La « managerisation » des associations dénoncée par le sociologue Jean-Louis Laville aux Assises de la vie associative à Fleury-les-Aubrais

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Les personnes qui ont participé aux Assises se sont arraché le livre Quel monde associatif demain ? auquel Jean-Louis Laville (à droite) a contribué. Photo Thomas Derais

Les Assises régionales de la vie associative se sont tenues à Fleury-les-Aubrais le 3 juin. La Passerelle a notamment accueilli Jean-Louis Laville, sociologue et économiste spécialisé dans le mouvement associatif. Au cours de sa prise de parole devant certains acteurs institutionnels, le chercheur a insisté sur la nécessité de remettre les associations au centre de la vie économique et sociale pour la pérennité de la démocratie.

Les associations, ces structures à la fois fort convenantes pour faire parfois le travail de terrain que ne peut pas faire l’État, mais aussi fort dérangeantes pour des acteurs politiques et libéraux qui voudraient parfois les museler ou contrôler leur action.

Des événements tels que les Assises régionales de la vie associative constituent une bonne occasion de rappeler cette relation paradoxale. Ce fut le cas à La Passerelle de Fleury-les-Aubrais, le 3 juin dernier.

Près de 200 acteurs et actrices du monde associatif régional se sont retrouvés pour un ensemble de conférences et d’ateliers dans le centre culturel fleuryssois, dans un contexte financier très difficile pour les associations.

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Parmi les nombreuses interventions, Jean-Louis Laville, sociologue et économiste spécialiste du mouvement associatif, a évoqué dans sa conférence le « mouvement néo-réactionnaire qui traverse les pays et les continents », ainsi que la nécessité de « renouveler les rapports entre pouvoirs publics et associations ».

Pour lui, restaurer la pleine place des associations est une urgence pour la survie de l’État de droit. La pensée générale se révèle, selon lui, paradoxale. « Les associations ont participé à la construction de nos sociétés démocratiques et personne ne le sait ! », s’exclame-t-il.


Podcast

La Rédac Pop a rencontré Jean-Louis Laville à l’issue de sa conférence. Cet entretien avec le sociologue et économiste est à retrouver ici en format audio.


Avant cette conférence du chercheur mettant les pouvoirs publics face à leurs responsabilités, les prises de paroles institutionnelles défilaient pourtant sur scène pour montrer à quel point l’État et ses collectivités sont au diapason du monde associatif.

La préfète de la région, Sophie Brocas, expliquait que « les crédits de développement du fonds de développement associatif sont stables », même si elle précisait que le déficit était « mortifère » et qu’il convenait de « regarder le problème en face et en adultes ». Le président de la Région, François Bonneau, voulait se montrer rassurant et rappelait que les associations sont « absolument fondamentales ».

Des coupes budgétaires drastiques

Reste que les collectivités locales ont, tour à tour, indiqué, l’année dernière, devoir faire face à une baisse drastique de leurs budgets. Entre 60 et 70 millions d’euros en moins pour la Région qui doit rogner sur certaines dépenses, dont certaines liées au tissu associatif. Pour le Département du Loiret, l’économie s’élève à 20 millions d’euros, et déjà certaines associations clé qui ne désemplissent pas, comme le Planning familial, en ressentent les effets dramatiques.

La menace sur le monde associatif local comme national est réelle. « Nous souhaiterions ne pas être dans la situation de l’industrie française il y a quelques décennies », s’inquiétait sur la scène fleuryssoise Jean-Michel Delaveau, président du Mouvement associatif Centre-Val de Loire.

Jean-Louis Laville, sociologue et économiste invité à ces Assises, indique ainsi que les associations n’ont jamais vraiment eu la vie tranquille depuis leur existence qui remonte bien plus tôt que 1901. Une histoire ancienne, « occultée » et « effacée », selon le chercheur, qui souhaite rappeler cette « mémoire collective ».

« En France, les associations sont nées entre 1830 et 1848. L’idée était de remplacer la charité par la solidarité, avec une adhésion libre et une égalité entre les membres », souligne celui qui est titulaire de la chaire d’économie solidaire au Conservatoire national des arts et métiers de Paris.

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Les associations se sont formées dans une volonté de réaliser un idéal de « république démocratique et sociale » dans un nouveau couplage : être ensemble pour se protéger et s’émanciper.

Puis les associations ont navigué entre différentes vagues : le « paternalisme » et l’ère des empires de la seconde moitié du XIXe siècle ; l’ère de l’État et du marché dans la première moitié du XXe siècle ; l’âge d’or des associations après la Seconde Guerre mondiale et la Déclaration de Philadelphie ; puis le néolibéralisme et le Consensus de Washington mettant les associations dans une situation de plus en plus précaire. »

Le Contrat d’engagement républicain : la défiance plutôt que la confiance

Depuis, on assiste à une « managerisation » des associations, menées par le bout du nez par une « technocratie modernisatrice souvent issue d’écoles de commerce » et de « cabinets de consultation qui ont plus de pouvoir que les gouvernements ». Cette managerisation déstabilise les structures associatives et amène leurs membres à ne plus se sentir reconnus à leur juste valeur.

Jean-Louis Laville insiste sur la nécessité de prendre en compte « ce mouvement associatif qui a été tant de fois nié, ignoré ou oublié », au risque, dans le cas contraire, d’être « complètement emporté par la vague d’autoritarisme que l’on sent un peu partout ».

Parmi les multiples contrôles que subissent les associations, le chercheur évoque le Contrat d’engagement républicain. Initialement mis en place pour lutter contre le « séparatisme », son contenu est tellement flou qu’il a pu être utilisé à plusieurs reprises pour museler des associations et contraindre la liberté associative.

La Ligue de l’enseignement estime que les marges d’interprétations de notions telles que le « prosélytisme abusif » se révèlent très difficiles à déterminer et peuvent être utilisées à toutes les sauces pour contraindre des associations à forte dimension militante.

« Il faut se débarrasser de cette dynamique de défiance pour entrer dans une dynamique de confiance », martèle Jean-Louis Laville qui estime que s’il y aura toujours des brebis galeuses, celles-ci doivent être regardées pour ce qu’elles sont : l’exception.

« La règle, ça doit être la confiance. À partir de ce moment, je pense qu’on peut reconstruire une action publique irriguée par la force associative. (…)
Quand on regarde l’histoire, on voit que les moments où il y a eu de la création démocratique, c’est lorsqu’il y a eu à la fois une effervescence associative et une écoute des pouvoirs publics. »

Jean-Louis Laville, sociologue et économiste.

Parole associative

Radio Campus Orléans était sur la scène de La Passerelle au cours de ces Assises régionales de la vie associative. Une émission d’une heure et demi composée de témoignages inspirants autour des thématiques suivantes :

  • engagement avec Apolline Bougrat, cheffe de projet participation pour la Fédération des acteurs de la solidarité Centre-Val de Loire ;
  • transition écologique avec Olivier Carreau, directeur du Relais orléanais, et Marguerite Gimenes, co-présidente des Survoltés du canal ;
  • inclusion dans les clubs sportifs avec Emmanuelle Olier, référente paralympique territoriale au sein du Comité paralympique et sportif ;
  • et coopération avec Meryl Septier, paysagiste pour projet Le Planitas à Tours.

Livre

Jean-Louis Laville a co-rédigé un ouvrage intitulé Quel monde associatif demain ? Mouvements citoyens et démocratie, avec Patricia Coler, Marie-Catherine Henry et Gilles Rouby. Il est disponible à l’achat auprès des éditions Érès.

2021, 192 pages, 14,50 euros.


Thomas Derais