« Les dangers de notre alimentation » expliqués par la directrice de Foodwatch Karine Jacquemart

Karine Jacquemart est venue présenter son livre à la librairie Les Temps modernes. Photo Steven Miredin

Le jeudi 15 mai, l’autrice du livre intitulé Les dangers de notre alimentation, Karine Jacquemart, s’est rendue à la librairie des Temps modernes d’Orléans. Elle est directrice générale de Foodwatch, l’ONG qui s’est récemment constituée partie civile dans « l’affaire des Nestlé Water ». La militante est donc venue présenter les résultats de son travail de compilation des dérives du système agroalimentaire. La Rédac Pop a pu la rencontrer avant son intervention auprès du public.

Les études d’impact de la production agricole actuelle démontrent la réalité des dérives d’un système de production qui tend à précariser l’accès à une alimentation saine.

D’après des études récentes, 8 millions de français sont aujourd’hui en insécurité alimentaire. Une partie croissante de la population est contrainte d’avoir recours à une aide alimentaire à bout de souffle.

Karine Jacquemart, directrice générale de l’ONG Foodwatch a voulu compiler les analyses du système agroalimentaire. Dans son livre Les dangers de notre alimentation (chez Payot), la militante pour la justice sociale et environnementale met en lumière les failles de ce système et les alternatives pour en sortir.

Le jeudi 15 mai, elle est venue présenter les résultats de son travail aux lecteurs à la librairie des Temps modernes.


Podcast

L’interview de Karine Jaquemart, réalisée par Steven Miredin, est à retrouver ici.


« Le savoir c’est le pouvoir »

En guise de propos introductif, Karine Jacquemart a rappelé les raisons qui l’ont motivée à introduire sa réflexion par le prisme de l’alimentation. À ce titre, elle énonce que « l’alimentation est à la croisée de tous les enjeux ». Ce paradigme lui permet d’aborder la question de l’intersectionnalité des luttes. Son objectif avec l’ONG Foodwatch est d’« améliorer l’accès pour toutes et tous à une alimentation saine et durable ».

Avec son ouvrage, elle espère pouvoir informer le public des dérives du système de production alimentaire. « Le savoir c’est le pouvoir » affirme-t-elle. Elle estime qu’il est important de comprendre qu’aujourd’hui, cinq grands distributeurs possèdent 80% du marché. « Une minorité impose un marché alimentaire verrouillé et biaisé ».

Elle rappelle aussi que « les profiteurs du système agroalimentaire ne permettent pas aux agriculteurs de vivre de leur production ». En France, d’après l’Insee, 17,7% des agriculteurs vivent sous le seuil de pauvreté. Pour Karine Jacquemart, cette situation est inacceptable.

Dans son développement, elle dénonce l’orientation des consommateurs vers des produits moins chers. Des aliments, en réalité, plus coûteux autant pour l’environnement que pour la santé.

La définition de la souveraineté alimentaire

« Action contre la faim » met en avant « la précarité alimentaire grandissante » en France. Elle vise la hausse des cas d’obésité, du diabète et des maladies liées à une alimentation insuffisamment diversifiée et saine.

Si la France est partie aux traités pour un droit à l’alimentation, elle semble méconnaître ce qu’implique ce droit. L’État doit permettre à chaque personne de pouvoir accéder, par ses propres moyens et de manière pérenne, à une alimentation adéquate et choisie. « Le droit à l’alimentation est un droit fondamental et le marché ne devrait pas pouvoir imposer le contraire », déclare la militante.

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La politique française en la matière tend davantage à garantir une autonomie alimentaire sur le territoire. Foodwatch explique que, bien souvent, cette recherche de l’autonomie alimentaire est présentée par la classe politique comme la recherche d’une souveraineté alimentaire.

Karine Jacquemart dénonce la confusion faite entre autonomie alimentaire et souveraineté alimentaire. Elle définit la seconde notion ainsi : « C’est le droit pour le peuple de déterminer comment il se nourrit et produit son alimentation. » Dès lors, la souveraineté alimentaire ne correspond pas à la seule autonomie alimentaire.

Elle finit son argumentation par la question de l’importation des pesticides de synthèse. Cette seule dépendance aux pesticides produits par des États étrangers tant à invalider le constat d’autonomie de la production française.

Le droit à l’alimentation contre l’extrême droite

Karine Jacquemart prend l’exemple de la Politique agricole commune (PAC). Alors que les agriculteurs ont dénoncé un modèle économique qui ne leur permet pas de vivre de leur production, la réalité des votes des élus d’extrême droite démontre qu’ils n’ont jamais été en faveur ni des agriculteurs, ni des consommateurs. Elle précise que dans la machinerie mensongère de l’extrême droite, les grands médias relaient le message dominant qui laisse penser que la grande distribution est l’alliée des consommateurs.

Poursuivant son analyse, le décryptage du système alimentaire fait état d’un « système de dominations ». Les défaillances de la PAC ont mis en évidence « une minorité qui tire profil d’un système qui est négatif » pour la majorité. Cette politique creuse encore les inégalités entre les agriculteurs et crée des rapports de domination. Elle explique que la politique agricole « fait écho aux discriminations, aux inégalités et à un système de domination » qui se met alors en place.

La directrice de Foodwatch explique qu’en verrouillant le système alimentaire, une minorité saccage le vivant et les outils de production agricole. Un système néolibéral que le conservatisme de l’extrême droite n’entend pas vouloir renverser, au dépend de la santé.

La grande distribution : le faux prix des bonnes choses

Récemment « l’affaire Nestlé water » a mis en évidence la dangerosité du système alimentaire actuel pour la santé. La fraude organisée des eaux minérales de Nestlé a également montré la complicité active de l’État.

Après la question des glyphosates, cette nouvelle affaire met en avant le vrai coût du système alimentaire. Pour Karine Jacquemart, c’est le prix de l’impunité des grandes puissances de l’industrie. Elle estime que la population paie son alimentation trois fois.

La première, la plus évidente, lorsqu’un consommateur passe à la caisse.

Elle fait ensuite état des subventions qui sont accordées aux entreprises de l’agroalimentaire. Le modèle alimentaire est biberonné d’argent public qui n’est pas remis en cause. L’autrice rappelle qu’il s’agit de « notre argent public, de nos impôts qui soutiennent le système agroalimentaire ». Elle appelle au rééquilibrage des prix.

Un rééquilibrage qu’elle met en perspective avec le troisième paiement. Il s’agit de l’impact négatif pour la santé. En se basant sur une étude nommée « L’injuste prix de notre alimentation », elle rappelle qu’au total, on compense aujourd’hui les dysfonctionnements de notre système alimentaire, à hauteur de 19 milliards d’euros. Il apparaît que cette somme correspond pratiquement au double du budget alloué pour la planification écologique en 2024.

Toujours selon l’étude, les dépenses en matière de santé publique s’élèvent aujourd’hui à environ 11,7 milliards d’euros, a minima, pour les maladies liées à notre mauvaise alimentation (obésité et diabète en particulier).

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Pour Karine Jacquemart, « cet argent public ne devrait pas subventionner une industrie et un secteur négatif pour la société ». Elle est plus favorable à l’allocation de subventions pour soutenir des alternatives qui, par ailleurs, existent déjà.

Avec son livre, elle veut faire comprendre aux citoyens qu’« on n’est pas obligé d’accepter ce système inégalitaire ».

Steven Miredin