
Le 1er novembre 1954, débutait la guerre ouverte pour la libération de l’Algérie. Le 1er novembre 2024, le Centre culturel d’Algérie de Paris a voulu commémorer les 70 ans de cette lutte pour la liberté au travers de la personne de Frantz Fanon. Le 2 novembre, plusieurs artistes sont venus présenter leur travail autour du père de la pensée fanonienne, pour une exposition se tenant jusqu’au 30 novembre.
Les 70 ans de la guerre pour la libération de l’Algérie, le Centre culturel d’Algérie, situé à Paris, propose jusqu’à la fin du mois de novembre, une exposition autour de l’une des grandes figures de la lutte algérienne Frantz Fanon.
Cette exposition a été inaugurée le samedi 2 novembre et se poursuit jusqu’au samedi 30 novembre. Le vernissage a été l’occasion pour le public de rencontrer les différents artistes ayant apporté leur concours à l’exposition.
Pour parler de la pensée fanonienne, le Centre culturel d’Algérie a décidé d’inviter les héritiers de Fanon, dont son fils, Olivier Fanon.
« Fanon […] est l’Algérie » et « l’oublié volontaire » de l’histoire française
Dans sa lutte pour la liberté et l’indépendance, Frantz Fanon a mis en avant le racisme structurel et le colonialisme violent. Son implication en Algérie, et surtout pour l’Algérie, ont fait de lui une personnalité qui a dépassé sa condition de colonisé.
Interrogé sur la place de Frantz Fanon dans l’histoire décoloniale de l’Algérie, Olivier Fanon explique pourquoi Frantz Fanon « n’est pas un ami de l’Algérie ». Il décrypte l’histoire de son père comme « né antillais colonisé et mort algérien libre ».

En héritier de la pensée fanonienne, Olivier Fanon explique l’attachement de Frantz Fanon pour l’Algérie. Frantz Fanon a trouvé un peuple algérien, qui a choisi de ne pas porter le masque de l’assimilation. Selon lui, le grand échec des Antilles, c’est l’absence de grand soulèvement contre leurs maîtres à l’image d’Haïti.
Aussi forte soit décrite l’influence, sur les peuples colonisés, du travail de Frantz Fanon, l’artiste Bruce Clarke souligne que Fanon « est un des intellectuels [né] français, les moins connus de France ». Il explique cela par le fait que « la France n’a jamais su intégrer la guerre d’Algérie » dans son récit national.

Une pensée marxisante « qui s’adresse aux pays colonisés »
La conception fanonienne a des aspects très marxiste. Parce que Fanon ne se demandait pas quand allait tomber le monde colonial. Il voyait émerger partout les révoltes anticoloniales qui étaient en train de gagner.

La seule question qu’il se posait, c’était la suite. Comment éviter la reproduction des structures de domination avec des anciens indigènes à la place des colonisateurs ? Pour cette raison, Fanon était férocement critique de la bourgeoisie nationale. Cette bourgeoisie dirige les luttes anticoloniales dans une direction conservatrice et réactionnaire. Cette méfiance vis-à-vis de la bourgeoisie, Olivier Fanon la réaffirme. Il s’indigne de la passivité des peuples esclavagisés contre l’action des descendants d’esclaves.
Une pensée « plus que d’actualité »
Les intervenants sont tous d’accord, la pensée fanonienne n’est pas morte. Au contraire, elle est toujours « plus que d’actualité », comme le dit l’artiste algérien Mustapha Boutadjine. Roman Lamy dira en ce sens que Fanon est « tellement contemporain et universel ».
Cet ancien journaliste de presse régionale a ensuite étudié aux Beaux-Arts d’Angoulême et aux Arts décoratifs de Strasbourg, et a réalisé le roman graphique Frantz Fanon. Il souligne, à ce titre, l’universalité du discours fanonien qui, comme le poursuit Roman Lamy, a su décrypter « les mécanismes du néocolonialisme que subissent les personnes colonisées ».

Frantz Fanon a décrit la violence exhibitionniste du colonisateur, toujours présente. Une violence contre laquelle proteste aujourd’hui la Martinique et la Guadeloupe. Une violence dont sont encore aujourd’hui victimes les palestiniennes. Cette exposition en l’honneur de Frantz Fanon est un hommage à une pensée destinée aux peuples colonisés qui cherchent à atteindre la vraie décolonisation.
Steven Miredin


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