
Grand amateur de musique pop et rock anglo-saxonne, notre contributeur Olivier Cougot nous partage ses souvenirs musicaux, les disques qui l’ont fasciné et les concerts qui l’ont marqué. Cinquième épisode de cette chronique : le groupe Embrace, culte mais qui n’a pas eu la reconnaissance escomptée à l’international.
S’il y a un groupe qui aurait mérité une reconnaissance plus importante sur la scène mondiale, Embrace serait le premier de cordée. Fondé au tout début des années 90, il sortait huit ans plus tard un premier album somptueux qui a sa place parmi les disques importants au Royaume-Uni.
Au cinéma comme dans la musique, les œuvres cultes ne sont pas forcément les plus vues ou les plus écoutées. Pas forcément les plus appréciées par la critique, d’ailleurs. Dans les deux cas, les promoteurs misent parfois sur des tronches comme on miserait sur un bourrin. En l’occurrence, ceux de l’industrie musicale sont passés à côté d’un – gros – truc à l’international avec les poulains d’Embrace.
Un album culte, un nom qui sort du lot
Même si leur premier essai occupait la première place des ventes au Royaume-Uni, leur popularité n’a jamais vraiment franchi la Manche, en tout cas sur les représentations live. Exemple parlant : plus de quatre cents concerts là-bas, seulement quatre en France, dont le dernier le 10 avril 2000. Pour moi, ils auraient dû tout rafler avec une promotion mieux calibrée, à la mesure de l’objet.
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Cela reste un mystère que les Anglais ne se soient pas mêlés à la bataille des rois de la pop, en tout cas dans les proportions méritées. Avec la classe de leurs chansons, ils auraient pu être placés tout en haut de la hiérarchie pour accéder au trône. Doués pour les mélodies, ils ont aussi un nom qui sort du lot, un nom qui claque. Celui des deux frères McNamara, Danny (chant) et Richard (guitare). McNamara, comme un personnage de la série (elle aussi culte) Nip/Tuck.
The Good Will Out, sorti en 1998, a tout de l’album à idolâtrer, capable de parcourir les décennies sans prendre une ride. Il est intemporel. Celui-ci est rempli de singles ultimes, que j’ai moi-même découverts sur la scène de la Maroquinerie, ce fameux 10 avril 2000.

Un concert qui m’a marqué à vie, déjà parce que c’était mon premier, et parce que le souvenir que j’en ai est gravé dans ma mémoire. Celui qui m’a donné l’envie, parmi d’autres raisons, d’écrire sur la musique et de faire des reportages dans plusieurs pays.
Une pop mélodique, rageuse et mélancolique
Je me souviens de l’atmosphère dans cette petite salle de la rue Boyer, à Paris, et de la proximité entre les planches et le public. Le son développé ce jour-là est à la fois fort et saturé. Une jouissance auditive pour ma première expérience live et un autre souvenir, celui du médiator abîmé du guitariste, symbole de la rage déployée sur certains titres comme One Big Family.
C’est seulement après que je découvre le disque, presque deux ans après sa sortie. Les quatre premiers titres me scotchent comme quand j’écoutais l’album Ok Computer (Radiohead) pour la première fois. Un mélange de rock et pop bien construites, avec des mélodies rageuses et mélancoliques. All You Good Good People est l’une des meilleures ouvertures que j’ai entendues. Roulements de tambours, refrain rassembleur (« vous tous, braves gens, écoutez-moi ! »), heavy guitare. Un mélange d’ingrédients qui attise la curiosité de l’auditeur.
Pour la prospérité
Les trois suivantes, My Weakness Is None of Your Business, Come Back to What You Know et One Big Family, elles, sont faites pour les stades. Des pépites pop écrites pour inonder les radios à une époque où la pop britannique est à son apogée grâce à The Verve, Suede, Oasis ou Blur. Des tubes – planétaires – en puissance qui laissent place à Higher Sights et son refrain mélancolique (« Then we’ll dance, those plans we make won’t last, they’ll wear and fade like fools »). Dans ce registre, Retread est parfaite pour les aficionados de mélodies entêtantes, comme Now You’re Nobody où les trompettes succèdent à l’arpège de guitare.
Quatorzième et dernière piste, l’éponyme The Good Will Out est le bouquet final qu’un artiste rêverait d’offrir pour la postérité. Ce hit apparaît dans ma playlist ultime, celle que je chéris et dont je parle dans mon premier livre. Celle que j’écoute sans jamais me lasser. I Want the World, titrait les héros dans ce premier album. En 2026, il a 28 ans et doit être érigé en monument parmi les grands. Peut-être oublié et pourtant culte. Voilà le paradoxe de certaines grandes œuvres de notre histoire.
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Olivier Cougot


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