Le marxisme dans sa pratique : le philosophe Guillaume Fondu livre son analyse

Guillaume Fondu nous présente son livre La naissance du marxisme : Allemagne, Russie, URSS. Photo Steven Miredin

Définitivement, l’œuvre de Karl Marx aura durablement marqué les questionnements politiques. Mais que reste-t-il de la pensée marxiste après les expériences communistes des XIXème et XXème siècles ? Guillaume Fondu, dans son livre La naissance du marxisme : Allemagne, Russie, URSS, analyse la concrétisation d’un discours inspiré de Karl Marx. Le 24 avril dernier, le docteur en philosophie a présenté les résultats de son analyse au public de la librairie des Temps modernes d’Orléans.

Philosophe, économiste et théoricien de la révolution, Karl Marx reste la référence d’une critique de la société capitaliste. Aujourd’hui encore, les militants qui se veulent les héritiers de sa pensée ont tous lu le Manifeste du Parti communiste de 1848.

Pour les intellectuels, les écrits du théoricien prusse ont fait l’objet de nombreux commentaires et analyses. Le professeur de philosophie et spécialiste des études marxistes, Guillaume Fondu, a préféré s’intéresser, non pas aux écrits, mais à sa mise en application.

Ce jeudi 24 avril, il est venu présenter, à la librairie des Temps modernes d’Orléans, les résultats de son travail compilé dans un livre La naissance du marxisme : Allemagne, Russie, URSS. Avant sa présentation, La Rédac Pop a pu s’entretenir avec lui et revenir sur les analyses qu’il dresse avec son ouvrage.


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L’interview de Guillaume Fondu, réalisée par Steven Miredin, est à retrouver ici.


Trois expériences marquées par le marxisme

Le chercheur revient sur l’histoire du marxisme au travers de trois applications des théories de Karl Marx. Comme le nom de l’ouvrage l’indique, Guillaume Fondu décortique les expériences allemande, russe et de l’URSS.

Ce sont trois applications aux « contextes culturels et politiques divers », rappelle l’auteur.

Il rappelle également que les applications du marxisme sont souvent présentées comme des échecs de la mise en œuvre des idées du fondateur de la pensée communiste. Guillaume Fondu a justement mis de côté les périodes du stalinisme et du maoïsme pour se concentrer sur des périodes qui les ont « présidées ».

Cet ouvrage marque également une volonté de « cesser de regarder la théorie de Marx comme la plus pure et la plus vraie ». Il poursuit en expliquant que « la théorie donne du sens au projet politique dans sa globalité et c’est ce projet qu’on va essayer de faire vivre dans la pratique ».

Les résultats de son ouvrage mettent en avant trois éléments qui marquent toutes les applications marxistes.

Le premier est une « affirmation de la rationalité de l’histoire ». « Pour faire de la politique, il faut comprendre le monde dans lequel on vit et comprendre qu’il y a des tendances dans l’histoire avec lesquelles il faut composer, soit pour s’y opposer, soit pour les poursuivre » ,détaille-t-il.

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Le deuxième élément est un « discours organisationnel ». Sur ce point, il explique que « pour faire de la politique, il faut peser sur le cours des choses et on ne pèse pas tout seul. […] Il faut une organisation politique pour constituer une force politique majeure. »

Enfin le troisième concept qui se dégage de toutes les expériences est « la mise en scène révolutionnaire ». « Pour peser sur l’histoire, il faut pouvoir mettre en scène les actions », explique-t-il. L’enjeu ici est de « faire sentir à la population que la révolution est un mot d’ordre actuel, qu’on est capable de faire ».

Un travail collectif pour une adhésion à un projet politique

En premier lieu, il est important de comprendre le « concept d’idéologie ». Pour définir ce concept développé par Marx et Engels, Guillaume Fondu répond qu’il s’agit de dire que « les idées dominantes sont celles de la classe dominante ». Comprendre cela, c’est permettre de dénoncer « la fausseté » de l’idéologie bourgeoise, mais également de « construire un autre projet idéologique ».

Ce projet idéologique permet à ses militants de faire adhérer la frange de la population pouvant potentiellement être convaincue. Pour une adhésion au projet, « la théorie est l’armature intellectuelle du projet », poursuit Guillaume Fondu dans son développement.

La théorie pose comme un enjeu marxiste la compréhension d’un rapport de force. Il reprend cet élément en ajoutant que « faire de la politique, c’est poser la question du monde social avec trois catégories ; les partisans potentiels, les adversaires et la frange de la population pouvant être convaincue. »

Dans la pensée marxiste, cette classification de la population d’une société s’analyse sous le prisme des « travailleurs ». De manière très actuelle, Guillaume Fondu explique que l’histoire récente a progressivement gommé cette classification. Par la libéralisation des professions ou le recours à l’intérim, « la catégorie des travailleurs est devenue moins présente ».

Cela rend « plus difficile de fédérer des populations ». Et selon lui, cette difficulté est d’autant plus marquée par l’absence de lieu de rencontre. Il fait ici référence aux bourses du travail et à l’éclatement des sites de production.

L’adhésion à un projet idéologique contraire ne passe pas nécessairement par une révolution. Le projet la prépare par « le travail de conviction idéologique ».

Un héritage qui a dépassé la théorie

Il reste difficile d’échapper à la base sociologique de la classe dominante. Mais Guillaume Fondu explique qu’il est possible de s’en émanciper par la pensée collective.

Une pensée dont un pan de la société, à l’échelle mondiale, en est héritier. Le spécialiste du marxisme rappelle que cet héritage comporte également un large legs de discussions collectives. Il invite d’ailleurs les militants à reprendre et réécouter ces échanges.

« En se transmettant, la pensée s’est enrichie », développe l’auteur. Les discussions ont apporté des adaptations et des évolutions contemporaines de la pensée marxiste. Avec le temps, des expériences se sont constituées et avec cela, de nouvelles théories adaptées aux contraintes de leur époque.

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Il termine par une vérité historique : « Les vrais héritiers sont les militants » qui se réclament de ces idées du père du communisme et tentent de les mettre en application.

Steven Miredin