Le Théâtre Charbon s’engage pour le quartier d’Orléans-La Source

La fresque participative terminée !

Le 21 septembre, la compagnie du Théâtre Charbon a clôturé la première étape de son nouveau projet autour du quartier d’Orléans-La Source. Du 17 au 21 septembre, à la salle Fernand Pellicer, le directeur de la compagnie, Thierry Falvisaner, a proposé un festival culturel portant le sobre nom : « Habiter son quartier ». Une pierre à un édifice à plus grande échelle : porter une programmation culturelle exigeante et de qualité pour les personnes habitant dans ce territoire.

C’est par un festival s’étalant sur une semaine de programmation que la compagnie le Théâtre Charbon a annoncé sa volonté de s’engager sur le temps long avec les habitants et habitantes d’Orléans-La Source. Thierry Falvisaner, directeur de la compagnie théâtrale, lance un projet faisant suite au festival Enracinement/Déracinement.

Du 17 au 21 septembre, la compagnie le Théâtre Charbon a convié le public sourcien, et plus largement orléanais, à l’inauguration de la salle Fernand Pellicer. Un lieu que la compagnie occupe maintenant depuis trois ans, mais nécessitant quelques travaux avant de pouvoir accueillir du public.

Un engagement auprès du quartier de La Source pensé sur le temps long

Par le festival « Habiter son quartier », la compagnie a engagé un nouveau mouvement culturel à La Source. Thierry Falvisaner explique que ce festival a vu le jour pour une double raison.

Cela fait suite à la fermeture, pour travaux, du théâtre Gérard Phillipe, rendant impossible la réalisation d’une nouvelle édition du festival Enracinement/Déracinement.

Le directeur de la compagnie explique également qu’il s’agit d’un projet en attente depuis trois ans. Cet événement s’est monté afin de rencontrer le public et partager l’initiative d’un projet voulu sur le temps long. Nouvellement accompagné par Aude Vallet-Sanchez, la compagnie cherche à travailler sur « la question du quartier et comment on habite son quartier ».

Thierry Falvisaner présente son nouveau festival : « Habiter son quartier ».

Ce nouveau projet « a pour objet et pour objectif de fédérer, à partir de ce lieu [la salle Fernand Pellicer], les habitants de La Source, mais aussi peut-être plus largement les Orléanais ». La compagnie souhaite que les habitantes et habitants puissent s’approprier ce nouveau lieu afin d’y construire une programmation culturelle régulière à La Source.

Thierry Falvisaner appelle celles et ceux qui le souhaitent à devenir « les programmateurs d’une proposition [artistique] exigeante ». Le directeur engagé réaffirme ici son profond respect pour les quartiers populaires et rappelle que « les habitants de La Source ont les mêmes droits que les personnes du centre-ville ». Une réalité que de nombreuses personnalités publiques semblent avoir perdu de vue. « Si les moyens matériels restent moindres à la salle Fernand Pellicer, cela n’interdit pas la qualité, affirme-t-il. Il faut seulement être cohérent avec l’outil. »

Une programmation tissant des liens avec le public

Que devient une parole, lorsque celle-ci est étouffée ? C’est à cette interrogation que Thierry Falvisaner cherche à répondre avec le festival Habiter son quartier.

Les enjeux de pouvoirs qui se dessinent dans les plus hautes sphères des institutions génèrent des violences sur celles et ceux qui n’ont plus la parole. « On subit cette violence au quotidien », assure Thierry Falvisaner.

Pour tenter d’y apporter une réponse, il a convié Laurélie Riffaut qui a proposé un spectacle de marionnettes autour du conte des frères Grimm : Le Vaillant Petit tailleur.

Représentation par Laurélie Riffaut du Vaillant Petit Tailleur de pierres.

Une histoire qui suggère une issue à une position de faiblesse par la réflexion et l’ingéniosité. Ce conte, qui se veut drôle et tout public, cache une réalité sanglante et guerrière qui résonne étrangement avec le présent.

La marionnettiste propose une autre lecture de ces « histoires que l’on continue à se raconter ». Pour Laurélie Riffaut, l’imaginaire a une force réelle dans le monde. « Ce qu’on imagine peut devenir réel », explique-t-elle. Ainsi, elle donne à voir la réalité d’un autre point de vue et invite son public à imaginer un autre futur, une autre vie. Très modestement, elle laisse imaginer un changement pour le monde.

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Au cours de ce festival, la conteuse a animé une série d’ateliers avec des groupes de scolaires, des adultes autistes ou des temps ouverts à tous. Comme le fil conducteur de l’évènement, les habitants et habitantes de La Source ont réalisé un travail de réflexion autour de l’enfance. Elle a amené son public à s’interroger sur la possibilité pour l’enfant à s’élever dans une société où il est empêché. Selon elle, la fragilité ne devrait pas être le verrou pour aller vers l’inconnu.

