
La dissolution d’un collectif national très actif dans sa représentation locale orléanaise, puis la tentative de refus d’une salle municipale pour une conférence accueillant Rima Hassan… Les militants et militantes d’Orléans qui s’opposent aux massacres à Gaza ont vécu plusieurs ascenseurs émotionnels et des jours difficiles ces derniers temps. Récit de ces deux récentes affaires.
Denis Petitjean l’avoue sans fard : lui, président de l’association Orléans Loiret Palestine, et de nombreuses personnes opposées aux massacres (*) de Gaza, ont récemment pris un « coup de massue ».
En cause, deux actualités : la procédure de dissolution du collectif national Urgence Palestine engagée par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, puis le refus initial par la mairie d’Orléans d’attribuer la salle Eiffel pour une conférence qui était prévue ce samedi 17 mai et qui affichait la députée LFI Rima Hassan dans son programme.
Refus initial, car le tribunal administratif a donné raison, ce mercredi 14 mai, à Orléans Loiret Palestine, qui avait initié un recours. La Ville d’Orléans se voit dans l’obligation de fournir la salle Eiffel ou un autre espace de capacité équivalente. Les militants reprennent donc un peu de baume au coeur.
La Rédac Pop fait un retour sur ces deux affaires.
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Dissolution d’Urgence Palestine
Le 30 avril dernier, Bruno Retailleau annonçait avoir engagé la procédure de dissolution d’Urgence Palestine, collectif national créé après les massacres du 7 octobre perpétrés par le Hamas et le début de ceux commis à Gaza par l’armée israélienne. La branche orléanaise de ce collectif s’est révélée très active dans l’organisation de conférences, tables rondes et autres événements.
La procédure de dissolution s’effectue en parallèle d’une autre à l’encontre de la Jeune Garde (collectif antifasciste lyonnais). Le ministre de l’Intérieur tente de la justifier en accusant notamment Urgence Palestine d’« islamisme » et d’instaurer un « climat de haine contre la communauté française ».
« Urgence Palestine n’a absolument pas un statut de collectif musulman », répond Denis Petitjean, qui avance ses propres convictions religieuses bien éloignées de l’Islam. « C’est complètement ridicule, c’est scandaleux, c’est une fois de plus stigmatiser l’Islam et 5 millions de nos compatriotes musulmans en leur tapant dessus », ajoute-t-il.

Cette procédure de dissolution entraine une série de conséquences très graves pour le collectif depuis le 13 mai. « On n’a plus le droit d’apparaître en tant qu’Urgence Palestine, y compris au local, plus d’utilisation de notre logo, plus d’appel à manif… ». Le militant ajoute que « l’ordre de dissolution est exécutoire immédiatement ».
Quant à l’avenir à prédire pour les membres de l’ancien collectif, il s’écrit en points d’interrogation, avec grande prudence, mais détermination. « Il ne faut pas qu’on soit accusés de reconstitution d’une ligue dissoute, indique-t-il. Donc il faudra repartir d’une page blanche.
Podcast
Notre entrevue avec Denis Petitjean, président de l’association Orléans Loiret Palestine et ex-membre du collectif dissous Urgence Palestine, est à écouter ci-dessous.
La Mairie d’Orléans refuse une salle pour une conférence avec Rima Hassan… avant d’être déboutée par le tribunal
Acte 2, dans une affaire cette fois spécifiquement orléanaise. Les militants et militantes d’Orléans qui s’opposent aux massacres de Gaza apprennent la nouvelle le 7 mai dernier : la mairie refuse d’attribuer la salle Eiffel, demandée par Orléans Loiret Palestine, LFI, l’Union étudiante et la CGT, pour tenir une conférence, ce samedi 17 mai.
Rima Hassan, députée LFI très engagée sur la question palestinienne, et Agnès Levallois, maîtresse de conférence à la Fondation pour la recherche stratégique, chargée de cours à Sciences Po Paris, spécialiste du Moyen-Orient et autrice du Livre noir de Gaza, devaient y être accueillies. Les deux femmes devaient évoquer le thème suivant : « Palestine : Mais où est donc passé le droit international ? 77 ans après la Nakba ».
Les co-organisateurs, à l’image de LFI, s’insurgent alors contre cette « nouvelle mesure liberticide » et la « censure » qui n’est pas une première pour ses militants, car elle indique qu’un « précédent atelier fait en collaboration avec l’Union juive française pour la paix » avait déjà dû être annulé.


