
Jeudi 11 décembre, à l’appel du collectif féministe 45, plus d’une centaine de personnes se sont rassemblées devant la mairie d’Orléans pour dénoncer une subvention de 24.000 euros accordée à Familya. Cette association est accusée, par les féministes et par plusieurs articles de presse, de porter une vision conservatrice de la famille et anti-avortement, en plus d’être financée par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Edouard Stérin.
Un peu plus d’une centaine de personnes étaient rassemblées ce jeudi soir, 11 décembre, devant la mairie d’Orléans, à l’appel du collectif féministe 45, qui réunit diverses organisations progressistes. Le collectif entendait dénoncer le partenariat entre l’association catholique Familya et le centre communal d’action sociale (CCAS) d’Orléans, qui l’a financée à hauteur de 24.000 euros. Les militantes dénonçaient également le refus municipal d’un village féministe, place du Martroi le 8 mars prochain, au motif que des élections doivent se tenir le 15 mars.
La colère des militantes féministes présentes était d’autant plus importante que des associations féministes comme le Planning familial du Loiret et le Centre d’informations sur les droits des femmes et des familles ont subi des baisses de subventions d’environ 10% de la part du Département du Loiret.
Une association financée par un milliardaire d’extrême droite
Les membres du collectif alertent dans leur communiqué sur une vision normative et patriarcale de la famille qui serait imposée par Familya. Elles dénoncent, de plus, le financement de l’association catholique par Pierre-Edouard Stérin, un milliardaire qui s’emploie à diffuser les idées de l’extrême droite à travers son projet PERICLES (acronyme de « Patriotes enracinés résistants identitaires chrétiens libéraux européens souverainistes ») et son « fond du bien commun ».
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Ce rassemblement fait suite à une première alerte lancée sur Instagram par le collectif orléanais GRIF (Groupe radical intersectionnel féministe), ainsi qu’à plusieurs articles de presse qui dénonçaient les liens de l’association avec les milieux catholiques intégristes et anti-IVG. La journaliste Annabelle Martella, qui avait réalisé une infiltration dans la structure en se faisant passer pour une femme lesbienne souhaitant avorter, dénonce un discours insidieux contre l’avortement et l’homosexualité.
Le 3 décembre, le local de Familya, situé place du Cheval Rouge à Orléans, avait par ailleurs été recouvert de tags soutenant l’homosexualité et l’IVG et dénonçant le partenariat de l’association avec Pierre-Edouard Stérin.
Des liens avec des catholiques intégristes et des structures anti-IVG
Gauthier Dabout, adjoint au maire responsable solidarités et famille, est venu à la rencontre des manifestantes et manifestants. Il a tenté de défendre auprès de ces personnes le soutien de la mairie à l’association, en expliquant que celle-ci n’avait pas d’idéologie et que le financement par Pierre-Edouard Stérin devrait prendre fin.
Il ne s’est, en revanche, pas expliqué sur le financement de Familya par d’autres structures comme Stella Domini qui finance des organisations anti-IVG, selon Arte. La prétendue absence d’idéologie pose question quand on sait que le fondateur de Familya a reconnu s’être engagé dans deux mouvements chrétiens perçus comme sectaires : l’Opus Dei et le Chemin neuf.
Contrairement à la Ville d’Orléans, qui défend ses subventions octroyées à l’association et son projet, la Métropole de Lyon a indiqué, quelques jours après la parution de l’enquête de Médiacités sur Familya, qu’elle ne financerait plus à l’avenir cette structure.
Les arguments de l’adjoint n’ont donc pas convaincu les militantes féministes, qui ont accompagné le départ de Gauthier Dabout et la suite du rassemblement par des chants ou slogans féministes et contre Familya.
« On se fout un peu de notre tête »
Nous avons pu interroger une des personnes présentes au rassemblement qui était venue « défendre le choix des personnes vis-à-vis de leur sexualité et de leurs relations ». Elle dénonce le « modèle hétéronormatif qui […] ne correspond pas à la société actuelle, ni au réel besoin des personnes. Elle déclare également ne pas croire à la façade LGBT-friendly et pro-choix de Familya. C’est surtout le fait d’avoir financé Familya via le CCAS « au détriment d’autres associations qui sont pro-choix, qui sont universalistes et réellement LGBT-friendly » qui lui pose problème. « Il y a un parti pris de la municipalité » pour « une association catholique » avec des financements « outrageux ».
Des membres de l’opposition municipale étaient aussi présents aux côtés des manifestantes, comme Baptiste Chapuis, tête de liste pour les élections municipales de 2026 avec le groupe « Rassembler Orléans ». Ils dénonçaient à travers leur communiqué le financement de la municipalité via le CCAS à « un projet contraire aux valeurs de la République », « réactionnaire, anti-laïc et anti-républicain ».

Karin Fischer, conseillère régionale de La France insoumise, était également présente. Elle était là pour dénoncer la subvention de la mairie à Familya, qui « avance masquée, mais est connue pour être proche du milliardaire d’extrême droite catholique intégriste Stérin ». Karin Fischer estime que Familya « remet en cause, au moins implicitement et certainement parfois explicitement, les droits des femmes, le droit au choix et à l’avortement ».
Elle n’a pas été convaincue par l’intervention de Gauthier Dabout, qui « essaye de minimiser ce que représente Familya ». Pour la conseillère régionale, le projet de Familya est « en opposition et en concurrence directe avec le Planning familial, qui est beaucoup moins bien subventionné par la mairie ».
Un deux poids deux mesures dans l’utilisation de l’argent public ?
L’élu d’opposition Jean-Christophe Clozier a fait savoir sur les réseaux sociaux qu’il avait interpellé le maire, Serge Grouard, à ce sujet lors du conseil municipal, qui lui aurait répondu par « une jolie fin de non-recevoir ».

Outre le financement de Familya, c’est une impression de deux poids deux mesures qui ressort chez les militantes féministes. Selon La République du Centre, une ancienne salariée du Planning Familal a confirmé qu’une demande de subvention avait été sollicitée au CCAS, « pour 37.000 euros, mais la mairie a attribué 1.000 euros ».
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Si les Nuits du bien commun du milliardaire Pierre-Edouard Stérin ont suscité beaucoup d’oppositions ces derniers temps, Familya était, elle, passée jusqu’ici à travers les mailles du filet. Cette manifestation contre la structure à Orléans pourrait être suivie d’autres, ailleurs en France, puisque Familya prévoit de tisser la toile de son réseau avec des maisons à Pau, Besançon, Limoges, Montpellier, Perpignan, Caen et Rennes.
Sébastien Fourrier


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