Lorsque le pouvoir s’enracine, l’amour est déraciné

Malgré des contraintes techniques, la compagnie S.T.E.L.L.A. a « modestement » présenté la pièce Bérénice, d’après le texte de Racine.

Une collaboration entre la compagnie du Théâtre Charbon d’un côté, et Caroline Guisset (dans le rôle de Bérénice), Brice Cousin (dans le rôle de Titus) et Mathieu Mullier-Griffiths (dans le rôle d’Antiochus) de l’autre, pour mettre en lumière les conséquences « des enjeux de pouvoir ». Cette version resserrée autour des trois protagonistes a été pensée pour ne pas être « réflexive », explique Brice Cousin.

Images de la représentation de Bérénice, de Racine.

Cette pièce met en scène un amour qui s’écrase face à l’omniprésence de la guerre. Pour Caroline Guisset, « la guerre et les enjeux de pouvoirs font encore écho avec notre actualité ». Les comédiens s’interrogent sur la valeur d’une promesse et d’un engagement amoureux « lorsque l’on arrive au pouvoir ».

Mathieu Mullier-Griffiths veut faire entendre une pièce vieille de quatre siècles et démontrer qu’elle raisonne avec notre histoire contemporaine. « On vit toujours l’amour comme il y a plusieurs siècles », souligne-t-il.

Quand les corps s’expriment avec Nixon Singa

Comment permettre au corps de s’exprimer ? Comment lui permettre de prendre l’air ? Pour répondre à cette question Thierry Falvisaner a fait appel au réalisateur Nixon Singa. Pour ce festival, il a proposé une projection cinématographique comptant les films Espoir et Gioia, ainsi que deux films réalisés avec les élèves du quartier d’Orléans-La Source.

Temps d’échange avec Nixon Singa.

Comme dans ses films, il invite son public « à oser faire ». Au cours d’un partage d’expériences, il a amené les spectateurs à réfléchir sur ce qu’ils aimeraient voir sur les écrans de cinéma.

En tirant les conséquences de son expérience, il a conclu « qu’il faut [d’abord] réussir à sortir de sa zone de confort ». Il appelle le public à confronter ses désirs aux réalités. Il propose ainsi une voie vers l’émancipation et la réflexion.

En s’inspirant de ses souhaits d’enfant, il cherche à créer un imaginaire qui n’existait pas. Un imaginaire qui pourrait changer le monde tel qu’il se reflète.

Voir son environnement autrement

Ce festival se veut comme une invitation à la coopération. Ainsi, Aude Vallet-Sanchez a animé un atelier autour d’une fresque collaborative intitulé Sentir son quartier. Elle a proposé aux personnes participantes d’exprimer un sentiment « sans y mettre des formes ». Une invitation à l’imagination ce « lieu d’intimité » qu’est le quartier.

À l’image du peintre autrichien Victor Klemperer, elle propose de voir le quartier comme une « peau ». En pensant le quartier ainsi, c’est-à-dire quelque chose de vivant, elle cherche à développer le « lien entre l’intérieur et l’extérieur ». Une introspection de l’intérieur qui pourrait être le reflet de la ville de demain.

Une inspiration inépuisable : manifestation musicale des luttes féminines à travers le monde

Trouver l’inspiration peut être une barrière à la création. Cela, Thierry l’a bien en tête, raison pour laquelle il a voulu reproposer la pièce musicale intitulée Femmes Debout ! jouée par Anita Farmine et Vincent Viala.

Cette inspiration qui peut nous faire défaut, Anita Farmine l’a trouvée dans « une parole engagée qui permette de mettre en valeur un certain nombre de femmes qui ont œuvré pour faire bouger les lignes ».

Des femmes qui sont le reflet d’une histoire cachée, comme l’explique Vincent Viala. « L’histoire reconnaît l’Histoire avec un grand ‘’H’’, c’est-à-dire l’histoire des Hommes. Or, il y a un tas de femmes qui ont œuvré pour faire bouger les choses et encore aujourd’hui », explique-t-il.

Pour ce duo de musiciens, l’inspiration n’a pas de frontière. Les deux artistes ont voulu un concert multilingue, qui tend à parler de justice de manière universelle.

Cette volonté de justesse a nécessité un travail de recherches, d’échanges et de questionnements. Le résultat, c’est un concert qui véhicule les colères, les tristesses de millions de femmes, mais aussi les espoirs qui se transmettent de génération en génération.

Pour rappel, la mobilisation pour les droits à l’autodétermination des femmes continue. Dans plusieurs pays, les droits des femmes se dégradent et reculent. L’actualisation de ce spectacle permet de ne pas oublier l’importance, trop souvent, vitale de ces luttes pour l’existence des femmes.

Venez slamer !

Comme à son habitude, Thierry Falvisaner a souhaité proposer un concert de slam lors de son nouveau festival. Comme à son habitude, cette performance à été réalisée par Al Pacina et Sadou Mané.