D’autres organisations de la gauche orléanaise rejoignent le mouvement d’indignation, multipliant communiqués de presse et déclarations sur les réseaux sociaux.
« Postures victimaires »
Face au tollé, Serge Grouard prend la parole sur sa page Facebook, le dimanche 11 mai. Le maire invoque le « risque de trouble à l’ordre public » qui serait provoqué par la venue de Rima Hassan, « une intervenante dont les propos et les prises de position ont déjà conduit, en novembre dernier, le Conseil d’État à interdire des conférences pour « risque de graves désordres ». L’élu en profite aussi pour fustiger « la pression politique » et les « postures victimaires ».

Le lendemain, les co-organisateurs de cette journée du 17 mai tiennent une conférence de presse et annoncent qu’Orléans Loiret Palestine engage une action en justice pour tenter de faire annuler cette décision.
Deux jours plus tard, le tribunal administratif leur donne raison et somme la mairie d’Orléans de mettre à disposition la salle Eiffel demandée ou une salle de capacité au moins équivalente dans un délai de 24 heures.
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Mathys Founiau, membre de l’Union étudiante élu à l’université d’Orléans, n’a pas caché sa satisfaction en opposition à une décision initiale de la mairie qu’il estime « éminemment politique » et « sans fondement juridique ».
Et face aux accusations récurrentes d’antisémitisme projetées aux militantes et militants de la cause palestinienne, le jeune élu rappelle que bon nombre d’entre eux et elles s’étaient rendu à la marche en soutien au rabbin d’Orléans, Arié Engelberg, le 25 mars dernier. Il ajoute que l’association Orleans Loiret Palestine condamne dans ses statuts « toute forme de racisme, y compris l’antisémitisme ».

Podcast
Notre entrevue consacrée à cette affaire de la salle Eiffel et de la conférence du 17 mai, avec Mathys Fourniau, élu de l’Union étudiante, est à retrouver ci-dessous.
(*) « Génocide »
Si nous attendons que la justice internationale se prononce pour savoir si le terme « génocide » est retenu pour qualifier les massacres commis à Gaza, Amnesty International, parmi d’autres organisations, se prononce d’ores et déjà dans ce sens et sans équivoque.
Les équipes de cette ONG, éminemment respectée pour son travail autour de la défense des droits humains dans le monde, ont étayé l’utilisation du terme « génocide » par « des mois d’enquêtes, de collecte de preuves et d’analyses juridiques ».
Pour l’ONG, « les conclusions sont claires : ce que subissent les Gazaouis depuis le début de l’offensive de l’État d’Israël correspond à trois actes qualifiant le terme de génocide, selon la Convention de 1948 ».
Ces trois actes sont :
- Les meurtres des membres d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux. L’ONG dénombrait 42.010 personnes tuées entre les 7 octobre 2023 et 2024.
- Les atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale des membres d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Amnesty International dénombrait sur la même période près de 98.000 blessés, dont 22.000 graves, ainsi que 4.500 personnes amputées. L’ONG ajoute les 31 cas de détention au secret recensés entre février et juin 2024, accompagnés d’actes de torture.
- La soumission intentionnelle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle. Les déplacements forcés et arbitraires, la destruction des terres agricoles, l’entrave à l’acheminement de l’aide alimentaire et bien d’autres situations sont relatées par Amnesty International pour consacrer ce troisième acte.
À cela s’ajoutent les nombreuses déclarations de responsables politiques et militaires israéliens répertoriées par l’ONG et relatant une « intention génocidaire ».
Les rédacteurs et rédactrices de ce rapport avaient recueilli « 102 déclarations de dirigeants israéliens, notamment des membres de la Knesset ou du cabinet de guerre, qui déshumanisent les Palestiniens et Palestiniennes, légitiment le génocide, voire appellent à commettre des actes génocidaires ou d’autres crimes relevant du droit international. »
Thomas Derais


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