Comment sensibiliser les autres à la crise de la biodiversité ? Le mode d’emploi d’un scientifique

Capture de la vidéo prise par le photographe Paul Nicklen, de National Geographic.

Le Muséum d’Orléans pour la biodiversité et l’environnement (Mobe) accueillait en novembre dernier Mathieu Farina, pour la présentation de ses travaux sur la sensibilisation à la crise de la biodiversité.

S’inscrivant dans le cadre des Mercredis curieux, le Muséum d’Orléans pour la biodiversité et l’environnement (Mobe) avait accueilli Mathieu Farina le 6 novembre dernier. Cet agrégé de biologie et géologie et spécialisé en écologie et biologie de l’évolution avait animé une conférence intitulée “Le vivant s’effondre et nous ne réagissons pas… Pourquoi ?”

Son intervention avait pour but d’apprendre au public à sensibiliser son entourage sur les questions liées à la biodiversité et au développement durable. À travers cette approche éducative, il cherche davantage à développer l’esprit critique de ses interlocuteurs qu’à leur apporter des éléments de réponses sur des faits connus de tous.

Mathieu Farina animait cette conférence au Mobe. Photo Steven Miredin

Mathieu Farina a débuté sa présentation par une série de constats. Premièrement, la biodiversité est moins médiatique que la question du climat. Pourtant, ces deux composantes sont intimement liées.

Le second constat, c’est que les connaissances ne sont pas un problème. Nous avons aujourd’hui les connaissances nécessaires pour comprendre que nous vivons une crise de la biodiversité. Le scientifique tente donc de répondre à la question qui suit ces constats : pourquoi y a-t-il une inaction collective pour sauver la biodiversité ?

Nouvelle stratégie pédagogique

Il estime que le problème est situé à une autre échelle. Il ne s’agit pas d’un problème de connaissance, mais de réception de l’information. Il propose donc de développer une nouvelle stratégie pédagogique afin de sensibiliser celles et ceux encore sceptiques sur cette question.


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En partant d’une vidéo prise en 2017 par un photographe de National Geographic, Mathieu Farina explique que cette information a été réceptionnée différemment selon les milieux sociaux. Des scientifiques y ont vu une résultante de l’effondrement de la biodiversité. Alors que des climatosceptiques, en s’appuyant sur d’autres informations qui ne sont pas contraires, mais coexistent, en ont déduit qu’il s’agissait d’une fausse information.

Au cours de cette conférence, le spécialiste de l’écologie a cherché à analyser ces deux postures face à une même information. De manière très pédagogue, il a réalisé un développement en trois étapes.

Information et réaction

Il commence par rappeler qu’une information visible ne donne pas toutes les informations qui découlent de l’image. Il devient alors essentiel d’observer le milieu dans lequel évolue la source. Évolue-t-elle dans les milieux complotistes ou dans un institut de recherche ?

Selon lui, nous sommes victimes d’une illusion sans tromperie, car victimes d’une vision perceptible. Il nous invite à lutter contre notre perception par le développement d’un esprit critique.

C’est par l’analyse de la source et du contenu de l’information, tout en faisant preuve d’humilité envers ses convictions, que peut se développer une critique de notre vision sensible. Avoir un esprit critique, c’est aussi accepter de ne pas avoir d’avis.

La perception de la crise

Une idée reçue et largement admise, même chez les écologistes, est que la crise de la biodiversité ne touche que les espèces charismatiques. Cette vision est évidemment fausse, affirme Mathieu Farina.

Cela lui permet d’expliquer que nous avons tendance à percevoir une crise comme étant nécessairement spectaculaire et visible. Chez tout être sensible, des biais sympathiques se développent pour les espèces charismatiques. Il prendra l’exemple de notre perception de l’araignée, plus détestée que l’ours polaire, alors que les deux espèces sont menacées. 

Il précise à ce titre que l’invisibilisation de l’érosion de la biodiversité s’effectue aussi par la baisse de la natalité. La disparition des espèces par la baisse de la natalité provoque une forme d’habitude au déclin. Cette disparition sur plusieurs générations devient, pour ainsi dire, invisible.

L’indifférence face au déclin invisible

Mathieu Farina explique que la réaction face à un déclin invisible est souvent l’indifférence, car nous ne parvenons pas à créer un lien avec soi-même. Ce lien est très présent dans la crise écologique.

Lors des discussions qui suivent la tentative de sensibilisation d’une personne au respect de la l’environnement vis à vis de son entourage, l’un des arguments souvent invoqués est celui de la valeur monétaire de la biodiversité. Dans la pédagogie de Mathieu Farina, l’opposition des conceptions de la biodiversité polarise le débat, mais oppose surtout des groupes sociaux.

Il estime qu’il est contre-productif d’être dans l’opposition et que le mieux est plutôt de pousser son interlocuteur dans les limites de son raisonnement. Il propose de changer de système de valeurs en poussant son interlocuteur à prononcer des aveux d’échec de leur conception. Par la confession d’un échec, l’interlocuteur peut alors prendre conscience de ses valeurs. Cette prise de conscience est une étape nécessaire, car l’accumulation de connaissances ne suffit pas. Le prisme unique des faits ne suffit pas et surtout, il peut être source de conflits.

Atteindre une prise de conscience demande du temps et se construit.

Passer de l’information à l’action

Lorsque la prise de conscience est atteinte, le maître de conférences propose de passer à l’action. La connaissance et les valeurs vont provoquer l’action. Mais il rappelle que les normes sociales vont venir interférer entre la connaissance et l’action. Et l’inaction peut créer de la colère ou de l’acceptation.

L’auto-efficacité est ainsi déterminante dans l’action. Lorsqu’une personne essaie de convaincre une personne sceptique d’agir pour la biodiversité, il est important de dire comment agir à une échelle donnée. Cela permet de faciliter le passage à l’action, tout en préservant les ressources de perception disponibles de l’interlocuteur.

Steven Miredin