
Dans le cadre de son projet de démocratie participative « Habiter son quartier » et, afin de célébrer le passage vers l’hiver, la compagnie Théâtre Charbon a convié son public en fin d’année 2025, le 20 décembre, à lever les yeux vers l’Iran lors de son événement : Nuit persane.
Le solstice d’hiver – la nuit la plus longue de l’année – est traditionnellement célébré en Iran lors de la fête de Shab-e Yalda. Une occasion pour les Iraniens de se réunir et de fêter le retour de la lumière en partageant fruits secs et poèmes persans.
Afin d’honorer cette tradition et de partir à la rencontre de la culture persane, la compagnie du Théâtre Charbon a proposé trois regards sur l’Iran, le 20 décembre 2025 à la salle Fernand Pellicer d’Orléans-La Source. Pour cela, Thierry Falvisaner et d’Aude Vallet-Sanchez ont convié Mehri Katouzi, une ancienne habitante de La Source, le musicien Mirtohid Radfar et Bernard Robert, un habitant sourcier engagé dans le projet participatif « Habiter son quartier ».
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Toutefois, on ne peut pas porter un regard sur l’Iran sans mentionner les plus de 2.000 manifestants tués (voire beaucoup plus selon des ONG) et les arrestations de masse depuis le début de l’année 2026. Il n’était pas possible de porter un regard sur l’Iran sans parler d’une lutte qui dure depuis plus de 45 ans. Un combat pour la démocratie, le droit à l’autodétermination des peuples, les droits des femmes et des minorités religieuses.
Ballade musicale
Pour poursuivre la lecture de cet article, nous vous proposons un extrait du concert donné par Mirtohid Radfar.
« C’est un pays aujourd’hui en danger »
Les intervenants conviés par la compagnie du Théâtre Charbon pour cette soirée persane n’ont pu éviter de mentionner le contexte politique iranien. Force est de constater que tout regard sur l’Iran nécessite de s’arrêter sur l’oppression exercée par le régime de la République islamique d’Iran. En ce sens, il faut citer les déclarations du groupe de soignants franco-iraniens s’exprimant dans une tribune dans le journal Le Monde : « Le silence est une faute morale et la prudence diplomatique un crime ».
Ce pays est marqué par plus 45 ans de répression. Que ce soit l’impérialisme occidental ou le régime de la République islamique d’Iran, le peuple iranien est confronté depuis presque un demi-siècle à une forte répression.
Il faut rappeler que l’Iran, c’est également les manifestations étudiantes de 1999, puis les soulèvements de 2009, 2017, 2019, en passant par le mouvement « Femme, vie, liberté » en 2022 jusqu’aux événements de janvier 2026 encore en cours. À travers tous ces mouvements, la société iranienne manifeste son rejet de l’autoritarisme religieux, qui opprime, discrimine et nie la dignité humaine.
L’Iran est aujourd’hui dominé par un pouvoir autoritaire usant d’arrestation arbitraires, de la torture, de procès expéditifs et d’exécutions (plus de 1.500 en 2025 selon l’ONG Iran Human Rights).
Interrogé sur le regard qu’elle porte sur l’état de l’Iran, l’ancienne habitante de La Source Mehri Katouzi déclare que l’Iran « est un pays aujourd’hui en danger comme beaucoup de pays du Moyen-Orient ». Mais comme Mirtohid Radfar et Bernard Robert, elle a souhaité opérer un « pas de côté artistique » pour conter ce pays.
« On peut voir un pays différemment »
La fête de Shab-e Yalda a débuté avec l’inauguration de l’exposition photographique Notre Voyage en Iran de Bernard Robert. Cet habitant du quartier de La Source a proposé en images et en mots son regard personnel sur le pays qu’il a découvert lors d’un voyage en 2017.

