
Ce 24 février marque l’entrée dans la cinquième année de la guerre à grande échelle que la Russie mène contre l’Ukraine. Une guerre agressive, criminelle et catastrophique par l’ampleur des pertes humaines et des destructions. Pour rappeler aux Européens que le conflit est toujours en cours, des Ukrainiens et des Ukrainiennes sont descendus dans la rue le 20 février, lors de manifestations organisées sur les places centrales de nombreuses villes européennes, notamment à Orléans.
Plus d’une centaine de personnes se sont rassemblées sur la place du Martroi, le vendredi 20 février, au pied de la statue de Jeanne d’Arc — avec des drapeaux ukrainiens, des pancartes et au son de l’hymne national. Ce groupe s’est ensuite dirigé vers le parvis de la cathédrale pour terminer ce rassemblement, quelques jours avant un funeste anniversaire. Ce 24 février marque en effet l’entrée dans la cinquième année de la guerre provoquée par la Russie de Vladimir Poutine contre l’Ukraine.
Après plusieurs années d’exil forcé, nombre de participants parlent désormais couramment français. Ils s’adressaient donc avant tout non pas les uns aux autres, mais à la société européenne — aux responsables politiques, aux journalistes, aux citoyens des pays qui continuent de soutenir l’Ukraine. Le message principal était simple : la guerre n’est pas terminée et la lassitude n’est pas permise.
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Les organisateurs ont appelé à ne pas laisser le conflit devenir un simple bruit de fond de l’actualité. Tandis que les villes européennes vivent dans une routine paisible, les villes ukrainiennes continuent d’exister sous la menace quotidienne de frappes de missiles et d’attaques de drones. Tandis que Bruxelles et les parlements nationaux débattent de sanctions et de livraisons d’armes, des soldats ukrainiens meurent chaque jour au front. L’issue de la guerre, ont souligné les intervenants, reste incertaine.
Une guerre qui dure depuis douze ans
À plusieurs reprises, les participants ont rappelé avec amertume que la guerre n’a pas commencé le 24 février 2022. L’agression armée de la Russie débute dès 2014, avec l’opération en Crimée.
Le 20 février 2014, des unités de matériel militaire russe avaient quitté leurs bases de la flotte de la mer Noire en violation des accords en vigueur. Cette date figure sur la médaille russe « Pour le retour de la Crimée » et est reconnue par la Verkhovna Rada d’Ukraine (le Conseil suprême) comme le début officiel de la guerre. Dès avril 2014, des combats éclatèrent dans l’est de l’Ukraine avec le soutien de Moscou.
Pendant huit ans, le conflit dans le Donbass est resté hybride — impliquant des militaires russes, des formations de volontaires et des groupes armés locaux. Au cours de cette période, une partie des régions de Donetsk et de Louhansk est passée sous le contrôle de Moscou, tandis que les autorités russes ont accumulé d’importantes réserves militaires et financières. En février 2022, ces ressources ont été mobilisées dans le cadre d’une invasion à grande échelle.
Une menace dissimulée
L’un des récits diffusés par la propagande russe affirme que les actions du Kremlin constituent une réaction contrainte aux événements de l’hiver 2013-2014 : la Révolution de la Dignité. Ces manifestations massives à Kiev ont conduit à la chute du régime de Viktor Ianoukovitch et ont consolidé l’orientation européenne du pays. Pour Moscou, cela signifiait une perte d’influence politique sur l’Ukraine et un revers stratégique dans l’espace post-soviétique. L’annexion de la Crimée et le soutien aux formations armées dans l’est du pays sont devenus des instruments destinés à freiner ce tournant — et ont contribué largement à l’escalade ultérieure.
Pendant des années, la propagande russe a nourri l’idée que Kiev serait prise en trois jours, ou au maximum en deux semaines. D’autant plus amère doit être la désillusion de ceux qui dirigent cette guerre depuis le Kremlin.
« Trois jours ou deux semaines, ce n’était pas le bon terme. C’étaient plutôt des moyens supplémentaires pour déstabiliser la situation. En sous-estimant la capacité réelle de l’armée ukrainienne, il [Vladimir Poutine] n’a pas pris en compte le courage des soldats dans les tranchées. Il n’a pas tenu compte du fait que la conscience collective, la force morale et la grande aide de Dieu peuvent créer une résistance extrêmement forte », explique à La Rédac Pop Yuliia Lymarieva, l’une des organisatrices de la manifestation.

