Violence psychiatrique et patriarcat : des thèmes en résonance dans le premier roman d’Adèle Yon

Adèle Yon raconte l’histoire de son arrière-grand-mère, Elizabeth, aussi appelée « Betsie ». Photo Steven Miredin

Pour son premier roman, Mon vrai nom est Elizabeth, Adèle Yon donne à repenser la perpétuation de l’emprise masculine sur le corps des femmes au travers de la psychiatrie. Présente à la librairie des Temps modernes d’Orléans, ce 4 mars dernier, l’autrice a échangé avec son lectorat sur les motivations qui ont conduit à la réalisation de ce livre. Un roman qui retrace l’histoire de son arrière-grand-mère hospitalisée à Fleury-les-Aubrais.

La librairie des Temps modernes d’Orléans a invité Adèle Yon, le 4 mars, pour venir présenter son premier roman, Mon vrai nom est Elizabeth

Elle retrace l’histoire de son arrière-grand-mère nommée « Betsy ». Diagnostiquée schizophrène dans les années 1950, Betsy va subir une lobotomie.

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Avec ce roman, Adèle Yon relate une histoire intime qui, par l’enquête, les témoignages et les archives, met en lumière la violence de la psychiatrie du XXème siècle. Avec ce récit, elle met en avant la corrélation entre la violence psychiatrique et la violence patriarcale.

Une histoire « schématique au niveau de la famille, puis de la société »

L’histoire de Betsy a toujours été entourée de silence. « Dans ma famille, on ne parlait pas d’Elizabeth », se souvient la romancière. Son aïeule n’était invoquée que dans un but de faire peur. Instrumentalisée par le milieu catholique et bourgeois dans lequel elle a grandi, son arrière-grand-mère était l’anti-modèle pour les femmes en devenir. Ainsi, « se confronter à Elizabeth, c’était ce qui nous permettait de passer de ce moment de jeune fille à femme », relate-t-elle.

C’est ce qu’elle a appelé la théorie du « double fantôme ». Il s’agit de la situation dans laquelle un protagoniste féminin, en construction, est hanté par une femme décédée qui intervient lors du passage au statut de femme.

De manière schématique, Adèle Yon explique que ce questionnement débute par une interrogation : « Est-ce à mon tour d’être folle ? »

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À ce titre, les événements entourant la vie de Betsy ont toujours été un sujet tabou dans sa famille. Mais l’écrivaine met en avant que ce tabou concerne davantage la responsabilité du mari dans le développement de la maladie. Le réel tabou, c’est celui d’une violence patriarcale qui se maintient grâce à une violence médicale. 

Par une approche scientifique, Betsy est ainsi présentée comme la preuve des « mauvais gènes dans la famille ». Les hommes en ont déduit qu’il existe un « risque génétique pour les jeunes filles ». Ce risque est venu justifier l’emprise masculine qui, « schématique au niveau de la famille », s’étend à la société.

La lobotomie ou la banalisation de la violence patriarcale

En France et comme beaucoup d’autres pays, la lobotomie est désormais interdite. Chercheuse de formation, Adèle Yon a voulu comprendre le contexte historique dans lequel s’inscrit cette pratique folle. Étant habituée à la recherche, elle explique avoir consulté des archives et mené des enquêtes.

Ce travail l’a amenée à se plonger dans les archives du fou de la lobotomie, Walter Freeman

Ces recherches ont abouti à deux conclusions. La première dénonce l’intention des praticiens de la lobotomie. Adèle Yon l’affirme, « il n’a jamais été question pour les médecins de guérir la cause de la maladie mentale par la lobotomie ». Les chirurgiens du cerveau intervenaient sur les effets de la maladie plutôt que sur les causes.

La lobotomie consiste à réduire les réactions associées à la personnalité. La romancière décrit cette pratique comme une manière « d’émousser » les réactions humaines. Il s’agit en outre de tuer les émotions.

La « continuation du pouvoir que son mari avait sur elle »

Les représentations cinématographiques de la lobotomie, comme Vol au-dessus d’un nid de coucou, dépeignent cette pratique comme celle de médecins diaboliques. Mais pour Adèle Yon, cette vision masque le lien entre la violence médicale et la domination masculine banalisée au sein des familles.

Au contraire, il s’agit de la « continuation du pouvoir que son mari avait sur elle », explique-t-elle. Par des pratiques prétendument médicales, les hommes s’arrogent le droit d’intervenir sur le corps de leur femme. 

Plus qu’un roman, Mon vrai nom est Elizabeth est le résultat d’une investigation autant historique que médicale sur la violence psychiatrique.


Podcast

L’interview complète d’Adèle Yon est à retrouver dans ce podcast.


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Steven Miredin