Son travail photographique a consisté à porter « un regard sur les gens ». Ce résident du quartier de La Source a souhaité oublier un instant la « belle architecture iranienne » pour privilégier « l’aspect et leur vie de tous les jours ».
Bernard Robert a vu en l’Iran « un pays comme un autre où l’on vit et travaille ». En photographiant ses habitants et ses moments d’échanges, il appelle le public à porter un regard nouveau sur la vie iranienne. « J’attends que les gens voient que l’on peut voir un pays différemment », déclare-t-il.
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Son voyage a eu lieu en 2017, soit avant la fin de l’embargo américain décidé par Donald Trump. Pour rappel, en 2015 l’Iran avait signé avec les grandes puissances économiques (États-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne, Russie et Chine) les accords sur le nucléaire iranien (Joint Comprehensive Plan of Action). Puis en 2018, Donald Trump a décidé unilatéralement de retirer son pays de ces accords tout en exerçant de fortes pressions sur le régime iranien en place, contribuant ainsi à sa radicalisation.
L’Iran qu’a connu Bernard Robert est bien différente aujourd’hui. Désormais, ses pensées sont orientées davantage sur le sort des Iraniens, mais surtout des Iraniennes. Avec l’actualité, « je pense à ces gens qu’on a rencontrés », indique-t-il.
Les lettres de Havez livrent une « fraction du monde »
S’en est suivie une lecture bilingue en persan et en français de poèmes issus du panthéon poétique perse avec l’ancienne habitante de La Source, passionnée par la transmission de la culture iranienne, Mehri Katouzi.

Mehri Katouzi a invité son public et a proposé une lecture des textes de l’un des plus grands poètes persans, Chamsoddin Mohammed Hâfez, de son nom complet Chams ad-Din Mohammad Hafez-e Chirazi (1315-1390). À travers cette lecture, elle a voulu affirmer que « la poésie persane appartient à tous ». Une poésie hors du temps qui constate le temps qui passe.
Elle explique ici que « la particularité des textes de Hâfez » est qu’ils sont intimement liés à son lecteur. Pour cette raison, elle a souhaité présenter les textes de Hâfez en trois parties. D’abord avec une lecture en langue arabe, puis sa traduction en français, avant d’en livrer sa propre interprétation.
La poésie de Hâfez se concentre sur le pouvoir transcendant de l’amour et sur les effets transformateurs de l’ouverture de soi à toute expérience. Mehri Katouzi décrit cette poésie comme une œuvre liée à « notre condition humaine ». La poésie Hâfez est aussi une narration de « la relation intime avec Dieu ». La sensibilité de Mehri Katouzi donne une autre lecture des textes du poète : « on a besoin d’une lumière et sa poésie, tout en disant les malheurs, laisse toujours une petite fenêtre ».
Elle a senti, dans son approche, le moyen de « valoriser une culture tout en sentant une fraction du monde ». En parlant « des forces et des faiblesses de l’humain », Mehri Katouzi estime qu’Hâfez voulait inviter le monde à faire partie de l’humanité. Une approche qui évoque ce que, des siècles plus tard, Édouard Glissant nommera le « Tout-Monde ». C’est-à-dire un espace où les cultures, les langues et les peuples ne seront plus isolés, mais en interaction constante et imprévisible.
Par ses lectures, elle appelle à ce que le public « retienne la diversité de l’Iran ». Sans en avoir l’intention, elle revient sur le contexte politique actuel en Iran et déclare que « c’est un pays aujourd’hui en danger comme beaucoup de pays du Moyen-Orient ».
Fruits secs et musiques traditionnelles
Comme pour éveiller tous les sens de son public, la rencontre s’est achevée avec un concert du musicien-compositeur de musique traditionnelle et sacrée iranienne, Mirtohid Radfar. Il a souhaité proposer une découverte d’instruments traditionnels iraniens.

Mirtohid Radfar souhaite apporter une vision nouvelle sur l’Iran. Étant lui-même ressortissant iranien, il espère montrer au monde que « c’est un pays culturellement riche ». La « littérature persane m’a beaucoup aidé dans les moments difficiles », souligne-t-il.
Étant lui-même compositeur de musique, il porte un regard particulier à la musique persane, dont il compare la délicatesse à celle « des tapis persans ». Il déplore que la musique iranienne, pourvue de grandes richesses, ne soit pas connue à l’étranger.
Dans un instant hors du temps, il a présenté successivement trois instruments traditionnels iraniens, dont certains datant de l’antiquité.
Enfin, et pour ne pas déroger à la tradition, la compagnie de théâtre a convié le public à partager un repas composé de fruits secs. Une invitation à prolonger l’expérience sourcienne des douces nuits persanes au côté des artistes. Cette soirée aura été porteuse d’un nouvel éclairage bien plus que nécessaire sur un pays au bord de la « bascule », comme le définit Clément Therme, historien spécialiste de l’Iran et de sa politique extérieure.
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Steven Miredin


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