
Pour clôturer la traversée décoloniale au côté de Frantz Fanon, le samedi 28 juin, l’équipe de rédaction de ZoTéLi a confronté la pensée du psychiatre révolutionnaire à l’actualité. En questionnant l’Association de solidarité Loiret Algérie, les zozos du 108 (rue de Bourgogne à Orléans) invitent leur public à constater l’actualité des idées fanonistes.
Frantz Fanon est né le 20 juillet 1925. Pour son centième anniversaire, l’équipe ZoTéLi, a rendu hommage à la pensée « fanonienne ». Une réflexion qui part toujours d’une expérience individuelle qui tend vers une pensée universelle.
Dans une nouvelle émission, en partenariat avec Radio Campus Orléans, nous vous proposons de partir sur les traces de Fanon. L’enjeu de cette émission est de constater l’actualité de cette réflexion. L’invité plateau était Hadj Khelil, membre du bureau de l’Association solidarité Loiret Algérie (ASLA), membre du bureau du Forum des droits humains et secrétaire général de Qatifa Nouvelle-Édition.
C’est l’objet de cette émission intitulée Fanon au temps présent : Ô mon corps fait de moi toujours un être qui interroge ! Alice Cherki, psychiatre, autrice, amie et collaboratrice de Frantz Fanon, a également participé à l’émission.
Une œuvre-vie
Fanon a été un psychiatre révolutionnaire, engagé cliniquement dans le domaine de la folie humaine. Mais il a aussi été un penseur. Un précurseur de l’aliénation dans les domaines, politique, culturels et individuels. Son travail a consisté à « lier ses trois domaines », comme disait Alice Cherki. Il a été un militant de l’indépendance en Algérie.
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Ce qui est singulier dans son travail, c’est qu’il est une œuvre-vie. C’est son parcours d’humain qui a fécondé sa pensé. Pour lui, l’expérience vécue, l’acte, la pensée, ainsi que l’écriture de cette pensée n’étaient pas dissociables.
Un révolutionnaire de la psychanalyse
À Alger, Fanon découvre la théorie du « primitivisme » d’Antoine Porot. L’objectif est ici de détruire l’humanité chez le colonisé, en lui expliquant qu’il appartient à l’ordre animal. Une détermination raciste justifiée par des pseudos théories scientifiques. Avec le primitivisme, celui qui ne comprend rien à la société du colon devient coupable.
Fanon, nourri des méthodes de François Tosquelles, met en place la social-thérapie. Il permet à ses patients de se réinventer. Une méthode très liée à sa conception de l’humanité. À Blida, Fanon révolutionne et politise la psychiatrie, et médicalise la politique.
Par Les Damnés de la Terre : une pensée internationale
« La mort, elle est toujours avec nous et l’important n’est pas de savoir si l’on peut l’éviter, mais si l’on fait, pour les idées qui sont les siennes, le maximum ». Tels ont été les premiers mots de la lettre de Frantz Fanon à son ami Roger Taïeb, deux mois avant sa mort, alors qu’il était cloué sur son lit d’hôpital, dans une banlieue de Washington.
Ce maximum, Frantz Fanon l’a légué au travers de ses écrits. Parmi eux, son livre Les Damnés de la Terre est sûrement l’aboutissement de sa pensée.
Frantz Fanon n’avait pas l’analyse la plus nuancée sur la décolonisation et la lutte algérienne (ex : Pierre Bourdieu), mais aucun autre ouvrage que Les Damnés de la Terre n’a mieux su communiquer les dilemmes psychiques et la passion tragique de la révolution anticoloniale.
Ce livre a eu une portée universelle. Une traduction cubaine a été commandée par Che Guevara, une anglaise par les rebelles de l’ANC en Afrique du Sud, une portugaise par les insurgés anticolonialistes en Angola, en Guinée-Bissau et au Mozambique. Une traduction en farsi a aussi été demandée par les révolutionnaires marxistes ou islamiques iraniens, et enfin une traduction en arabe par les fedayin palestiniens dans les camps de Jordanie, du Liban et de Syrie.
Une pensée toujours d’actualité
La pensée développée par Frantz Fanon reste encore aujourd’hui transposable aux enjeux du monde moderne. Alice Cherki s’est par ailleurs afférée à transposer les réflexions tiersmondistes de Fanon aux enjeux entre les pays du Sud et du Nord. Mais elle a aussi mis en perspective la pensée fanonienne au travers des enjeux de classe au sein des pays du Nord, des pays considérés comme « riches ».
L’État d’Israël, dernier né des pays colonisateurs, n’est pas épargné par les analyses d’Alice Cherki. Adam Shatz a également procédé à l’analyse de l’État israélien et du sort de la Palestine au travers des théories décoloniales de Fanon.
Au cours de l’émission, Hadj Khelil explique que l’Algérie aussi n’aimerait pas Fanon aujourd’hui. L’instauration d’une idéologie religieuse d’État n’est pas compatible avec le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, tel que vu par le fanonisme. En ce sens, Adam Shatz explique, dans son travail, que « les pays du Sud global allaient de plus en plus être dominés par des régimes nationalistes et capitalistes autoritaires, souvent assaisonnés d’une forte dose de religiosité ».
Au final, les espoirs et la révolution des peuples qu’invoque Frantz Fanon dans Les Damnés de la Terre restent un futur envisageable.
Émission ZoTéLi
Retrouvez l’émission ZoTéLi ci-dessous.
Texte et animation de l’émission : Steven Miredin
Réalisation de l’émission : Samuel Pastel, Jeanne Beaudoin et Ursula Dionot
Personnes invitées :
- Hadj Khelil (membre du bureau de l’Association solidarité Loiret Algérie (Asla), membre du bureau du forum des droits Humain et secrétaire général de Qatifa Nouvelle-Edition)
- Alice Cherki (psychanalyste et autrice du Portrait de Fanon)
- Jean-Claude Barny (réalisateur du film FANON).


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