Nicolas Sarkozy dans un 9 mètres carrés, ou le quotidien de nombreux étudiants ?

Trois chambres, trois destins : un étudiant afghan, un autre russe (moi !) et un ancien président de la République française. Trois espaces minuscules où se mêlent solitude, espoir et ironie. Bienvenue dans une visite guidée de la vie en confinement, du Crous à la prison de la Santé. Un article un brin humoristique et ironique pour comparer les conditions de logement de l’ancien chef de l’État avec celles d’étudiants hébergés dans des chambres très communes.

Nicolas Sarkozy a été incarcéré à la prison de la Santé, ce 21 octobre, dans le cadre de l’exécution provisoire de sa peine. L’ex-président de la République avait été condamné en première instance à cinq ans de prison ferme, le 25 septembre, avec exécution provisoire de sa peine « au regard de l’importance du trouble à l’ordre public causé par l’infraction »

Le tribunal judiciaire de Paris l’avait reconnu coupable d’association de malfaiteurs dans l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Ayant interjeté appel, l’ancien chef de l’État reste présumé innocent.

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Évidemment, un grand nombre de médias ont sauté sur l’occasion pour nous plonger dans la nouvelle demeure de l’ancien homme politique, photos, schémas et plans détaillés à l’appui.

9 mètres carrés. Voici l’espace dans lequel Nicolas Sarkozy devra vivre au cours de sa détention, lorsqu’il ne sera pas en promenade, dans la salle de sport ou à la bibliothèque. 9 mètres carrés, c’est la surface dont bénéficie une personne détenue lorsque celle-ci a « la chance » d’en disposer pour elle seule, comme l’ex-chef de l’État. Ce qui n’est pas le cas d’un grand nombre de prisonniers, dans un contexte de surpopulation carcérale alarmante (voir notre note ci-dessus).

Dans cette cellule, on trouve des toilettes, une douche, une télévision, un téléphone, un réfrigérateur, une plaque chauffante, un lit, un bureau, une chaise et quelques espaces de rangement… Un espace et un ameublement qui semblent ne pas avoir grand-chose à envier aux chambres de nombre d’étudiants et étudiantes. La principale différence étant, bien entendu, la liberté de mouvement de la personne pensionnaire.

La Rédac Pop a décidé de mettre deux situations d’étudiants vivant à l’université d’Orléans en parallèle de ces conditions de logement de l’ancien président de la République : celle d’un étudiant afghan logé au Crous (Centre régional des oeuvres universitaires et scolaires) et la mienne dans le foyer de l’Afpa (Agence pour la formation professionnelle des adultes) à Olivet.

Déménagement, disponibilité pour recevoir des invités, vue, installations, voisinage, sécurité… On passe tout cela au peigne fin !

La place et la disponibilité

S’il est clair que les conditions actuelles de logement de Nicolas Sarkozy sont bien en deçà du standing que l’on peut imaginer pour un ancien chef d’État, c’est bien le quotidien d’étudiants et étudiantes comme Noorrahman Kohistani, inscrit à l’Institut de français à Orléans. Depuis l’année dernière, il habite dans une résidence Crous près du campus universitaire d’Orléans.

En très bon hôte, Noorrahman allume la bouilloire lorsque je pénètre chez lui. Je ne demande ni thé, ni café, mais mon camarade insiste : en Afghanistan, il est de coutume de partager le thé entre hôte et invité, et je ne veux surtout pas manquer à mon devoir de politesse !

Difficile de trouver de la place pour ranger de simples biscuits. Photo Fidel Agumava

Même dans une chambre de 9 mètres carrés, l’hospitalité n’est pas négociable pour ce jeune homme de 26 ans. Le déménagement dans cet espace restreint n’a pourtant pas été évident pour lui, qui a connu de meilleures conditions de vie.

Noorrahman doit composer avec un espace très restreint.

« J’aime bien ranger tout, mais je n’ai pas assez de place, confie-t-il. C’est vrai que 10 mètres carrés avec une salle de bain et un lit, ce n’est pas assez pour moi. Depuis que je suis là, je me sens un peu triste. Parce qu’en Afghanistan, j’ai habité dans une grande maison de 300 mètres carrés. Dans une autre ville, j’étais dans un logement de 50 mètres carrés. Mais là, au début pour moi, c’était très difficile de rester dans cette chambre. Mais maintenant, je me suis habitué, même si c’est vraiment très petit. Il n’y a pas assez de place pour ranger tout. »

L’espace se révèle assez limité entre le lit et le bureau de Noorrhaman. Photo Fidel Agumava

Artiste autodidacte, Noorrahman ne dispose pas de l’espace nécessaire pour garder ses trente tableaux, et encore moins pour en peindre de nouveaux. Il espère qu’un jour, il pourra déménager dans un logement qu’il pourrait utiliser comme son propre atelier créatif.