« Nous avons déjà vécu cela », constate avec gravité le présentateur de l’événement, Georgiy Ryabchyy, appelant les Européens à retirer leurs « lunettes roses » et à voir la réalité d’une guerre hybride. Selon lui, la Russie mène déjà contre les démocraties européennes une confrontation complexe — à travers la propagande, les cyberattaques, les sabotages et les pressions sur les processus politiques.
Plusieurs intervenants ont exprimé la crainte qu’en cas de défaite de l’Ukraine ou d’un « accord de paix » imposé, les risques pour la sécurité des pays baltes et de l’Europe orientale augmentent considérablement. L’évolution vers une escalade ou une désescalade dépendra largement des décisions politiques prises à Moscou et du degré d’unité des États européens.
Une statistique accablante
Il est difficile de surestimer l’ampleur des conséquences de l’invasion à grande échelle. Selon certaines estimations internationales, les pertes militaires cumulées — morts, blessés et disparus — pourraient approcher 1,8 million de personnes. D’après les données de l’ONU, au moins 15.000 civils ont été confirmés tués et plus de 40 000 blessés. Les chiffres réels pourraient être plus élevés en raison de l’accès limité des observateurs aux territoires occupés.
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Environ 4 millions de personnes restent déplacées à l’intérieur de l’Ukraine, tandis que plus de 5 millions ont trouvé refuge à l’étranger. La Russie contrôle environ 20 % du territoire ukrainien, y compris la Crimée et des parties significatives des régions de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijjia. Sur ces territoires vivent, selon diverses estimations, entre 3 et 5 millions de personnes. Au début de l’année 2025, près de 3,5 millions d’habitants des régions occupées ont reçu des passeports russes — souvent comme condition d’accès aux soins, aux aides sociales ou à l’emploi.
La question du sort des enfants ukrainiens demeure un sujet majeur d’attention internationale. Les organisations de défense des droits de l’homme signalent des centaines d’enfants tués, des milliers blessés ou portés disparus. Des dizaines de milliers de cas de transferts forcés de mineurs vers la Russie ou vers des territoires sous son contrôle ont été documentés. Ces faits font l’objet d’enquêtes dans le cadre de la justice pénale internationale.
Les destructions sont systémiques. Marioupol, Bakhmout et plusieurs autres villes et localités sont pratiquement rayées de la carte. Des dizaines de milliers de logements et d’infrastructures à travers le pays sont endommagés ou détruits, et de vastes zones restent minées.
Un avenir dans le brouillard de la guerre
Sur la place du Martroi à Orléans, les discours ne portaient pas uniquement sur la guerre, mais aussi sur la solidarité. Le maire de la ville, Serge Grouard, a confirmé son soutien à la communauté ukrainienne et a comparé l’ampleur du conflit aux guerres mondiales du siècle dernier. Il a également rappelé que des centaines de milliers de Russes ont quitté leur pays pour ne pas être associés à la guerre, et que la France en a accueilli un grand nombre, leur offrant une protection face aux politiques répressives de leur État.

Ce rappel a eu un effet d’apaisement. En temps de guerre, les émotions sont inévitablement exacerbées, et certains discours ont comporté des jugements sévères à l’égard des citoyens du pays agresseur. Pourtant, la haine dirigée contre des peuples entiers — si compréhensible puisse-t-elle paraître — ne fait que reproduire la logique même sur laquelle repose la propagande de l’autre côté du front. C’est précisément là que se situe la frontière morale entre la résistance au mal et le ressentiment miroir.
Et le moral et l’esprit des Ukrainiens reste intact. L’hymne ukrainien a retenti à plusieurs reprises au cours du rassemblement. Ses paroles — « Nous donnerons notre âme et notre corps pour notre liberté » — ne sont plus seulement une formule historique, mais la description d’une réalité actuelle. Quatre années de guerre à grande échelle ont montré que la résistance ukrainienne est bien plus solide que ce que prévoyaient les stratèges du Kremlin.
La question centrale, posée à Orléans, reste ouverte pour toute l’Europe : aura-t-elle la volonté politique de continuer à soutenir un pays qui défend non seulement son indépendance, mais aussi, comme le soulignent les manifestants, la sécurité du continent tout entier ?
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Fidel Agumava


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