Sadou Mané et Al Pacina s’inscrivent dans un projet de quartier et ne cachent pas leur envie de construire pour investir le quartier. « C’est permettre aux habitants de s’investir », développe Al Pacina.

Le performeur et la performeuse ont réaffirmé leur volonté de soutenir Thierry Falvisaner dans son projet. Tous deux se donnent un rôle d’accompagnant dans une dimension d’écriture et d’animation d’atelier.

Comprendre les enjeux d’une programmation culturelle

Derrière ce travail, Thierry Falvisaner espère également transmettre et faire comprendre tous les enjeux qu’implique une programmation culturelle.

Il insiste, par exemple, sur la rémunération des artistes. Le directeur de la compagnie rappelle que les artistes, comme l’ensemble de la population, ont besoin de vivre de leur travail. En mettant les habitants et habitantes face aux réalités économiques, il souhaite casser l’idée selon laquelle « les artistes font cela pour le plaisir et qu’ils n’ont donc pas besoin d’être rémunérés ».

En mettant en avant les enjeux d’une programmation exigeante et de qualité, il réaffirme aussi sa confiance en la jeunesse pour que « quelques lumières s’éveillent dans quelques têtes, qui en feront plus tard des citoyens éclairés qui sauront faire des choix ».

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Pour mettre en œuvre son projet, la compagnie s’est d’ores et déjà rapprochée de plusieurs acteurs et actrices de la vie locale. Thierry Falvisaner et Aude Vallet-Sanchez instaurent un « travail sur le temps long » qui passera par des rencontres avec l’Éducation nationale, les centres sociaux, les associations de quartiers, la maison de retraite et l’université.

Ce travail passera également par l’ouverture de l’espace au public, ainsi qu’à d’autres structures.

La compagnie dispose encore d’un soutien local. Un support qui, probablement, tient encore grâce à l’exigence et à la qualité du travail de la compagnie. Mais les contraintes budgétaires s’accentuent dans une dynamique plus générale de baisse des dépenses pour la culture.

Le monde culturel mis à mal

Thierry Falvisaner confirme que la suppression du Pass Culture a fait perdre à la compagnie quelques recettes qu’elle obtenait de ses ateliers en milieu scolaire.

Pour rappel, depuis maintenant plusieurs mois, le « gel » du Pass Culture collectif a ralenti, voir suspendu les partenariats entre le secteur éducatif, et les intervenants et intervenantes du monde de la culture. Bruno Bobkiewicz, représentant du syndicat SNPEDEN-Unsa, avait déjà exprimé ses craintes quant à cette suspension.

Gabrielle Sébire, directrice de l’action culturelle de la cinémathèque française, avait pu rappeler qu’en 2024 « près de la moitié des visites d’élèves a été payée par le biais du Pass Culture collectif ».

Pour le directeur la compagnie du Théâtre Charbon, cette situation d’incertitude risque d’avoir un impact sur l’activité de la compagnie. « Si les structures, comme la nôtre, ne peuvent vivre que par de la subvention, elles vont tomber », déclare-t-il, étendant le problème plus large aux petites structures.

Un enjeu global qui compromet principalement les structures implantées dans les quartiers populaires. À ce titre, les établissements situés dans les quartiers prioritaires, géographiquement et socialement très éloignés des lieux culturels, avaient déjà exprimé leur colère quant à cette restriction. Comme l’indique Thierry Falvisaner, avec un tel modèle, seules « les grosses machines musicales de l’industrie privée » peuvent s’en sortir.

Pour le moment, la compagnie du Théâtre Charbon poursuit son investissement auprès du quartier de La Source et, comme tout le monde culturel, garde un œil sur les résultats des futures élections municipales de 2026. Les membres de la compagnie restent tout à fait conscients que la réduction des dépenses allouées à la culture est déjà actée du fait de la politique nationale.

L’incertitude économique liée aux élections de 2026 et l’instabilité gouvernementale laissent en suspension le projet. Mais Thierry Falvisaner maintient qu’« ensemble, on mérite quelque chose de qualité, pour soi-même et pour les autres ».

Au côté d’Aude Vallet-Sanchez, il invite les personnes qui se retrouvent dans leur initiative à adhérer au projet et les réinvite à se retrouver autour d’une programmation qui se fera au « fil de l’eau ».


Podcast

Retrouvez toutes les interviews en format radiophonique dans une émission en deux parties.

La Rédac Pop – émission « Habiter son quartier » (partie 1).
La Rédac Pop – émission « Habiter son quartier » (partie 2).

Remerciements : Thierry Falvisaner, Aude Vallet-Sanchez et Roman Vallet-Sanchez.

Discographie :

  • Clair Obscur : Expédition 33 – Lumière
  • Interzone – Vitale

Steven Miredin