Pour ma part, je peux vous proposer une excursion virtuelle dans ma propre chambre, dans le foyer de l’Afpa, où j’ai réussi à trouver un logement pour la période de mes études universitaires. Immigré divorcé de 46 ans, je considère que j’ai vraiment eu de la chance : on m’a placé tout seul dans une chambre conçue pour deux personnes, qui fait jusqu’à 13 mètres carrés !

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Si, comme Noorrhaman, j’ai connu de bien meilleures conditions de vie dans mon passé (mais aussi de bien pires !), je me sens comme un roi en comparaison de mon homologue afghan. Ou, au moins, comme un président de la République qui n’aurait pas eu le temps de s’attirer des ennuis avec la justice.

13 mètres carrés : le grand luxe chez moi ! Photo Fidel Agumava

Contrairement à Noorrahman, je n’ai pas le droit de recevoir des invités. C’est une des règles indispensables inscrites dans mon contrat de logement. Cette circonstance regrettable me rapproche, malgré moi, du troisième locataire dépeint dans cet article.

Car si on excepte les visites extérieures (qui ont lieu au parloir, hors de sa cellule), Nicolas Sarkozy doit composer avec la solitude, en dehors d’éventuelles venues impromptues de gardiens qui pourraient examiner les barreaux de ses fenêtres ou vérifier si l’habitant de la cellule n’a pas caché quelque chose d’interdit.

La vue

On ne sait pas vers quel côté de Paris fait face la fenêtre de la cellule de Nicolas Sarkozy, mais on peut imaginer que la vue n’est pas agréable, la faute aux barreaux qui risquent de gâcher le panorama.

De mon côté, j’adore la vue magnifique offerte par mes deux assez grandes fenêtres. Un petit parc, avec ses anciens arbres à feuilles persistantes, dissimule la ville de mes yeux et me coupe des bruits de la vie urbaine. À la place, ce sont les chants des oiseaux que je peux écouter. Cette seule vue tellement belle compense la plupart des inconvénients que je détaillerai plus bas.

J’ai réussi à placer ma guitare dans le coin de la chambre ! Photo Fidel Agumava

Quant à Noorrahman, il ne plaint pas de sa seule fenêtre qui est placée assez haut. Quelques arbres s’offrent à lui dans une rue pas très vivante. Et au moins, il ne doit pas s’accommoder de barreaux.

Chez Noorrhaman, vue « 3 étoiles » sur le parking et quelques arbres offrant leur parure d’automne. Photo Fidel Agumava

Les installations

Noorrahman préfère confectionner ses propres plats, grâce à la présence de deux cuisines communes dans chaque étage de sa résidence. C’est plus simple, plus pratique et parfois même moins cher qu’aller tous les jours au restaurant universitaire. Surtout, depuis que sa chambre est bien équipée avec un frigo. 

Moi aussi, j’adore cuisiner. Et je négligerais volontiers la nécessité de passer les files d’attente éternelles au restaurant universitaire avec ses plats, disons-le franchement, moyennement savoureux et sains. Mais la cuisine commune du foyer de l’Afpa ne s’ouvre que le week-end, et les chambres ne sont pas équipées avec des appareils de cuisine. Car une autre règle s’impose à tous les résidents du site : tous les appareils de cuisine, sauf une bouilloire ou une cafetière, sont strictement interdits.

En revanche, Nicolas Sarkozy dispose d’une vraie cuisinière dans sa cellule. Il a aussi la possibilité de louer un frigo et d’acheter de la nourriture au magasin de la prison (en plus des rations qui lui sont dues). C’est indubitablement un avantage, surtout si l’on considère qu’il n’aura pas de souci financier à s’acquitter de ces dépenses.

Le déplacement physique, mais aussi spirituel

Par rapport à nous, étudiants, qui pouvons sortir et rentrer quand nous le souhaitons, même au cours de la nuit, l’ex-président de la République n’a pas cette option. Il ne peut quitter sa cellule qu’une heure par jour, juste pour profiter d’une petite promenade de prison.

En revanche, il peut voyager spirituellement et intellectuellement, ayant assez de temps pour lire des livres. L’évasion spirituelle, c’est exactement ce qui nous manque avec Noorrahman, car les études, les petits emplois payés, ainsi que nos investissements bénévoles prennent trop de temps et de l’énergie.

Noorrahman à propos de la responsabilité des personnalités politiques.

Les médias se sont d’ailleurs fait l’écho des livres emportés par Nicolas Sarkozy. Deux ouvrages savamment choisis par ce dernier pour sa communication contre la soi-disant « haine » qui le vise : Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas et la biographie de Jésus par Jean-Christian Petitfils.

“Il doit lire beaucoup de livres qui montrent ce qu’est la responsabilité d’une personne quand elle a un poste. Quand quelqu’un a la responsabilité, il faut respecter toujours les règles et la loi”, considère Noorrahman.

