, Justice a livré un concert de dingue, me dit plus tard le journaliste Nico Prat, présent dans le staff du festival. Il faut donc que les esprits redescendent pour affronter la dernière ligne droite.

À lire aussi sur notre site. Un collectif de soutien au 108 se constitue pour défendre ce haut lieu de la culture menacé à Orléans

Dans les allées, on croise un tas de gens avec des tee-shirts du groupe Fontaines DC qui joue en début de soirée, et d’autres avec des éditions spéciales de maillots d’Oasis, avec les villes des récents méga-concerts indiquées au bas. Vu l’ampleur de l’événement en cours et la symbolique de porter cela à Rock en Seine (théâtre de la rupture du groupe en 2009), les produits en lien avec les Mancuniens pullulent.

Kneecap : promo assurée, propos assumé

Dans l’orga, autre ambiance. Sans parler de panique, la présence du trio Kneecap (notamment connu pour ses positions pro palestiniennes) inquiète un peu, et on s’interroge sur la teneur du concert des Nord-Irlandais. Une personne souffle même à une attachée de presse que les images du show vont être captées en direct. Sang glacé. Interrogations. Surtout pas de vagues, comme on dit, pour éviter au festival de s’attirer les foudres des médias et de l’opinion publique.

Dans un débat aussi passionné que sulfureux, on peut vite être taxé de tous les maux. Si le groupe reste ‘’relativement confidentiel en France, mais a gagné beaucoup en notoriété ces derniers temps, pour de très bonnes raisons artistiques’’, comme le disait Matthieu Ducos (directeur de Rock en Seine) à l’AFP, il s’est offert une belle promotion pour pas un sou.

A contrario, il a malgré lui vidé les poches du festival puisque celui-ci s’est vu retirer près de 450.000 euros d’aides de la Région Île-de-France et de la Ville de Saint-Cloud. Pendant le concert, le groupe réitère apparemment son message sans sourciller. En substance, le groupe répète vouloir la paix et insiste : « Netanyahou est un criminel de guerre » et « si vous n’appelez pas cela un génocide, comment appelez-vous cela ? », rapportent les médias présents sur place.

Moi-même équipé d’un haut à l’effigie d’Oasis, je suis plus tôt dans la journée abordé par une jeune femme au stand Spritz de l’espace VIP, après que j’ai fait fonctionner les tireuses à bière et rempli mon gobelet par trois fois. « Tu les as vus récemment ? », demande-t-elle en anglais. « J’étais à Dublin la semaine dernière, c’était trop bien ! » poursuit-elle. Je lui réponds que non, mais que je les ai vus en 2002, 2005, 2008 et 2009.

Neve vient de Galway et travaille en France. Après être brièvement rentrée en Irlande pour voir la reformation du siècle, elle est à Saint-Cloud ce dimanche pour voir les fameux Kneecap, comme beaucoup de ses compatriotes, et leur affiche un soutien indéfectible. Maillot floqué Palestine sur les épaules, elle s’est fait confisquer deux drapeaux à l’entrée du festival : un de l’Irlande, un de la Palestine, qu’elle souhaitait brandir pendant le concert. Ces drapeaux, elle les récupère auprès de la sécurité à la sortie du site, où je la croise à nouveau. « Alors, tu es allé les voir ? », insiste-t-elle. Je réponds encore par la négative et lui dis que j’étais à un autre concert qui avait lieu quasiment au même moment. 

Une soirée rock pour conclure la journée

Stereophonics fait partie de ces groupes que j’écoute encore maintenant et que j’étais curieux de revoir après 24 ans (Elysée Montmartre, octobre 2001). Bien que l’attraction Kneecap joue ailleurs depuis vingt minutes, les Gallois font le plein sur la scène Revolut. Une heure avant, j’assiste de loin à leurs interviews en face-à-face à l’espace médias. Trois membres sont là, surveillés de près par un gorille qui scrute le moindre geste.

Stereophonics. Photo Olivier Hoffschir

Absent pendant l’exercice promo, le leader Kelly Jones (chant, guitare), lunettes oranges vissées sur le nez, pose les premiers accords de Vegas two times, issu du troisième album. Récemment passé par les stades ou les domaines géants du Royaume-Uni (Finsbury Park, Principality Stadium), le groupe a un show bien rodé qui n’est ni bon ni mauvais. Juste une succession de tubes en mode stade (Have a nice day, Maybe tomorrow, C’est la vie, Dakota) qui fait l’affaire à l’heure où le soleil est au plus haut, et où Josh Homme s’apprête à son tour à passer en salle de presse. 

Devant le colosse des Queens of the Stone Age (QOTSA), les journalistes/ photographes sont nombreux. Plus une chaise n’est disponible et du monde reste là, debout, à écouter religieusement les paroles de l’Américain qui prend son temps pour répondre aux questions pendant vingt bonnes minutes. À la fin, il prend le temps de saluer tou(te)s celles et ceux qui ont été présents et de prendre des photos. La grande classe à près de deux heures du show final de cette édition de Rock en Seine.

Queens of the Stone Age. Photo Olivier Hoffschir

Place ‘’au vrai rock’’, peut-on entendre çà et là, après le concert des Fontaines DC qui proposent un spectacle énergique et interactif à défaut de mettre les grosses guitares en avant. Ça, c’est le travail de QOTSA qui balance du gros son sur la Grande Scène la nuit tombée (No one knows ; Sick, Sick, Sick ; Go with the flow) avec la scénographie habituelle, faite de lumières rouges et blanches. Puisqu’il en parlait pendant l’interview, Josh Homme dédie le titre Make it wit chu aux gens qui bossent dans les Catacombes (le groupe y a joué en juillet 2024).

C’est avec de la poussière plein les jambes et délesté de plusieurs dizaines d’euros (les VIP et autres acteurs de la presse payent les consos 8 ou 9 euros comme tout le monde) que je rentre à l’autre bout de Paris, là où le calme règne mais où les oreilles continuent de siffler. En attendant, les rumeurs sur la présence d’Oasis à Rock en Seine, même les plus folles, ne cessent d’enfler. Au moins, le festival, dont les entrées étaient en baisse cette année (150.000 personnes contre 180.000 en 2024) serait sûr de signer sa meilleure année en termes d’audience si le fantasme se réalisait.

Olivier Cougot