Je te tiens, tu me tiens par les comptes libyens : retour aux Carmes sur l’affaire Sarkozy

Nicolas Sarkozy en 2011 à Davos. Photo d’archives Moritz Hager (Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic license).

À l’occasion de la sortie du film Personne n’y comprend rien, La Rédac Pop a pu rencontrer Yannick Kergoat. Le 12 janvier, le réalisateur a été invité au cinéma des Carmes, à Orléans, pour échanger avec le public sur l’affaire des financements libyens de la campagne présidentielle 2007 de Nicolas Sarkozy.

Le 6 janvier 2025 s’est ouvert l’un des procès les plus importants de la Vème République. Le principal accusé dans cette affaire est Nicolas Sarkozy, l’ancien président de la République. Il est – cette fois-ci – accusé d’avoir financé sa campagne présidentielle de 2007 grâce à l’argent de l’ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi. 

L’affaire des financements libyens s’est fait connaître du public grâce à l’investigation de Médiapart commencée en 2011. Le média a donc sollicité Yannick Kergoat pour réaliser un film-documentaire revenant sur plusieurs années d’enquêtes réalisées notamment par Fabrice Arfi et Karl Laske.

Le réalisateur Yannick Kergoat était à Orléans pour présenter son film. Photo Steven Miredin

L’idée de ce long-métrage, intitulé Personne n’y comprend rien, était de permettre au public de comprendre ce qui se joue dans les tribunaux. Le 12 janvier, le réalisateur présent au cinéma des Carmes est venu discuter avec le public sur les enjeux de l’affaire des affaires.

Une affaire tentaculaire

Si le film prend la peine de préciser que les antagonistes sont tous présumés innocents, la succession des faits peine à convaincre de cette innocence.

Le film qui touche à l’archivage traite le sujet « dans la chronologie de l’affaire ». Une affaire sur laquelle Médiapart a rédigé environ 160 articles. Une affaire bien plus ancienne que la campagne pour les présidentielles de 2007, prenant ses racines sous l’administration Balladur.


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Yannick Kergoat présente cela comme « une démocratie achetée par une dictature ». Cette affaire teste les limites de la tolérance de la corruption en France.

Elle interroge sur les effets de corporation de la classe politique et médiatique. Le rôle des médias a été significatif. Entre des tribunes et des informations non publiées, le silence de la presse mainstream trahit « le privilège de la délinquance en col blanc qui peut imposer son récit face au fait ».

Une large partie du film est consacrée au traitement médiatique de l’affaire libyenne. Dès l’ouverture de l’enquête judiciaire, les médias se sont attelés à diffuser la défense des accusés plutôt que de parler des faits qui leur sont reprochés.

Un lourd tribut démocratique

Yannick Kergoat insiste : il ne s’agit pas d’un simple fait divers. Il s’agit d’une affaire ayant un réel « coût démocratique ». Ce coût résulte autant de la qualité des prévenus (président et ministres) que de la critique de la justice. Pour rappel, le président de la République est le premier magistrat de la République. Le fait qu’un ancien chef de l’État se permette de remettre en cause la légitimité du corps judiciaire est aussi dangereux pour la démocratie que des ministres en fonction qui se permettent de déclarer que « l’État de droit n’est pas intangible ».

Pour faire sortir l’affaire du fait divers, le réalisateur a choisi de faire intervenir d’autres personnalités qui ne sont pas du milieu journalistique. Ainsi, images d’archive et entretiens avec un procureur, des professeurs ou des associations viennent alimenter les enjeux démocratiques de la plus grande affaire de corruption au niveau de l’État.

La question de Nicolas Sarkozy est donc totalement légitime : « Dans quel pays vivons-nous où un ancien président » peut librement, dans des grands médias, s’attaquer aux institutions de notre démocratie ?


En audio

Retrouvez l’interview complète de Yannick Kergoat.


Steven Miredin