La sécurité et le voisinage 

Nicolas Sarkozy peut dormir sur ses deux oreilles : il ne risque pas de subir un quelconque cambriolage, même si certains voleurs sont soudainement devenus ses voisins.

En plus des geôliers qui gardent la prison des dangers extérieurs, le martyr du XVIe arrondissement est constamment protégé de tous les dangers intérieurs par deux officiers de sécurité armés qui logent dans la cellule voisine. Une disposition aux frais du contribuable prise « eu égard à son statut et aux menaces qui pèsent sur lui », selon le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, mais qui suscite la colère des syndicats de surveillants pénitenciers. Ces derniers dénoncent « une folie sécuritaire » et « une humiliation sans précédent pour tout le corps pénitentiaire ».

Au foyer du Crous, Noorrahman rassure sur sa propre sécurité. Les portes sont fermées automatiquement, les interphones marchent comme il faut, et ses voisins ne sont que des étudiants et étudiantes. Ce qui lui permet même de se créer des amitiés et de faire fructifier son réseau.

Quant à moi, je ne demande pas trop. Le voisinage est normalement calme et tranquille, les grilles sont fermées la nuit, et quelques caméras suffisent pour se rassurer. Un bémol cependant : dernièrement, un inconnu a tenté de voler des vélos. Mais à part cela, on se sent plutôt en sécurité.

Finances et précarité

Pour mon nid moyennement douillet, je paie un loyer mensuel de 360 euros, charges incluses. Je pense qu’il s’agit d’un accord assez équitable. Noorrahman estime, lui, que son loyer de 280 euros est trop élevé pour un étudiant pauvre.

Incarcéré, Nicolas Sarkozy ne paie rien pour sa cellule, excepté les 14 euros mensuels pour avoir accès à la télévision et au téléphone fixe. Pourtant, Gérald Darmanin, ministre de la Justice qui lui a rendu visite à la prison de la Santé, avait soumis une curieuse proposition en avril dernier : faire payer aux détenus une partie de leurs frais d’incarcération ! Reste à savoir si le ministre est toujours d’accord pour faire payer son ami…

Une autre problématique se pose pour nous, étudiants : nos bails correspondent strictement à la période de nos études. Après, il nous faudra chercher quelque chose d’autre en espérant avoir assez d’argent pour louer un logement normal. Sinon, on se trouvera à la rue…

On est sûr que cette brillante perspective de devenir un SDF ne figure pas dans la liste des craintes de Nicolas Sarkozy. Sera-t-il libéré dans cinq ans ou dans quelques semaines (grâce à sa demande de remise en liberté sous contrôle judiciaire) ? Toujours est-il qu’il aura un toit au-dessus de sa tête. Et, peut-être comprendra-t-il davantage les conditions et circonstances dans lesquelles vivent des milliers d’étudiants français et étrangers ?

Il est clair que Noorrahman et moi-même ne voudrions pas échanger nos places avec celle de Nicolas Sarkozy. Mais ce sentiment est peut-être réciproque…

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Note de la rédaction

Le but de ce papier n’est en aucun cas de nier les mauvaises conditions de détention dans les prisons françaises qui sont régulièrement documentées. Il s’agit, d’une part, de pointer ironiquement l’emballement médiatique qui a suivi la condamnation de Nicolas Sarkozy. Car force est de constater que les conditions de détention, qui forment une question éminemment importante et urgente à poser dans le débat public, semblent surtout émouvoir la sphère médiatique « mainstream » lorsqu’une personne puissante (Carlos Ghosn au Japon, Patrick Balkany ou Nicolas Sarkozy en France…) est confrontée à cette question.

D’autre part, La Rédac Pop est un média de Radio Campus Orléans, en contact direct avec des étudiants et étudiantes qui vivent dans des conditions parfois difficiles. C’était donc l’occasion de montrer l’envers du décor et de rappeler que la vie dans moins de 9 mètres carrés (même si celle-ci s’accompagne bien sûr de la liberté !) et la précarité sont le quotidien d’un grand nombre de jeunes fréquentant le monde universitaire.

Pour faire le point sur les conditions de détention, rappelons que l’État français a été condamné une première fois en 2020 par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour l’état de ses prisons et a été sommé de prendre des mesures pour mettre un terme à la surpopulation carcérale. Une nouvelle condamnation a suivi en 2023, la CEDH ne constatant aucune amélioration en la matière.

En 2022, l’Observatoire international des prisons (OIP) avait publié, avec le soutien d’Amnesty International, un rapport accablant évoquant la surpopulation endémique, l’insalubrité de nombreux d’établissements ou encore l’augmentation des violences. En mars 2025, Le Monde, se basant sur des chiffres du ministère de la Justice établis au 1er février, pointait un record de personnes incarcérées dans l’Hexagone. La densité carcérale était estimée à plus de 130% et dépassait même l’effrayante barre des 200% dans dix-huit établissements.

La situation continue de désespérer l’OIP, cinq ans après la première condamnation de la France par la CEDH.


Fidel Agumava