Pauline Lediset déplume « Le Corbeau » d’Henri-Georges Clouzot

Pauline Lediset a animé cette conférence au cinéma des Carmes. Photo Steven Miredin

Dans le cadre des Cinéclub du Cercil, le cinéma des Carmes, à Orléans, a projeté le film Le Corbeau d’Henri-George Clouzot. Ce dimanche 16 février, l’équipe du Cercil s’est déplacée aux Carmes, accompagnée de Pauline Lediset, spécialiste des représentations scéniques du génocide juif.

Durant les vacances scolaires, le Cinéclub du Cercil – Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv invite le public pour un ciné-débat au cinéma des Carmes, à Orléans. Pour les vacances de février, le rendez-vous a été donné le dimanche 16 février pour une analyse du film Le Corbeau, d’Henri-George Clouzot.

Pour réaliser ce travail, le Cercil a invité Pauline Lediset, professeur de cinéma et spécialiste des questions de représentation du génocide juif. L’analyste scénique, d’esthétisme du montage et des séquences explique les raisons de l’ambiguïté qui plane autour de ce film de 1943. Une création sortie dans les salles sous la sombre période de l’Occupation et de la collaboration.

« Un film de plus en plus ambigu »

Selon Pauline Lediset, le film Le Corbeau ne peut pas être décorrélé du contexte dans lequel il a été réalisé.

Henri-George Clouzot a réalisé son film en 1943, sous le régime vichyste. Produit par La Continental Films, une société de production créée par Goebbels et dirigée par le Nazi Alfred Graven. Ce sont des capitaux de l’Allemagne nazie qui ont financé les productions cinématographiques françaises de l’époque. 

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Créé en 1940, La Continentale Films avait pour objectif de produire des films français. La période de l’Occupation allemande a paradoxalement pu être considérée comme un des Âges d’or du cinéma français.

Un paradoxe d’autant plus surprenant lorsque Pauline Lediset explique que La Continentale se voulait produire des films moins bons que ceux venus d’Allemagne.

C’est dans ce contexte qu’Henri-George Clouzot a réalisé Le Corbeau. Pauline Lediset explique que, compte tenu de ce contexte, ce film devient « plus en plus ambiguë ». Ambigüe par les thèmes traités mais aussi par la réception par le public de cette œuvre cinématographique. 

Personne n’aime Le Corbeau

Pour son deuxième film, Henri-George Clouzot n’a pas fait l’unanimité. Autant détesté par les Vichystes que par les Communistes, Le Corbeau a fait disparaitre son réalisateur pour quelque temps.

Les Vichystes ont accusé Henri-George Clouzot de presque faire la promotion de thèmes anti-vichystes. Pauline Lediset explique que Le Corbeau porte des sujets éloignés de la propagande du régime de Vichy.

La professeure de cinéma analyse que le film est aux « antipodes de la politique vichyste ». Le Corbeau traite de l’avortement, de la drogue, de la consommation d’alcool et même de sexualité. Selon elle, le film, sous certains aspects, est très « moderne » pour son époque.

Regarder le travail de Clouzot comme pro-vichyste « est aberrant quand on regarde le film ».

Le sujet principal, c’est celui d’une France collaboratrice, d’une France de la délation. La délation prônée par le régime vichyste au moyen de lettres anonymes. Le film traite de l’encre qui fait couler du sang.

« Influence Mein Kampf »

Cette vision, perçue comme sombre de la France, n’a pas plu également à certains Communistes. Georges Sadoul, critique cinéma communiste, disait que le film avait une « influence Mein Kampf« . 

Ce film a été qualifié « d’anti-français » par une large part du monde communiste. Il faut rappeler qu’à cette époque, l’idée que la France ait pu collaborer activement au génocide juif n’était pas admis. Il faudra attendre la présidence de Jacques Chirac pour que l’État reconnaisse sa participation. 

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En 1943, l’idée d’une France collaboratrice et résistante ne pouvait être admise. Pauline Lediset rappelle que la France a été des deux bords. L’œuvre de Clouzot renvoie à cette ambivalence. Elle en conclut que qualifier Le Corbeau de film « anti-français » est « un non-sens absolu ».


Podcast

Retrouvez l’interview de Pauline Lediset ci-dessous.


Steven Miredin