Conférence gesticulée sur la santé mentale et la justice sociale : « Faut qu’ça sorte ! »

Essé Messan lors de sa conférence gesticulée Faut qu’ça sorte. Photo Sébastien Fourrier.

Le 11 octobre, Essé Messan, du collectif « Les Voix éclairées », est venue présenter sa conférence Faut qu’ça sorte, qui analyse les différentes oppressions qu’elle a vécues. La conférence s’est tenue en milieu rural, à Nogent-sur-Vernisson.

Une quarantaine de personnes étaient réunies, ce samedi 11 octobre, dans la salle de l’ancienne école maternelle de Nogent-Sur-Vernisson, devenue « Maison des Passeurs d’Histoires », pour assister au récit autobiographique d’Essé Messan, à l’intersection de plusieurs oppressions.

Avec d’autres militantes, Essé a fondé « Les Voix éclairées », un collectif basé à Joigny, dans l’Yonne, pour « la justice sociale, le « prendre soin » de la santé mentale et physique et la lutte contre les oppressions systémiques ». Ensemble, elles créent des programmes d’éducation politique et de sensibilisation, et les diffuse auprès du grand public et des professionnels.

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Essé Messan a été internée en 2018 suite à un « burnout intersectionnel » comme elle le décrit, un bouleversement et un signal d’alarme à l’origine de cette conférence. Un témoignage vivant qui évolue à chaque représentation et au fil des expériences d’Essé, qui y intègre de nouveaux sujets ou teste de nouvelles manières de présenter son histoire.

Un acte de partage et de réparation qui commence par la réhabilitation de son prénom « Essé », mystérieusement disparu de ses papiers officiels à son arrivée en France, au profit d’un autre de ses prénoms : « Anne ». Aujourd’hui, à travers ses conférences et son militantisme, Essé se réapproprie fièrement son identité et nous raconte, à partir de son parcours, un bout de notre histoire commune.

Diffuser les pensées afroféministes et antiracistes

La conférencière, née au Togo et arrivée en France à 10 ans, expose pendant près d’une heure le récit des oppressions subies au cours de sa vie : racisme, sexisme, violences sexuelles dans l’enfance, validisme et néocolonialisme. Essé Messan pose des mots sur tous les obstacles qu’elle a dû surmonter et explique comment ceux-ci font système.


Podcast

Retrouvez, ci-dessous, l’interview complète d’Essé Messan en format audio.


Elle met sa vie en récit et l’analyse, accompagnée par des définitions et des citations d’auteurs et autrices antiracistes, féministes et anticolonialistes comme Fania Noël, Franz Fanon, Bell Hooks ou encore Christine Delphy.

Essé introduit notamment auprès de son auditoire le terme de « mysoginoire », un concept à l’articulation entre le racisme et le sexisme, et qui permet de décrire le vécu spécifique des femmes noires. Elle souhaite aussi remettre sur le devant de la scène les autrices afroféministes encore bien trop invisibilisées, en particulier en milieu rural.

La conférence est rythmée par les morceaux de rap de Casey, Aya Nakamura et Diam’s, ainsi que des poèmes d’Audre Lorde. Des extraits de documentaires reviennent sur les souffrances vécues lors de la colonisation et sur le racisme en France.

Essé brandit le drapeau du Togo, son pays natal. Photo Sébastien Fourrier

Un témoignage en ruralité précieux mais couteux

La spécificité de son militantisme afroféministe dans cette conférence et au sein de l’association « Les Voix éclairées », c’est qu’il adresse les difficultés spécifiques des femmes non-blanches vivant en milieu rural. En effet, à la campagne, comme d’autres personnes minorisées, les personnes racisées se retrouvent bien souvent plus isolées.

Pour Essé, cela s’est fait sentir dès sa scolarité pendant laquelle elle était la seule enfant noire de sa classe. Elle explique aussi qu’à Joigny, la petite ville de l’Yonne où sa famille s’est installée à son arrivée en France, il est difficile de trouver du soutien dans des associations et d’avoir accès à des ressources antiracistes et féministes.

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Enfin, à l’issue de la conférence, un temps d’échange avec le public a permis à chacun et chacune de donner son avis et poser ses questions sur les sujets évoqués.

Essé précise, au cours de notre interview, que ces moments d’échanges sont généralement « assez confrontants » et qu’il reste difficile de parler de son vécu sans qu’il soit remis en question. La conférencière en est très consciente et se prépare pour faire face à ces difficultés, car elle estime que parler d’antiracisme, d’afroféminisme et de santé mentale dans les campagnes est un enjeu important.


Maison des Passeurs d’Histoires

La Maison des Passeurs d’Histoires, située au 14 rue de Varennes à Nogent-sur-Vernisson, est « un projet de tiers-lieu, à la fois artistique, culturel et pédagogique ». Initialement basé à Châtillon-Coligny, le tiers-lieu a déménagé à Nogent-sur-Vernisson dans une ancienne école maternelle. Animé par l’association Arlequin, il offre un espace culturel et de débat précieux en milieu rural.


Sébastien Fourrier